Le Monde selon Ravanello

  • À chaque fois, la question revient comme un boomerang. Les otages, on ne parle que d’eux ! Les comités de soutien, c’est pareil. Il y a d’autres gens qui souffrent, sans compter que plus vous en parlez, vous les médias, plus le prix monte ! Éléments de réponse.

    En parler ou pas ? Se taire et y penser tout le temps, ou dire et faire pression. La question se pose à chaque fois. Il y a tout eu : le silence radio, l'égrenage des jours à l’antenne des JT pour les otages du Liban, les comités de soutien, les banderoles de Reporter Sans Frontière, le silence digne des familles d’expatriés comme les Moulin-Fournier enlevés au Nigeria, ou les coups de gueule désespérés dans les médias de la fille de Serge Lazarevic pour dire que l’État s’en moque. Tous se sont demandés "comment faire sortir celui que j’aime de ce cauchemar". Tous ont connu, jusqu’au jour de la libération, des moments d’abattement en se disant "à quoi bon, les ravisseurs s’en foutent de nous". Chaque cas est différent. Mais

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  • En fauteuil roulant, le président algérien a fini par apparaitre en public, accompagné de son petit-fils. Il est allé voter, pour lui, comme le feront beaucoup d’Algériens qui voteront pas pour Boutef, mais qui voteront pour ne pas avoir autre chose que Boutef. Pas parce qu’ils tiennent à lui. Mais parce que l’inconnu n’est plus gérable. Quitte à enterrer les rêves de sa jeunesse.

    Depuis les années 90, l’irruption du FIS (Front islamique du salut) sur la scène politique, sa victoire aux élections législatives et les années de sang de répression et de guerre civile qui ont suivi, tout a changé. Pour deux générations d’Algériens, l’inconnu n’est pas synonyme d’avenir ou d’espoir, il est synonyme de peur et d’angoisse. Tout plutôt que de prendre le risque de revivre ce cauchemar. Alors oui, plutôt Boutef qu’autre chose. Sur Internet, on s’est amusé à le chercher façon Stromaé.


    De fait, Bouteflika a permis à l’Algérie de retrouver un pouvoir tenu par les civils et non plus par les

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  • On l’avait vu au revers de la boutonnière de certains manifestants pro-russes en Crimée. Puis décliné en drapeau dans les manifestations. Le voilà sur les uniformes des commandos qui contrôlent les villes de l’est de l’Ukraine. Un signe de ralliement.

    Orange et noir. Couleur de feu et de cendre. En Russie, ce ruban ressort chaque année lors de commémorations de la Seconde Guerre mondiale et les parades sur la Place rouge, mais aussi dans toutes les villes de Biélorussie ou d’Ukraine. La guerre contre l’Allemagne nazie est encore bien présente dans les mémoires. 20 millions de Soviétiques y ont laissé la vie. Pas une famille qui n’ait son héros. Sans parler des tragédies humaines individuelles, ces vies broyées dans un conflit sans merci entre Staline et Hitler que raconte magnifiquement Slvetana Alexeivicth. Une guerre contre le fascisme devenue ciment de l’URSS post 1945.

                                                 Maïdan est vu comme le retour des fascistes

    Le fascisme justement, les

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  • 25 mai. La date est dans toutes les têtes. Celle de l’élection présidentielle en Ukraine, censée mettre un terme à l’instabilité institutionnelle du pays. Les candidats se multiplient. Moscou continue de tenir la dragée haute à Obama qui fait tout pour mettre un terme à cette crise dans laquelle il ne maitrise plus rien. Et si à la fin Poutine gagnait sur toute la ligne ? Et si le prochain président légitimement élu en Ukraine était pro-russe ? C’est le scénario cauchemar pour l’occident, façon "L’empire contre-attaque".

    La commission électorale a clôt les candidatures. Ils sont officiellement 46 à vouloir devenir président de la république ukrainienne. Ça fait du monde. Le désordre institutionnel attise toujours les ambitions des incompétents, les lubies des farfelus et les projets des intrigants. La commission avait donc vu arriver Dark Vador, bien connu des manifestants du Maïdan. Affublé du casque et de l’épée du personnage de la "Guerre des Etoiles", il avait présenté sa

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  • C’est un chiffre qui résume à lui seul la politique étrangère de Barack Obama. Zéro mort. Zero kill. Aucun soldat américain n’a été tué en mars 2014. Les choses ne resteront pas en l’état évidemment, mais pour la Maison blanche c’est un symbole, jamais vu depuis 11 ans ! "No more footstep". Pas d’empreinte sur le terrain. C’était le credo de Barack Obama. La présence américaine dans le monde doit cesser de passer par l’envoi de soldats. Il faut influencer plutôt que diriger. "US army go home". On rentre à la maison.

    Ça a commencé avec l’Irak. Sortir de ce bourbier dont l’histoire ne retiendra rien sinon l’aveuglement d’une équipe de néoconservateurs autour de George Bush Jr., aveuglée par leurs valeurs chrétiennes et leur appât du gain pétrolier. Chaque mois, le nombre de morts augmentait. L’aéroport militaire restait fermé aux caméras pour éviter de choquer l’opinion. 500 morts en Irak en 2003 ; 850 en 2004 ; 850 en 2005 ; 800 en 2006 ; et le pic de 2007 : 900 morts. Sans parler des

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  • Les commémorations du vingtième anniversaire du génocide rwandais se sont ouvertes ce lundi dans la capitale Kigali, avec une partie de la communauté internationale. Mais ce qui devait être un hommage humble et émouvant est désormais troublé par les propos du président rwandais Paul Kagame qui accuse Paris d'avoir participé aux massacres. La France a annulé sa participation, l'ambassadeur français s'est vu retirer son accréditation, et la triste page de notre histoire s'est encore un peu plus assombrie. Retour sur une honte française.


