Le Monde selon Ravanello
  • Il y a des hommes qui vous font sentir petit. Ou qui vous poussent à devenir plus grand. En tout cas, ils posent l’aune à laquelle un journaliste doit se mesurer. Eric Rouleau était de ceux-là.

    La première fois que je l’ai vu en 2003, je rentrais d’Irak, convaincu d’avoir couvert une de ces guerres qui font les hommes. On plastronnait "dans le métier, il y a les grands reporters et les petites rapporteuses". L’expression que je lui apprenais l’avait fait rire. Lui savait qu’il y a surtout ceux qui comprennent et ceux qui ne comprennent rien. D’un ton placide et amusé, "Rouleau", comme l’appelaient ses amis, avait cherché à savoir qui il avait en face de lui. Lui qui savait que les guerres sont les bégaiements sanglants d’une humanité qui perd la mémoire. Il se demandait peut-être simplement s’il devrait se coltiner ma présence à son mariage.10 ans plus tard, il était à sa table de travail, comme chaque matin, compilant les centaines de petits carnets noircis d’une écriture fine et

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  • La mort est venue d’une fillette. La bombe qu’elle portait sur elle a tué cinq personnes ce dimanche dans le nord-est du Nigeria. Enième attentat dans cette région en proie aux violences du groupe islamiste Boko Haram dont le président nigérian a reconnu avoir sous-estimé la capacité de nuisance. On croit réver.

    Elle avait 7 ans. L’âge où l’on joue à se raconter des histoires de quand on sera grand. On regarde ces adultes qui impressionnent en se demandant ce que l’on gardera d’eux et ce que l’on leur laissera. Cette fillette au Nigeria n’a pas eu le temps de jouer, ni de grandir. Les grands de Boko Haram n’ont pas voulu. Contrairement à ce que l’on peut lire, elle n’a pas actionné la ceinture d’explosif qu’elle portait sur elle, comme peuvent le faire des kamikazes plus ou moins endoctrinés. Dans une conversation la semaine dernière, un proche du président du Niger Issoufou, engagé dans la guerre contre Boko Haram, m’expliquait ce qui est devenu le modus operandi de ces barbares.

        

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  • Les évidences sont parfois des amies dangereuses. Après la profanation du cimetière juif de Sarre-Union, l’indignation est généralisée. À juste titre. Chacun imaginant la tombe d’un proche souillée aurait la nausée. Mais hier, sur i-Télé, un des responsables du consistoire juif de France voulait y voir "une remontée inquiétante de l’antisémitisme en France". Les fait récents prouvent pourtant le contraire.

    Vigilante à juste titre sur l’antisémitisme dans notre pays, l’Assemblée nationale demande régulièrement à des députés des rapports, des enquêtes sur des phénomènes de société pour ensuite préconiser des mesures législatives à prendre. Aujourd’hui, une même commission réfléchit sur l’islam en France et les moyens de l’intégrer sans ouvrir la porte à l’islamisme radical. La méthode est saine. Elle permet au passage que nos élus ne se basent pas que sur l’emballement médiatique pour se forger une opinion et légiférer.

    Il y a un peu plus de 3 ans, un rapport parlementaire se penchait

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  • Hier, on y jouait au football. Aujourd’hui, on y meurt. La France et l’Allemagne font leur possible pour trouver une solution pacifique à cette crise ukrainienne où les morts s’amoncellent au Donbass. Platini est parti. Hollande et Merkel sont venus. En Ukraine, c’est un autre match qui se joue. Vital pour l’Europe.

    Donetsk. Le Donbass. 5500 morts, là, sous nos fenêtres. Il y a 2 ans et demi, l’Europe du football s’y était donné rendez-vous. On avait construit des stades superbes, les Bleus étaient attendus dans la Donbass Arena de Donetsk. Le 15 juin, le match entre la France et l’Ukraine est interrompu. L’orage et la foudre menacent. On aurait dû y voir un présage.

