Le Monde selon Ravanello
  • Primaires américaines : les élections dans le New Hampshire, le vrai départ

    Le lancement des primaires américaines a été marqué par un vote surprise dans l’Iowa. Les favoris ont été malmenés. Que faut-il en déduire ? Rien, car les choses sérieuses commencent dans le New Hampshire. Explications.

    Comme un faux départ, une élection biaisée. Mais l'Iowa était le premier État à voter dans la course aux candidats à la Maison blanche, tous les médias se sont focalisés sur ces résultats. D’autant que pendant des années, l’adage voulait qu’on ne gagne pas les présidentielles américaines sans gagner l’Iowa où les électeurs du village de De Moines faisaient figure de Pythie. Faut-il donc en déduire que Sanders le démocrate sera opposé à Cruz le Républicain ? Je ne crois pas.

    Bernie Sanders pourrait bien remporter le morceau

    D’abord les États-Unis ont changé et l’électorat américain avec. L’Iowa est surnommé "le cœur de l’Amérique". C’est un État blanc, traditionnel, agricole, celui des fermes petites mais relativement prospères, au toit rouge avec des mini éoliennes comme on en voit dans "Sur la route de Madison". Des électeurs attachés à des valeurs familiales patriotiques et tolérantes. L’Amérique des Kennedy en somme. Mais depuis les années 60, l’électorat américain a changé et s’est

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  • Regardez, c’est aussi notre avenir qui meurt

    Puisqu’il n’y a que ça qui marche, puisqu’il faut balancer l’horreur en pleine gueule, puisqu’il faut figer la mort d’un enfant sur les écrans pour que l’on prenne une heure, un jour, une semaine pour sortir des idées reçues et s’interroger sur quoi faire avec les réfugiés de guerre syriens, irakiens, kurdes... Et bien recommençons.

    Cet enfant avait 9 ans. Il est mort noyé. On apprend peu à nager ces temps-ci en Syrie. Les enfants jouent dans les décombres des immeubles éventrés et si lui n’avait plus peur des bombes, la mer a été sa dernière terreur. Ses parents ne l’ont pas pleuré : ils sont morts avec lui, tout comme son petit frère. Emmitouflé dans une doudoune où l’on avait accroché une tétine à la fermeture éclair. Moi aussi j’avais accroché une tétine à la fermeture éclair de mes enfants. Lui est mort noyé et le voilà sur la grève avec son bonnet humide comme linceul. Dernier geste d’humanité des garde-côtes qui en retrouvent des dizaines comme lui chaque semaine qui hurlent et vomissent leur désespoir quand les photographes ne sont plus là. Ozan Kose reste. Lui qui avait photographié le petit Aylan. Depuis, 300 autres enfants sont morts noyés et le témoignage de Kose dans Le Monde est glaçant.

    Non, ces photos ne sont pas le paroxysme de l’horreur. Elles sont au contraire très banales, ce que vous voyez

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  • Cuba : ils veulent tous dîner avec le dictateur

    Dîner ce soir à l’Elysée en l’honneur du président cubain Raul Castro. Et toute la jet set s’y presse. Comme quoi la défense des droits de l’homme dépend aussi du temps qu’il fait.

    On s’y presse. C’est le dîner chic de ce début d’année. David Guetta, Nathalie Cardone, Virginie Efira ou encore Christophe Baratier croiseront notamment Jean-Luc Mélenchon et Ségolène Royal. Le diner d’Etat en l’honneur de Raul Castro vire à la Cuba party de l’Elysée. Jamais la jet set parisienne n’aura autant joué des coudes pour dîner avec un dictateur.

    "Cuba une dictature ? Non tu exagères", peut-on entendre. Car dès que l’on parle des Caraïbes, les droits de l’homme deviennent une donnée relative, là où quand il s’agit de l’Iran, de la Chine ou de la Russie on est prêt à se jeter par terre pour hurler sa colère ! Je ne viendrai pas me ranger derrière "les droit de l’hommiste" béats ; je reste convaincu que la diplomatie c’est justement de parler avec tous les pays et que c’est à notre contact qu’ils changeront. Mais au moins, que l’on reste lucide et que l’on appelle un chat un chat, une dictature une dictature, même si on y danse la salsa.

    Raul mériterait plus la Cour pénale

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  • Hassan Rohani lors d'un meeting avec les membres du MEDEF, le 27 janvier 2016. <b>AFP/Eric Feferberg</b>
    "Chi va piano va sano", disait mon grand-père italien. Le Premier ministre Matteo Renzi a lui foncé tête baissée. Rien n’était assez beau pour Hassan Rohani. Ou plutôt, les statues de Vénus étaient trop belles et trop dévêtues au point qu’elles ont été cachées pour ne pas perturber la signature de contrats qui devraient donner un bol d’air à l’économie transalpine.