    Il y a des souvenirs comme des tâches. Ils restent, ravivant un parfum de honte à chaque fois qu’on les effleure. En l’occurrence l’odeur des cadavres, des morts, du sang, les bruits des cris, des bruissements, des fuites devant les machettes, les cris de haine lancés par la Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM). 50 ans après la Shoah, ce que l’on pensait impensable dans l’histoire de l’humanité s’est reproduit. Un génocide, soigneusement

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  • Incroyable. En Chine, un livre se vend comme des petits pains. Une sorte de nouveau Livre rouge. Il n’a pas été écrit par Mao mais par un Français attaché à la défense de l’individu : Alexis de Tocqueville, philosophe politique issu d’une grande famille noble de France qui essayait de comprendre pourquoi en Grande-Bretagne la monarchie avait su résister là où les révolutionnaires français avaient coupé la tête du roi. À Pékin, Shanghai ou Chongqing, "L’Ancien régime et la Révolution" fait un carton ! Pourquoi ça ?


    Tout est parti d’une intervention publique d’un dirigeant du parti. Wang Oishan, Vice-Premier ministre du Parti communiste chinois. "Il faut lire Tocqueville ! Un livre en particulier : "L’Ancien régime et la Révolution". Méditez sur le passage concernant le début du processus révolutionnaire. "La période la plus dangereuse pour un régime en place est lorsqu’il commence à engager les réformes", disait Tocqueville !"

                                 C’est l’État communiste qui

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  • L’indignation est toujours subjective. En diplomatie plus qu’ailleurs. Là où Poutine est régulièrement pointé comme un dictateur implacable, avec lequel il faut traiter avec méfiance, les dirigeants chinois, eux, sont accueillis en amis qu’il ne faut pas vexer. Surtout, "ne pas faire perdre la face aux Chinois" recommandent les diplomates au président de la République avant une visite d’État ! Message bien reçu, "l’accueil du président Xi Jinping sera exceptionnel", dit-on à l’Elysée.


    Xi Jinping arrive et la République s’est mise sur son 31. Arrivée aux Invalides devant la majestueuse esplanade, dîner d’Etat à l’Elysée en tenue de soirée, concert à l’Opéra Royale du château de Versailles, et diner privé au Grand Trianon. Difficile de faire mieux ! C’est bien un ami que la France reçoit, un ami qu’elle veut choyer. Un ami à qui on épargnera la traditionnelle conférence de presse pour éviter que les journalistes ne posent des questions gênantes sur les droits de l’homme. Drôle de

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  • C’est un vent de folie qui souffle depuis quelques jours. "Et si on ne livrait pas les deux frégates Mistral que la Russie nous a achetées ? Et toc ! Ça fera les pieds à Poutine". Les diplomates de comptoir se font entendre, oubliant de mesurer les conséquences d’une telle décision. Attention, la France du perdant-perdant veut prendre la crise en main.


    Ça a commencé avec Bruno Le Maire qu’on a connu plus inspiré sur les questions de politique étrangère. Puis continué avec Hervé Morin, ancien ministre de la Défense. Sans parler des éditos. La voilà la solution pour faire la nique à Poutine ! On ne va pas lui livrer les frégates Mistral qu’il nous a commandées. Et toc ! Il les aura quand il sera redevenu gentil. Ça y est, on est en lice pour le prix de l’idée la plus bête de l’année. Petit rappel. La Russie a acheté à la France des navires de classe Mistral, surnommés "les couteaux suisses" par les spécialistes de l’armement. Des navires modulables, un peu comme une voiture break,

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  • Les sanctions prises par les États-Unis et l’Europe hier sont d’une sévérité jamais atteinte entre membres du Conseil de sécurité de l’Onu depuis la chute de l’URSS. À l’annexion encadrée de la Crimée, les occidentaux répondent en tapant fort. Au risque de fâcher tout rouge le maitre du Kremlin.


    Il est de bon ton de minimiser les actions diplomatiques et de ne voir dans les "trains de sanctions" européens ou les listes de sanctions américaines que de simples gesticulations. Ce serait une erreur d’interpréter ainsi les sanctions liées à la Crimée. Américains et Européens se sont concertés. Depuis plusieurs jours, on étudie à Washington, à Paris et à Berlin les noms des personnes à cibler pour faire comprendre à Poutine qu’on ne rigole pas. Onze noms côté américain. Vingt et un côté européen. Les tomawaks diplomatiques d’Obama sont tombés dans la maison mitoyenne de Poutine. Une vraie gifle.

                            Rogozine a toujours joué la surenchère militariste avec l'Otan

    Touchée,

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Olivier Ravanello

Après des débuts au service international de LCI où il devient grand-reporter notamment au Proche et au Moyen-Orient, Olivier Ravanello remporte la 2e place du prix Bayeux pour son reportage La police israélienne face aux attentats-suicides. Deux mois de reportages dans l'Irak en guerre, la couverture de la réélection de George Bush Junior, son poste de correspondant permanent à Moscou pour TF1 et LCI et le prix de la presse diplomatique ont fait de lui un véritable expert en questions internationales. Depuis son arrivée à i>TELE en 2009, Olivier Ravanello est ainsi le spécialiste des questions internationales pour la chaîne. A la rentrée 2012, il présente plusieurs chroniques Le Monde en plus à 19h20 et Le Monde ne dort jamais à 23h15.

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