Le Monde selon Ravanello
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    J’avais un sentiment étrange en regardant l’interview de Bachar el-Assad par David Pujadas mardi soir. Non pas qu’elle soit complaisante, au contraire elle était précise, nette et rigoureuse. Exactement ce que l’on attend de cet exercice. Je me suis simplement dit que le seul qui sort à son avantage de ce face à face, c‘est le salaud.

    Soyons clair. David Pujadas est un copain que j’estime. Je l’ai connu il y a plus de 15 ans à LCI, j ‘ai travaillé et beaucoup appris à son contact. Rigueur. Travail. Exigence. Je prétends malgré les critiques idiotes qu’il subit ça et là qu’il fait partie des grands journalistes de ce pays. Comme son rival du soir d’ailleurs, ce qui prouve que nos JT de semaine sont menés par des gens solides.

    Mais le propos n’est pas là. Il tient à l’exercice même. Celui d’interviewer un président qui a basculé dans la catégorie "criminel de guerre". Après avoir regardé l’interview, je me suis dit que définitivement, dans ce genre d’exercice, le criminel gagne toujours

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  • La politique est un art difficile. Souvent, il n’y a pas de bon choix. Il n’y a que des choix moins mauvais que les autres. Le problème, c’est d’avoir le courage de le dire. En l’occurrence, les membres de l’UE gèrent le drame des naufragés de méditerranée en technicien, comme des gardiens de cimetières.

    L’Union européenne fonctionne selon une philosophie libérale, plus ou moins corrigée par des politiques publiques. Nous en avons sous les yeux une illustration. Prenons la question des moyens. Après le drame de Lampedusa, le gouvernement italien avait déclenché un plan d’urgence, le plan Mare Nostrum. 110 millions d’euros en un an. Plus de gardes côtes, plus de bateaux pour sillonner les eaux et récupérer les naufragés. Des dizaines de milliers de vies ont été sauvées. 170 000 personnes rescapées.

    Un an plus tard, l’Union européenne prend le relais. À 28, le budget de Mare Nostrum va-t-il être décuplé ? Pas du tout. Au contraire. L’analyse qui est faite c’est que plus de moyens en mer

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  • Hillary Clinton a officialisé son entrée en lice dans la course à la Maison blanche. Annonce faite via un clip qui résume beaucoup de choses, et surtout sa propre perception d’elle-même, une femme qui a un truc à faire dans les 18 mois à venir : être présidente de la plus grande puissance de la planète. On ne vit pas dans le même monde...

    Le réveil sonne. Robin secoue Batman : "Allez debout ! Il faut qu’on aille sauver le monde". Certains jours, c’est dur le métier de super-héros. Pour Hillary Clinton, c’est un peu pareil. Autour d’elle, il y a des millions d’Américains qui ont un truc important à faire, mais elle aussi les gars elle a un truc à faire : juste devenir présidente.

    Forcément, on ne vit pas dans le même monde. Entre ceux qui se préparent à avoir un enfant, à se marier, à commencer un nouveau job de manutentionnaire, à la retraite, et Hillary qui avec un grand sourire faussement naïf explique qu'elle se prépare à être présidente, il y a un gap. La carte de la proximité est

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  • La France a reçu en visite d’État le président tunisien. Jeune élu de 88 ans qui semble encore coincé à l’époque Bourguiba et qui adore mettre le bazar quand il peut. Pas facile…

    À l’Élysée, on a sorti le grand jeu. Une "visite d'État", le niveau protocolaire le plus élevé. Celui où on descend les marches pour accueillir son visiteur, qu'aurait parodié Coluche, et c’est vrai. Le protocole, c’est la manière de dire l’estime que l’on a des autres quand on est président. Et en l’occurrence, la France aime beaucoup la Tunisie.

    Les avions de chasse français sont donc allés à la rencontre de l'avion présidentiel tunisien pour l'escorter jusqu’à Paris. Au programme, accueil aux Invalides par François Hollande (mieux que descendre les marches, il a carrément traversé la Seine), réunion de travail, discours au Sénat, dîner d'État au palais avec robe longue et smoking. La totale.

    Ce n'est rien de dire que l'Élysée a arrondi les angles avec un président tunisien qui a tendance à se prendre pour

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  • En novembre 2013, Laurent Fabius avait déjà surpris tout le monde, refusant au nom de la France de signer un accord sur le nucléaire avec l’Iran. Le texte n’était pas assez robuste aux yeux du ministre des Affaires étrangères. Robuste à quoi ? A la duplicité iranienne, que Fabius a déjà pu expérimenter et dont il s’est méfié jusqu’au bout.

    "Chat échaudé craint l’eau froide" dit le proverbe. Il vaut aussi pour la diplomatie. Depuis son arrivée au quai d’Orsay, Laurent Fabius montre sur le dossier du nucléaire iranien une intransigeance à toute épreuve. Plus encore que les Américains, pourtant peu soupçonnables de laxisme avec Téhéran. Pour comprendre cette raideur, il faut évidemment avoir en tête les enjeux : la capacité de l’Iran à avoir la bombe atomique. Quand on sait que par le passé certains de ses dirigeants n’ont pas caché leur volonté de détruire Israël et que l’on voit monter le bras de fer entre monde chiite et sunnite, avoir ou ne pas avoir la bombe changerait la face du

    En lire plus »de Iran : ce que Fabius garde en travers de la gorge
  • "Tu vas me vider la salle avec ton nucléaire iranien". Quel chroniqueur international ne s’est pas vu opposer l’argument massue par son rédacteur en chef peu enclin à lui laisser du temps d’antenne ou des lignes pour parler de ce dossier qui dure depuis des décennies ? Et bien puisque c’est comme ça, tous en cuisine et vous allez tout comprendre !

