Le Monde selon Ravanello
  • Grèce : Tsipras, un si gentil garçon

    Le Premier ministre grec Alexis Tsipras est aujourd'hui le jeune turbulent de la famille européenne. On ne l’a pas vu grandir. Hier encore, il était en culotte courte avec ses 5% de suffrage et du jour au lendemain on s’est aperçu qu’il était devenu un homme, dirigeant un pays et s’invitant à table. Il a le charme de la jeunesse, la beauté lumineuse des idéalistes mais il est en train de mettre une sacrée pagaille dans la maison.

    Pourtant on l'aime bien "ce gosse". Souvenez-vous, il y a quelques jours, ce petit geste affectueux à Jean-Claude Junker. Tonton Junker, le président de la Commission européenne "tape dur" qui gratifie Tsipras d’un petite claque affectueuse sur la joue. Mon grand-père m’avait donné la même le jour de mon Bac. Une petite claque gentille à un Premier ministre, quand même, manière de dire "je lui fais confiance, je l'aime bien". Il n’a pas dit "le petit" mais on l’a tous entendu. Tonton Junker. Sacré tonton. Quand ils voient Tspiras, les vieux politiciens européens se remémorent l'époque où ils avaient les cheveux un peu plus longs et les idées un peu plus simples. L’époque où ils pensaient pouvoir changer le monde. C'était avant l'embourgeoisement, avant de grandir.

    Alexis Tsipras, le petit en bout de table qui veut se faire entendre. Il faut bien comprendre que l'Europe fonctionne comme un truc de vieux. Elle est basée sur le compromis, la demi-mesure, l'équilibre, l’idée que l’on peut

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  • "Guerre de civilisation" : le jeu dangereux de Manuel Valls

    En prononçant cette phrase sur l’antenne de I-télé, "nous ne pouvons pas perdre cette guerre parce que c'est au fond une guerre de civilisation", Manuel Valls a touché à un concept qui ressemble à de la dynamite. Pas sûr que l’idée soit bonne.

    Manuel Valls aime les phrases fortes. Il aime ne pas avoir peur des mots. Il a raison. À mal nommer les choses on ajoute du malheur au monde et à ne pas nommer les choses on les plonge dans une léthargie mortifère. Mais certains concepts en apparence inattaquables et justes sont parfois des poisons. La guerre de civilisation en est un particulièrement puissant. "Nous ne pouvons pas perdre cette guerre parce que c'est au fond une guerre de civilisation", dit Valls. Que Daesh soit en guerre contre nos valeurs est un fait. Que la liberté d’être et de penser, le pluralisme, la tolérance, le respect, l’égalité des hommes et des femmes soient intolérable pour Daesh est évident. Que la démocratie soit l’exact contraire de leur modèle politique est patent.

    Mais l’erreur est justement de penser que ces valeurs sont nôtres. Qu’elles sont notre civilisation. Elles sont justement le contraire. Elles sont universelles. Notre civilisation est judéo-chrétienne, romaine humaniste-moderniste et autre

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  • Terrorisme : la France face à ses responsabilités

    Après l’attaque de Sousse, la France assure encore une fois la Tunisie de son soutien. Mais la solidarité ne suffit pas. Ce qu’endure la Tunisie, la France en est en partie responsable et elle ne peut pas l’éluder.

    Manifestation de soutien à la Tunisie, le 27 juin à Paris. (Loïc Venance/AFP)Manifestation de soutien à la Tunisie, le 27 juin à Paris. (Loïc Venance/AFP)

    Encore une fois, la France s’est payée de mots. Pendant qu’à Sousse, les employés de l’hôtel recouvraient les morts de leurs serviettes de bain maculées de sang, évacuaient les blessés vers les hôpitaux et comptaient les victimes, François Hollande décrochait son téléphone pour appeler le président Beji Caïd Essebsi. "Nous sommes de tout cœur avec vous dans ce drame, vous pouvez compter sur notre solidarité." La belle affaire. Comme en amour, il n’y a pas d’amitié mais des preuves d’amitié. Et à Tunis, on se dit qu’il serait temps d’en voir la couleur. La Tunisie a besoin d’hélicoptères pour surveiller sa longue frontière avec la Libye. La France a dit oui, mais à condition de les acheter ! Après les attentats du Bardo, Paris a promis d’envoyer deux conseillers en sécurité pour réaliser un audit de la situation ! On croit rêver. Un audit alors que les attaques se multiplient (Bizerte il y a une semaine, avant Sousse). Mais il ne s’agit pas seulement d’aide matérielle. Ce qu’il faut

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  • "Avec les États-Unis, on est soit un vassal soit un ennemi", disait un député lors des premières révélations du journal allemand Spiegel sur les écoutes américaines. Les nouvelles révélations de WikiLeaks font apparaitre autre chose : l’ampleur de la trahison.

