Le Monde selon Ravanello
  • À gauche, une photo de Canal Street à la Nouvelle-Orléans le 31 août 2005 après le passage de l'ouragan Katrina, à droite, la même rue reconstruite, prise le 16 août 2015.À gauche, une photo de Canal Street à la Nouvelle-Orléans le 31 août 2005 après le passage de l'ouragan Katrina, à droite, la même rue reconstruite, prise le 16 août 2015.

    À la Nouvelle-Orléans, Barack Obama revient dans une ville entièrement reconstruite après avoir été littéralement dévastée par l'ouragan Katrina. 1800 morts, des dizaines de milliers de personnes sans abri pendant des mois. La catastrophe la plus coûteuse pour les États-Unis (150 milliards dépensés pour la seule Nouvelle-Orléans) a été aussi un ouragan politique.

    Dans leur détresse, les Noirs de Louisiane et du Mississipi ont compris ce jour-là que s'ils ne s'occupaient pas de politique, la politique ne s'occuperait jamais vraiment d'eux. S’ils n’allaient pas voter, leurs voix ne seraient jamais entendues. Ils l’ont compris et tous les États-Unis l'ont vu et l'ont compris aussi. Ils ont vu qu'il pouvait encore y avoir 50 ans après les luttes pour les droits civiques, l'égalité des droits entre Blancs et Noirs, une administration "de mentalité blanche" avec tout son racisme latent et ses préjugés.

    Lorsque Katrina s'abat sur la Louisiane, les Noirs, qui représentent plus d'un tiers de

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  • En Syrie la situation ne cesse d’empirer mais la France garde la même ligne politique. À défaut d’efficacité, ça a au moins le mérite de la constance. Sous les ors de la salle des fêtes de l’Élysée, François Hollande a repris son raisonnement syrien qui doit mener la démocratie sur le chemin de Damas.

    Le préambule est classique. Le chef de l’État le répète désormais à chaque intervention : « Si on m’avait écouté on n'en serait pas là. » Si les Américains avaient bombardé le régime, tout aurait été réglé et Hollande d’oser un raccourci saisissant : « L’inaction de la communauté internationale a coûté cher, très cher. Daesh qui n’existait pas alors en Syrie s’est installé. » Pour être encore plus clair, Hollande considère que Daesh est né de l’inaction d’Obama cette nuit du 31 août 2013. La ficelle est grosse. Les premières fois, on pouvait considérer que c’était de bonne guerre. On n’aime pas se retrouver seul en rase campagne après être monté au front pour s’apercevoir que ses alliés

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  • L'État islamique a détruit le monastère chrétien de Saint Jacques le Mutilé (Mar Yakub) à Qara au nord de Damas. Derrière la chasse à toute trace religieuse autre qu’islamique, ce sont aussi des symboles et des personnalités connues que Daesh vise.

    Il y a quelques jours, c’est le conservateur du site de Palmyre, Khaled Assaad, que l’on retrouvait décapité. Jusqu’au bout il aura défié Daesh. Il a d’abord fait évacuer vers Damas les principales pièces qui pouvaient être sauvées. Puis Daesh l’a interrogé des jours durant, torturé, pour lui faire avouer où se trouvait les trésors de Palmyre. « L’or » qui obsède ces soi-disant fous de Dieu. Pour s’enrichir et pour financer la guerre. Le vieil homme n’a rien dit et il en a payé le prix.

    Dans leur entreprise de terreur et de destruction, les fous de Daesh n’agissent pas sans raison. Les ordres sont précis, les actes réfléchis, exécutés à froid. À Palmyre, la prison emblématique de la terreur du régime a été vidée et dynamitée comme un

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  • Il avait 82 ans et, jusqu’au bout, il aura tenu tête à de jeunes barbares qui veulent faire croire au monde que Mahomet n’aimait pas les autres cultures et que Dieu ne supporte pas l’idée que d’autres hommes aient pu laisser une trace de leur passage avant que le prophète de l’Islam ne délivre son message.

    Khaled Assaad aura consacré sa vie au patrimoine syrien, à l’histoire de ce pays traversée par toutes les armées venues de l’Est, de l’Ouest, du Sud, laissant au fil des siècles leur architecture, leur mode de vie, leur empreinte. La Syrie, avant d’être un pays en guerre, est un pays qui abrite toute la culture méditerranéenne, notre culture à nous, Européens, leur culture à eux, Arabes, les même racines, le même passé, que l’on veut nous faire s’opposer.