    Aujourd’hui, on s’y bat à Donetsk, dans une ville qui ressemble à des champs de ruines. Les Bleus se souviennent-ils en voyant les images de l’aéroport dévasté sous les obus qu’ils s’y sont posés pour venir jouer au football ? Et vous, avez-vous réalisé que la guerre menace d’entrainer l’Europe dans un gouffre ? Ce bout

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  • Le sort horrible réservé par Daesh au pilote jordanien en a été la démonstration la plus barbare. Pour les terroristes de l’État islamique, le fait d’être musulman n’incite pas à plus de clémence. La haine de l’autre n‘a pas de limite.

    N’en déplaise à ceux qui voudraient voir se dessiner dans le chaos du monde une guerre de civilisations entre l’occident chrétien et le monde arabo-musulman : Daesh n’exécute pas que des chrétiens ou des yazidis. Leurs premières victimes sont musulmanes. Les rapports de l’ONG Human Right Watch sont une litanie de crimes commis par les membres de l’EI. Comme dans toute folie, leurs auteurs trouvent une justification, une explication soit disant logique et religieuse.

    Les Yazidis, communauté ancestrale du nord de l’Irak et de la Syrie sont pourchassés "comme le diable". Leur culte, antérieur à l’islam, est monothéiste. Au fil des siècles, il a mélangé le zoroastrisme iranien avec du soufisme, des traditions locales kurdes et une identité et des structures

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  • Il y a trois ans en janvier, la Tunisie descendait dans la rue. "Dégage" allait devenir le slogan des révolutions partout dans le monde arabe, même si au Caire, à Tripoli ou à Damas, un slogan n’aura pas suffit à apporter la démocratie. À Tunis, janvier 2015 aura été consacré aux palabres. Comment former un gouvernement avec un parlement aussi divisé ? En discutant !

    J’entends déjà certaines remarques : "tiens encore un papier sur la Tunisie". Et oui. Mais comme l’actualité à toujours tendance à se concentrer sur le monde qui va mal, on a passé sous silence ce qui se déroulait à Tunis en ce mois de janvier. À tort. Car cela pourrait bien servir de référence pour d‘autres dans quelques années. L’année a donc commencé en fanfare. La deuxième République s’éveillait avec une constitution toute neuve, un nouveau mais très ancien président de la République et une assemblée éclatée. Un parti laïc, Nidaa Tounès , dont le leader a été élu Beji Caid el Sebsi, arrivait en tête. Un parti

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  • Il s’appelle Yanis Varoufakis. C’est le ministre des finances du nouveau gouvernement grec. À gauche toute et direction Bruxelles pour venger l’honneur des Grecs et renégocier leur dette. Et quand on lui demande ce qu’il pense de l’Union européenne, il répond "écoutez hôtel California".

    Je ne le connais pas mais il m’est sympathique. D’abord, il y a sa gueule. Un physique à mi-chemin entre Yul Brynner et un batteur de groupe de rock. Carré, musclé, bronzé, crane rasé, adepte des t-shirts et des chemises à motifs. Il n’a jamais vu un peigne ni une cravate et je suis prêt à parier la mienne de chemise (bleue ciel, toujours bleue ciel) que ce prof d’économie à Austin, au Texas, devait avoir une cote d’enfer.

    C'est un chercheur en économie qui, dans ses publications, explique depuis longtemps que l’Union européenne a une responsabilité dans le naufrage de son pays. Celle d'avoir laissé la Grèce vivre à crédit et que les premiers plans de sauvetage n'ont fait qu’aggraver les choses. "Ce

    En lire plus »de Grèce - Yanis Varoufakis : la politique, simple comme "Hôtel California"
  • Elle s’appelait Shaimaa al-Sabbagh. Elle est morte au Caire, tuée par un tir d’arme à feu, au pied de la gerbe de fleurs qu’elle venait de déposer. Une gerbe de fleur en hommage à la révolution commencée quatre ans plus tôt sur cette même place Tahrir. Aujourd’hui, la révolution est morte. La liberté aussi. Shaimaa aussi.