    Allez dans votre cuisine et ouvrez le placard correspondant aux ustensiles. Choisissez une essoreuse à salade. ATTENTION ! Tous les modèles ne sont pas compatibles ! Il nous faut le modèle classique que l’on utilise en tournant une manivelle sur le couvercle et dont le mécanisme entraine un panier en plastique à l’intérieur. Le vieux modèle appelé aussi cage à poules est exclu, tout comme les plus modernes avec pompe ou fil enrouleur :

     

    Mettez une salade humide. Tournez. Cette essoreuse est l’équivalent ménager de la centrifugeuse utilisé pour enrichir de l’uranium. L’uranium est un minerai dont les propriétés varient (l’isotope) selon son

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  • En prenant la tête d’une grande coalition arabe sunnite pour intervenir au Yémen, l’Arabie saoudite s’engage dans une guerre de religion et d’influence régionale. En jeu, la défense de la sunna, mais aussi la création d’une force militaire arabe intégrée, la première de l’histoire.

    La nouvelle a été lancée par la chaine El-Arabya. Depuis Washington, l’ambassadeur saoudien a donné le top départ de l’opération préparée depuis plusieurs semaines. La Maison blanche venait de donner son feu vert : la coalition arabe pouvait se mettre en branle.

    C’est une première. Depuis la rencontre en grande pompe de Roosevelt avec le roi saoudien Abdelaziz Ibn Saoud sur le croiseur USS Quincy sur le canal de suez, le deal était clair. L’Arabie saoudite donnait un accès privilégié à son pétrole aux compagnies américaines en échange de quoi les États-Unis garantissaient la protection du jeune royaume assis sur un trésor d’or noir qui semblait inépuisable. Depuis, l’Arabie saoudite a utilisé ses

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  • C’est la démocratie que les terroristes ont attaqué à Tunis. L’attentat du musée du Bardo a un objectif : étouffer dans l’œuf la seule démocratie du monde arabe. Comme à Paris le 11 janvier, les chefs d’États et les ministres des affaires étrangères des pays libres doivent aller marcher à Tunis sur l’avenue Bourguiba derrière la banderole  "nous sommes le Bardo".

    Le pire n’est jamais atteint. Le pire pour les Tunisiens serait que d’autres attentats frappent encore leur pays. Mais le pire encore serait qu’eux et le monde arabe aient le sentiment qu’un attentat contre une démocratie arabe vaut moins qu’un attentat contre une démocratie européenne. À Paris, le 11 janvier, la plupart des chefs d’État venus dire non au terrorisme étaient occidentaux, dans une grande capitale occidentale. Le geste était noble, mais l’image pouvait être trompeuse. Malgré la présence de quelques ministres arabes, ceux qui continuent de croire que le monde est en train de plonger dans un choc de civilisation

    En lire plus »de Attaque du Bardo : messieurs les chefs d’États, il faut aller manifester à Tunis !
  • La victoire de Benyamin Netanyahou est éclatante. Parmi les trois explications que je retiens pour expliquer ce revirement, une va profondément changer la politique israélienne : le vote arabe.

    Pourquoi Netanyahou a-t-il gagné ? Déjà, faisons taire le concert des râleurs éclairés du café du commerce sur le thème "les sondages se sont encore plantés, ils sont vraiment nuls ces mecs-là". Pour la 100 000e fois depuis les premiers sondages électoraux dans les années 30, on rappellera un principe de base. Il s’agit de "déclaration d’intention de vote". La question posée est "pour qui avez-vous l’intention de voter ?". L’intention. Remémorez-vous tout ce que vous aviez l’intention de faire dans la semaine écoulée et que vous n’avez pas fait et vous réaliserez que les sondages ne sont qu’une indication.

    Ces projections explosent si la participation varie fortement. À la baisse ou à la hausse. En Israël, c’est ce qui s’est passé. Plus de 70% de participation ! Les abstentionnistes de droite se

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  • Le réalisateur Costa-Gavras, producteur du film 'Maintenant ils peuvent venir', de Salem Brahimi, qui évoque la montée de l'islamisme en Algérie, revient sur ses difficultés à trouver un distributeur pour diffuser un film nécessaire dans une France meurtrie par l'attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier dernier.

     

    Retrouvez "Maintenant, les distributeurs peuvent venir", le coup de gueule d'Olivier Ravanello qui appelle les chaines de télévisions et les potentiels distributeurs à prendre leurs responsabilités pour soutenir et diffuser le film.

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Olivier Ravanello

Après des débuts au service international de LCI où il devient grand-reporter, Olivier Ravanello remporte la 2e place du prix Bayeux pour son reportage "La police israélienne face aux attentats-suicides". Deux mois de reportages dans l'Irak en guerre, la couverture de la réélection de George Bush Junior, son poste de correspondant permanent à Moscou et le prix de la presse diplomatique ont fait de lui un véritable expert en questions internationales. Arrivé sur la chaîne i-Télé en 2009, il présente plusieurs chroniques dont Le Monde en plus et Le Monde ne dort jamais. Il présente aujourd'hui une nouvelle émission diffusée tous les dimanche à 21h, "Vous président", dans laquelle il reçoit des conseillers diplomatiques et militaires pour une mise en situation politique.

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