    50 ans à s’occuper de Palmyre ont fait de lui le plus grand spécialiste de cette petite Rome en plein désert. Une photo circule sur le Net, où on le voit faire visiter la ville à François Mitterrand. Aujourd’hui, Daesh a miné les

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  • Comme toujours, il y a la petite histoire qui en dit long. À Tianjin, une jeune adolescente a été arrêtée pour escroquerie. Elle a fait croire sur un réseau social que son père était mort dans l’explosion. Émus, ses followers lui ont envoyé de l’argent pour l’aider (plus de 12 000 euros) jusqu’au moment où la police a débarqué. Son compte a été gelé, l’argent avec, et la police s’est fait un plaisir de raconter l’affaire sur le compte Facebook du commissariat de Fangchenggang, dans le sud du pays, auteur de l’arrestation.

    Tout est là. Une société travaillée par l’argent, devenu une obsession à tous les étages de la société. Une société où les média officiels sont contrôlés mais où les réseaux sociaux sont omniprésents. Blogs, sites, page Facebook, où les infos circulent, où les pétitions tournent contre tel ou tel projet urbanistique, tel édile corrompu, laissant aux citoyens des espaces de liberté, qu’ils utilisent pour contester les autorités politiques décentralisées, habitudes

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  • Tsipras est-il le plus malin de tous ?

    C’est ce que l’on appelle l’heure de vérité. Tsipras va devoir choisir. Transiger ou pas et sur quoi. S’il parvient à signer un accord il aura fait la démonstration qu’à tout juste 40 ans il est le plus incroyable animal politique que l’Europe ait connu depuis longtemps.

    Le premier ministre Alexis TsiprasLe premier ministre Alexis Tsipras

    Comment remporter une partie de poker avec rien en main ? Impossible ? Sauf à s’appeler Tsipras. En un an, sa trajectoire politique a été phénoménale. Voilà un homme parti d’une famille politique éclatée et moribonde, les communistes, pour rompre avec les staliniens, se repositionner, élargir ses alliances, conforter sa base et progresser inéluctablement d’élection en élection, jusqu’à faire imploser en vol les socialistes du PASOK que tout le monde, y compris le PS français, pensait éternel.

    Une fois premier ministre, il se retrouve à la tête d’un pays à sec, surendetté et qui semble avoir déjà épuisé tout son crédit dans les négociations. Quand il se présente à la table de jeu de l’Eurogroupe, il n’a plus un jeton devant lui, des dettes accumulées auprès des autres joueurs et pas une carte en main. N’importe qui se serait couché en se disant qu’il n’etait pas arrivé au bon moment dans l’histoire de la Grèce. Malheur aux vaincus. Mais pas lui.

    Tsipras et son "général Varoufakis"

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  • Daech à Gaza, le scénario catastrophe

    Tunis, Sousse, Koweït-city, Syrte et le Sinaï égyptien. Depuis sa base en Irak et en Syrie, l’État islamique étend ses tentacules partout autour de la Méditerranée. Mais il y aurait un scénario encore pire.

    On en parle à demi-mot. Dirigeants politiques, responsable militaires et diplomates évoquent la question dans un souffle, comme s’ils ne voulaient pas formuler la chose. Comme si le dire pouvait accélérer ce scénario catastrophe. Aujourd’hui, tout le monde regarde avec effroi la rapidité avec laquelle l’État islamique s’étend. De partout, des jeunes partent faire le djihad ; partout ceux qui restent veulent agir ; partout des groupes se rallient à la bannière noire de l’EI et font allégeance. Sur la revue très officielle du groupe, Dabiq, le dernier numéro présentait "L’international Daech", avec les groupes nationaux tunisiens, libyens et égyptiens réunis.

    Depuis plusieurs mois, le Sinaï égyptien est une zone de guerre. La dernière attaque en date n’avait jamais été vue. Opération coordonnée avec une série de voitures piégées qui explosent, déclenchant l’attaque de plusieurs barrages routiers. Dans le même temps, les renforts étaient coincés dans leur commissariat, les alentours ayant

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  • Grèce : Tsipras, un si gentil garçon

    Le Premier ministre grec Alexis Tsipras est aujourd'hui le jeune turbulent de la famille européenne. On ne l’a pas vu grandir. Hier encore, il était en culotte courte avec ses 5% de suffrage et du jour au lendemain on s’est aperçu qu’il était devenu un homme, dirigeant un pays et s’invitant à table. Il a le charme de la jeunesse, la beauté lumineuse des idéalistes mais il est en train de mettre une sacrée pagaille dans la maison.