    Rebelote à Paris. Airbus d’abord ; Peugeot ensuite ; Renault bientôt et d’autres. Tous font les yeux de Chimène aux Iraniens. Un marché de 80 millions de personnes dont une bonne moitié ne ressemble pas du tout à leur président. Des Iraniens avides de mode, de technologie, de musique, de voiture, d’un mode de vie occidentale qu’ils connaissent si bien via Internet. Quatre milliards d’euros potentiels pour les entreprises françaises disent certains experts sur la base de ce qu’étaient les relations économiques avant les sanctions. Il faut prendre les places et vite ! Profiter du fait que les entreprises américaines soient

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  • La révolution égyptienne a 5 ans

    Qu’aurions nous fait si nous étions Égyptiens ? Cinq ans après la chute de Moubarak, le pays semble revenu à la case départ. Mais les Égyptiens avaient-ils vraiment le choix ?

    Qu’aurions nous fait à leur place ? Je me pose la question à chaque fois que je vais au Caire, à chaque fois que je lis un article sur le maréchal al-Sissi, autocrate d’une Egypte qui s’était pris à rêver de liberté. L’Egypte ou la révolution manquée ; ou parfaitement réussie si l’on suit la logique des mathématiciens, puisqu’une "révolution" au sens propre du terme est une orbite que l’on boucle en revenant au point de départ.

    Retour à la case départ donc. En Egypte, tout est comme avant à une différence près : le pharaon a rajeuni. Al-Sissi a 61 ans là où Moubarak avait 83 ans lorsque la rue lui a dit de dégager. Pour le reste, l’armée est toujours là. Le président de la République a des galons, comme tous les présidents de la République égyptienne avant lui depuis Nasser. À l’exception bien sûr de Morsi. De loin, les démocraties avaient cru au printemps égyptien. Les jeunes étaient descendus dans la rue pour demander le départ des "momies", des vieux. On voulait y voir la génération

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  • La saga Star Wars, sous un autre angle

    Vous l’avez vu mais pas comme ça. Star wars n’est pas qu’un film. C’est l’inconscient et les mythes fondateurs de la politique américaine mis en image. Allez, on se revoit l’intégrale !

    Star Wars, c’est avant tout la lutte entre le bien et le mal. La force qui peut être avec vous et vous porter à devenir un Jedi, ou diverger et devenir noire. Et ça, c’est la base de l’Amérique ! Cette lutte entre le bien et le mal est structurante dans la vie politique américaine. À chaque fois qu’un responsable y fait référence (Reagan avec l’Empire du mal, Bush l’Axe du mal, mais aussi Romney ou Obama) on écoute ça en Europe avec un peu de condescendance pour un manichéisme un peu infantile. C’est pourtant une erreur profonde. Le bien et le mal sont aux origines de ce pays. Les États-Unis se sont construits avec des chrétiens, des colons puritains venus bâtir un monde nouveau, pur, en accord avec la bible. Refaire le "monde à nouveau" disait Thomas Paine. Un idéal impossible à atteindre dans une Europe corrompue, livrée depuis des siècles aux guerres de religions, aux alliances contre nature, à la cupidité. Il fallait tout quitter et repartir de zéro, là-bas. Les États-Unis se

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  • Mokhtar Belmokhtar, l’homme qui détestait la France

    Une nouvelle fois, l’attaque d’un hôtel au Burkina Fasso porte la marque de Mokhtar Belmokhtar. Un homme qui a déclaré la guerre à la France.

    Il y a deux mois, au Mali, c’était déjà lui. Mokhtar Belmokhtar et son groupe revendiquaient l’attaque de l’Hôtel Radisson Blu à Bamako. Même cible, même mode opératoire, bilan comparable (20 morts) et même signature ; Al Mourabitoune, Aqmi, al-Qaida au Maghreb islamique. Ce n’est pas l’État islamique qui est derrière ces attaques répétées, mais bien al-Qaïda, ou plutôt un homme, Belmokhtar, l’homme qui a déclaré la guerre à la France.

    Il fait disparaitre le Paris - Dakar de la région

    Cette guerre est un héritage familial. Belmokhtar a grandi dans le culte de son oncle combattant de l’indépendance algérienne. Ses parents lui ont donné le même prénom, en hommage au héros de la famille ; oncle paternel, Fellagah, dernier nationaliste algérien, décapité par les Français en 1959. La France, ennemi juré de la famille qu’il combat depuis 20 ans. Belmokhtar entre dans le djihad comme en religion. Il a 18 ans. Il part en Afghanistan combattre aux côté de Ben Laden. Il en revient en 1992 avec

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  • Corée du Nord - Et si Kim Jong-Un n'était pas fou ?