    C’est comme être cocu. Même si on s’en doute, avoir la preuve sous les yeux, les photos de "où et quand", est toujours un électrochoc qui vous donne envie de tout casser. Pardonnez ma trivialité, mais je la crois pertinente. Ce que ressentent les dirigeants Français aujourd'hui est du même ordre. Au sommet de l’État personne n’est dupe. Depuis longtemps, les diplomates et les présidents ont intégré l'idée que les affaires sensibles ne peuvent pas se traiter au téléphone. De fait, présidents et ministres des Affaires étrangères ne cessent de se rencontrer dès qu’ils le peuvent. Une heure ou deux. En marge d’un sommet, d’une réunion du G7, d’un passage au Nations unies, d’une réunion des groupes de contacts sur le Proche-Orient,

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  • Dans le droit international, l’adjectif qualificatif n’est pas un genre très prisé. Il y a des notions, nettes, précises, mais on évite de tomber dans les 50 nuances de… Pourquoi dès lors entendre Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, marteler de plus en plus cette notion ?

    Ça a commencé dans les meetings : "La nature d’Israël est d’être un État juif". À chaque fois, le Premier ministre était sûr de son effet, devant un auditoire conquis. Puis l’idée est arrivée sur la table du Conseil des ministres jusqu’à devenir un projet de loi présenté devant le Parlement. Une partie de la gauche s’y oppose au nom du respect des valeurs démocratiques d’Israël mais Netanyahou n’en démord pas. Israël, État créé "pour les juifs" deviendrait un "État juif". La finalité deviendrait sa nature. Glissement qui n’est pas que sémantique et qui perturbe la région.

    D’abord il y a le principe. Dans les relations internationales, on reconnait des États. Pas des régimes. Un État est un État, sans

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  • Le salon du Bourget a refermé ses portes ce dimanche. C’était l’année du cocorico pour la France, encore dans l’euphorie des ventes de Rafale. Tous les pays étaient là. Sauf un qui boude et n’a envoyé qu’un avion-cargo. Devinez qui ?

    Le Bourget, c’est l’art du teasing. Comment en mettre plein la vue à ses voisins sans trop en montrer pour éviter de se faire piller sa technologie. Equilibre délicat. Lors des démonstrations, les pilotes sortent le grand jeu aux commandes de leur avion pour séduire et déclencher les contrats. Mais une fois au sol, on bâche le plus possible et on tient les curieux à distance.

    Guerre froide dans les stands. Car dans de stands en stands, les professionnels qui déambulent sont de faux badauds et de vrais professionnels, voire de vrais-faux espions. On regarde les fuselages, on scrute les tubulures, si possible on prend quelques photos sous des angles inattendus. C’est la différence avec le salon de l’auto. Des avions de chasse, vous n’en voyez pas tous les

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  • François Hollande et Abdelaziz Bouteflika en 2012. <b>AFP</b>
    La presse Algérienne titre "Lune de miel". Le Monde parle de relations "au beau fixe". Du jamais vu. La tonalité qui accompagne le voyage du président de la République François Hollande en Algérie illustre à quel point les relations avec ce pays se sont améliorées. Considérablement améliorées. Et dans un dossier aussi délicat, épineux, douloureux et complexe, on ne peut que tirer son chapeau à l’Elysée.

    L’attachement particulier de François Hollande à ce pays, qu’il a connu jeune stagiaire de l’ENA à l’ambassade de France à Alger, est à mon sens la première des explications. Là où les formules traditionnelles n’étaient plus entendues, Hollande a su trouver les mots pour refermer les plaies algériennes. En 2012, devant le Parlement, il pointe "la colonisation, système profondément injuste et brutal", souligne "les souffrances infligées au peuple algérien" et va même jusqu’à évoquer Sétif, 8 mai 1945, le massacre d’une manifestation qui dans la liesse de la libération arbore des drapeaux

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  • Barack Obama. <b>AFP</b>
    450 soldats de plus en Irak. Barack Obama est-il en train de changer de stratégie ? Non. Mais il prend le risque de tomber dans le piège de l’apéro.