    Le message est arrivé sur mon compte twitter. Un message comme un autre, qu’on lit d’un œil comme on check la liste des malheurs du monde, comme on prend le pouls d’un monde malade. "Une manifestante tuée au Caire", 140 mots qui ramèneront toujours le monde à une anecdote. Mais elle est là, de profil, le visage en sang. Je cherche son nom. Shaimaa al-Sabbagh. Je la regarde encore. Stupéfaite. Incrédule. Figée en voyant la mort qui arrive. Meurt-on pour avoir déposé des fleurs en hommage à la liberté ? Meurt-on pour dire que la révolution, le printemps arabe bat encore dans son cœur et sa tête ? Oui, en Egypte on en meurt.

    Déjà, on accuse sur les réseaux sociaux.

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  • "L’islam est dangereux et ceux qui le nient sont de dangereux naïfs". On retrouve souvent dans ces démonstrations qui se veulent érudites et donc moins susceptibles d’être contredites, les mêmes raccourcis, les mêmes fausses évidences, les mêmes arrières pensées que dans l’antisémitisme tranquille du XIXème en France. Michel Onfray et d’autres sont en train d’enraciner un mal que la France connait bien : la détestation argumentée, cultivée et rationnelle de votre voisin au son de "quand même, ces gens-là ne sont pas comme nous".

    Je lis le1hebdo. L’objet est ambitieux, pédagogique et audacieux. Je m’y suis abonné dès le premier numéro et je saurai trop vous inciter à faire de même. J’y ai lu Dominique Schnapper, sociologue, qui pointe la difficulté de s’intégrer dans une société qui tend à faire sauter les normes familiales quand justement on vient de cultures où la famille et la sexualité sont très normées et structurantes ; le paradoxe de cette école façon IIIe République que l’on

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  • "Obama ? À une époque, il nous aurait servi notre café".
    Cette phrase assassine et raciste n’est pas d’un des leaders de la droite ultra républicaine. Ce n’est pas Sarah Pallin, qui laisse tomber tout son mépris sur le président Obama. Elle est de... Bill Clinton ! Dans un livre passionnant qui vient d’être traduit, Obama vs Clinton, la guerre des clans, Edward Klein, journaliste au NY Times, pointe la haine qui oppose les clans Obama et Clinton. La succession d’Obama promet d’être mouvementée au parti démocrate !

    Les iconoclastes vont adorer. En 290 pages, Klein fracasse le mythe Obama, un président aussi talentueux sur les estrades de campagne que piteux derrière le bureau ovale lorsqu’il s’agit de trancher, et dresse un portrait du couple Clinton qui fait froid dans le dos. Klein théorise "les deux Obama, le candidat habile et le directeur général de la Maison blanche incompétent". Hollande sur la Syrie ne lui donnera pas tort...

    "Une administration d’amateurs". Un président qui ne

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Olivier Ravanello

Après des débuts au service international de LCI où il devient grand-reporter, Olivier Ravanello remporte la 2e place du prix Bayeux pour son reportage "La police israélienne face aux attentats-suicides". Deux mois de reportages dans l'Irak en guerre, la couverture de la réélection de George Bush Junior, son poste de correspondant permanent à Moscou pour TF1 et LCI et le prix de la presse diplomatique ont fait de lui un véritable expert en questions internationales. Arrivé sur la chaîne i-Télé en 2009, il présente plusieurs chroniques dont Le Monde en plus et Le Monde ne dort jamais. En novembre 2014, Olivier Ravanello prend les commandes d'une toute nouvelle émission diffusée tous les dimanche à 21h, "Vous président", dans laquelle il reçoit des conseillers diplomatiques et militaires pour une mise en situation politique.

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