    La Corée du Nord a affirmé mercredi avoir réussi un test de bombe H, dont la puissance est de 100 fois celle d’une bombe atomique basique. Les experts doutent mais une question demeure : qu’a-t-il dans la tête ?

    "Hourra pour la Corée du Nord" pour paraphraser De Gaulle. La télé d’État plastronne. "Nous avons la bombe H !" Preuve, la terre a tremblé pendant l’essai souterrain. Un séisme de magnitude 5 a été enregistré. Les scientifiques doutent. Un test souterrain d’une bombe H est en général enregistré à 7. Pas à 5. Il faut une secousse 100 fois plus importante pour passer de 5 à 7 sur l’échelle de Richter… 100 fois plus ; c’est justement la différence entre une bombe atomique et une bombe H. Moralité, le coup a sans doute fait long feu. Le test n’a marché qu’à moitié. Le premier étage de la bombe a fonctionné (celui de l’explosion atomique) mais n’a pas déclenché le deuxième (celui de la fusion hydrogène). La fusion aurait raté. Mais l’important pour Kim n’est pas là. L’important pour lui, c’est de faire en sorte que l’on y croit.

    Du coup on s’interroge. Que cherche-t-il au fond ? Deux scénarios sont possibles à mon sens.

    1. Celui de la fuite en avant d’un régime fou. Tout y est. Le fils

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  • La libre circulation des armes engendre la mort. C’est une conviction profonde. Et on peut le comprendre. "Les États-Unis sont le seul pays développé à connaitre un tel problème". Obama repart en guerre contre les armes à feu dans son pays. Perdu d’avance.

    C’est un débat absurde. Dès le départ les dés étaient pipés. Quand on entend aujourd’hui que les Américains sont attachés à ce droit fondamental de porter une arme, qu’il en va de leur culture, de leur histoire, que c’est un héritage de pionniers vivants dans un monde hostile où il faut se défendre… Bullshit ! Dans les autres pays d’Europe aussi au XVIIIe siècle, on pouvait se faire trucider dans les ruelles sombres à longueur de journée et attaquer par des loups dans les montagnes des Alpes. Il n’empêche ; on ne se ballade pas avec un fusil d’assaut dans le coffre au cas où...

    Mais admettons. Comparaison n’est pas raison disait ma grand-mère. Laissons le débat aux États-Unis. Quand les pères fondateurs rédigent la constitution de

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  • L'exécution du cheikh Nimr Baqer al-Nimr, opposant et leader chiite en Arabie Saoudite, a provoqué des manifestations parmi les communautés chiites du monde arabo-musulman et conduit à la rupture des relations diplomatiques entre Téhéran et Ryad. Depuis le temps que ça couvait…

    Une guerre de religion au grand jour. Le chiisme contre le sunnisme. L’Iran contre les Saouds. La crise entre l'Iran et l'Arabie saoudite apparait de prime abord comme un règlement de compte entre les deux frères ennemis de l’Islam. Ce n’est pourtant qu’un prétexte à une guerre d’influence entre deux grandes puissances régionales.

    Avant tout, on parle du choc de deux cultures aux antipodes l’une de l’autre. D’un côté les Iraniens, héritiers des Perses et d’une culture qui depuis Darius et Alexandre le Grand a rayonné dans le monde par ses écrivains, ses poètes, ses érudits. De l’autre, l’Arabie saoudite, qui est arabe. Mais contrairement à l’Egypte par exemple, c’est un pays littéralement "acculturé", qui n’a

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Olivier Ravanello

Après des débuts au service international de LCI où il devient grand-reporter, Olivier Ravanello remporte la 2e place du prix Bayeux pour son reportage "La police israélienne face aux attentats-suicides". Deux mois de reportages dans l'Irak en guerre, la couverture de la réélection de George Bush Junior, son poste de correspondant permanent à Moscou et le prix de la presse diplomatique ont fait de lui un véritable expert en questions internationales. Arrivé sur la chaîne i-Télé en 2009, il présente plusieurs chroniques dont Le Monde en plus et Le Monde ne dort jamais. Il présente aujourd'hui une nouvelle émission diffusée tous les dimanche à 21h, "Vous président", dans laquelle il reçoit des conseillers diplomatiques et militaires pour une mise en situation politique.

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