    Les stratégies sont faites pour durer. A l’heure ou les beaux jours arrivent, on pourrait les comparer aux grandes résolutions que l’on prend à tête reposée. « Cette année, je me calme sur l’apéro ». Mais ensuite, il y a le feu de l’action. En Irak, Barack Obama avait été clair vis-à-vis de son opinion. Pas question de renvoyer l’armée. « Je m’y engage », avait dit le président américain. « Read my lips » (lisez sur mes lèvres). Promis, juré, craché. Il n’y aura pas de GI en Irak.

    Les premiers mois de l’engagement contre Daesh ont donc consisté pour l’essentiel à des bombardements ciblés. Ensuite, les États-Unis ont envoyé du matériel. Puis des formateurs pour utiliser le matériel. Puis des conseillers pour mener les opérations sur le terrain. Parce que si la guerre n’est pas forcément un art, c’est un savoir-faire.

    300 conseillers par-ci.

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  • Foot et diplomatie : à quand un siège pour la FIFA à l’ONU ?

    Avec la démission de Blatter, la planète foot s’emballe, mais en même temps, on entend les chefs d’Etats comme Poutine prendre position sur qui doit diriger la FIFA. Pourquoi ça ?

    L'entr&eacute;e du si&egrave;ge de la FIFA &agrave; ZurichL'entrée du siège de la FIFA à Zurich

    Pour comprendre il faut avoir 5 lettres en tête. BRICS. Le monde a connu en 20 ans une révolution. La face de la planète a changé sous l’effet de 5 pays qui jusque-là comptaient peu sur la scène internationale. Les spécialistes ont dit au dirigeants européens et américains « misez sur eux, ils sont l’avenir ». Soit parce que leur démographie galopante en faisait un marché économique potentiel colossal. Soit pour leur taux de croissance impressionnant. Soit pour leur potentiel culturel. Soit pour leur siège au sein d’enceinte internationale décisive comme l’ONU. Ou encore pour leur rôle de stabilisateur régional.

    Puissances dites alors émergentes, certains sont déjà largement émergés. Ce sont le Brésil, la Russie, l’Inde la Chine et l’Afrique du sud (South Africa). B R I C S.

    La question des dirigeants des pays dits « développés » était alors simple. Comment aider ces pays à ne pas rater une marche dans leur ascension ? Comment éviter qu’ils ne soient à nouveau happés dans une

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  • L’attaque était classique. La répétition « ils sont quatre » scandant l’arrivée des résistants au Panthéon comme une marche. Quelque mots, simples et justes pour exprimer une idée simple et forte ; ces hommes et femmes ont choisi librement, « calmement », « tranquillement », de basculer dans la résistance. Les yeux ouverts. Esthétique de la résistance, ou comment vivre droit. Un miroir tendu à chacun.

    On attendait la suite. Elle fut pathétique. Mauvaise pente ou mauvais conseillers, on ne saura jamais. Pour évoquer ces vies devenues des destins, on aligne les citations et les anecdotes « wikipédiées ». Puis vint ce que l’on craignait. Le président de la république qui se met à raccrocher ces vies exemplaires aux débats politiques du moment.

    Fallait-il vraiment se servir de Germaine Tillion pour évoquer le sort des réfugiés irakiens, syriens et des migrants. Fallait-vraiment associer Jean Zay à la réforme du collège ? Fallait-il vraiment appeler Geneviève De Gaulle à la rescousse pour

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Olivier Ravanello

Après des débuts au service international de LCI où il devient grand-reporter, Olivier Ravanello remporte la 2e place du prix Bayeux pour son reportage "La police israélienne face aux attentats-suicides". Deux mois de reportages dans l'Irak en guerre, la couverture de la réélection de George Bush Junior, son poste de correspondant permanent à Moscou et le prix de la presse diplomatique ont fait de lui un véritable expert en questions internationales. Arrivé sur la chaîne i-Télé en 2009, il présente plusieurs chroniques dont Le Monde en plus et Le Monde ne dort jamais. Il présente aujourd'hui une nouvelle émission diffusée tous les dimanche à 21h, "Vous président", dans laquelle il reçoit des conseillers diplomatiques et militaires pour une mise en situation politique.

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