    Pourtant on l'aime bien "ce gosse". Souvenez-vous, il y a quelques jours, ce petit geste affectueux à Jean-Claude Junker. Tonton Junker, le président de la Commission européenne "tape dur" qui gratifie Tsipras d’un petite claque affectueuse sur la joue. Mon grand-père m’avait donné la même le jour de mon Bac. Une petite claque gentille à un Premier ministre, quand même, manière de dire "je lui fais confiance, je l'aime bien". Il n’a pas dit "le petit" mais on l’a tous entendu. Tonton Junker. Sacré tonton. Quand ils voient Tspiras, les vieux politiciens européens se remémorent l'époque où ils avaient les cheveux un peu plus longs et les idées un peu plus simples. L’époque où ils pensaient pouvoir changer le monde. C'était avant l'embourgeoisement, avant de grandir.

    Alexis Tsipras, le petit en bout de table qui veut se faire entendre. Il faut bien comprendre que l'Europe fonctionne comme un truc de vieux. Elle est basée sur le compromis, la demi-mesure, l'équilibre, l’idée que l’on peut

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  • "Guerre de civilisation" : le jeu dangereux de Manuel Valls

    En prononçant cette phrase sur l’antenne de I-télé, "nous ne pouvons pas perdre cette guerre parce que c'est au fond une guerre de civilisation", Manuel Valls a touché à un concept qui ressemble à de la dynamite. Pas sûr que l’idée soit bonne.

    Manuel Valls aime les phrases fortes. Il aime ne pas avoir peur des mots. Il a raison. À mal nommer les choses on ajoute du malheur au monde et à ne pas nommer les choses on les plonge dans une léthargie mortifère. Mais certains concepts en apparence inattaquables et justes sont parfois des poisons. La guerre de civilisation en est un particulièrement puissant. "Nous ne pouvons pas perdre cette guerre parce que c'est au fond une guerre de civilisation", dit Valls. Que Daesh soit en guerre contre nos valeurs est un fait. Que la liberté d’être et de penser, le pluralisme, la tolérance, le respect, l’égalité des hommes et des femmes soient intolérable pour Daesh est évident. Que la démocratie soit l’exact contraire de leur modèle politique est patent.

    Mais l’erreur est justement de penser que ces valeurs sont nôtres. Qu’elles sont notre civilisation. Elles sont justement le contraire. Elles sont universelles. Notre civilisation est judéo-chrétienne, romaine humaniste-moderniste et autre

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  • Terrorisme : la France face à ses responsabilités

    Après l’attaque de Sousse, la France assure encore une fois la Tunisie de son soutien. Mais la solidarité ne suffit pas. Ce qu’endure la Tunisie, la France en est en partie responsable et elle ne peut pas l’éluder.

    Manifestation de soutien à la Tunisie, le 27 juin à Paris. (Loïc Venance/AFP)Manifestation de soutien à la Tunisie, le 27 juin à Paris. (Loïc Venance/AFP)

    Encore une fois, la France s’est payée de mots. Pendant qu’à Sousse, les employés de l’hôtel recouvraient les morts de leurs serviettes de bain maculées de sang, évacuaient les blessés vers les hôpitaux et comptaient les victimes, François Hollande décrochait son téléphone pour appeler le président Beji Caïd Essebsi. "Nous sommes de tout cœur avec vous dans ce drame, vous pouvez compter sur notre solidarité." La belle affaire. Comme en amour, il n’y a pas d’amitié mais des preuves d’amitié. Et à Tunis, on se dit qu’il serait temps d’en voir la couleur. La Tunisie a besoin d’hélicoptères pour surveiller sa longue frontière avec la Libye. La France a dit oui, mais à condition de les acheter ! Après les attentats du Bardo, Paris a promis d’envoyer deux conseillers en sécurité pour réaliser un audit de la situation ! On croit rêver. Un audit alors que les attaques se multiplient (Bizerte il y a une semaine, avant Sousse). Mais il ne s’agit pas seulement d’aide matérielle. Ce qu’il faut

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Olivier Ravanello

Après des débuts au service international de LCI où il devient grand-reporter, Olivier Ravanello remporte la 2e place du prix Bayeux pour son reportage "La police israélienne face aux attentats-suicides". Deux mois de reportages dans l'Irak en guerre, la couverture de la réélection de George Bush Junior, son poste de correspondant permanent à Moscou et le prix de la presse diplomatique ont fait de lui un véritable expert en questions internationales. Arrivé sur la chaîne i-Télé en 2009, il présente plusieurs chroniques dont Le Monde en plus et Le Monde ne dort jamais. Il présente aujourd'hui une nouvelle émission diffusée tous les dimanche à 21h, "Vous président", dans laquelle il reçoit des conseillers diplomatiques et militaires pour une mise en situation politique.

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