Les losers mythiques du cinéma

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Dans son nouveau film Bienvenue à Bord, Franck Dubosc interprète une figure légendaire et largement déclinée du cinéma français : le loser.

Nos comédies nationales se sont fait une spécialité de ces personnages décalés, tantôt agaçants, tantôt délirants, mais toujours hilarants. Pour autant, il en existe plusieurs types bien distincts, d'autant plus que nous sommes loin d'être les seuls à les aimer, ces pauvres losers... Petite revue des effectifs :

Jeff Bridges dans The Big Lebowski

Peut-être l'un des plus beaux spécimen que nous ait offert le cinéma. La vie du Dude se résume à trois choses, de longues parties de bowling, de longues beuveries, et de longues discussions avec ses amis, qui ne dépareraient pas dans un hôpital psychiatrique. Lorsqu'il est tiré par de mystérieux hommes de main d'une de ses séances de fumette, le Dude comprend qu'on le prend pour un autre, et qu'il va devoir sortir les mains de ses poches pour s'en sortir. Il est loin d'imaginer jusqu'où l'emmènera l'aventure qui débute. Un sommet de la comédie américaine par les frères Coen, où l'absurde côtoie des dialogues hilarants, le tout sur un rythme trépidant.

Pierre Richard dans La Chèvre

On oublie souvent à cause de leur impact comique que les personnages de Pierre Richard sont d'éminents losers. C'est qu'il les interprète avec une légèreté et une poésie proprement sidérante, le comédien demeure aujourd'hui l'un des acteurs qui aura su le mieux jouer avec son corps. C'est particulièrement vrai avec ce film, où il déploie une collection de cascades et mimiques que n'auraient pas reniées Jim Carrey.

Michel Blanc dans Les Bronzés

Certes tous ont un côté perdant, néanmoins, c'est Michel Blanc qui remporte assurément le titre. Il fallait que le comédien aime son métier pour enchaîner avec tant de naturel et d'entrain les répliques cultes, râteaux historiques et autres petites humiliations. Une sorte de loser devant l'éternel, "bigger than life", qu'on rêve de croiser en vacances pour avoir le loisir de l'observer.

Jean Dujardin dans OSS 117

On aurait tendance à l'oublier, mais Hubert Bonisseur de la Bath est bel et bien un loser, la différence avec ses petits camarades, c'est qu'il ne le sait pas, et reste convaincu de son intelligence et de sa classe, pour notre plus grand bonheur. En effet, cet agent pas si secret est incapable de mener seul sa mission, a une forte propension à débiter des propos navrants de misogynie et de racisme à la première occasion, et provoque régulièrement la mort de ses camarades ou maîtresses. Un loser en smoking, mais un loser tout de même.

Marilou Berry dans Vilaine

En voilà une qui a parfaitement assumé sa condition, au point d'en faire une arme de défense. En effet, personne ne respecte cette jeune femme que la nature n'a pas gâtée outre mesure, au caractère affable, trop douce et gentille. Et bien tant pis, elle deviendra donc une horrible mégère acariâtre et colérique. Quelques chats massacrés et une demie-douzaine de répliques incendiaires plus tard, on se dit que les losers révoltés ont de l'avenir devant eux !

Renée Zellweger dans Bridget Jones

Avouons-le, même si elle nous fait rire, Bridget a tout d'une perdante, une famille envahissante et tricoteuse, un champ de bataille sentimental, une vie professionnel handicapée par ses bourdes à répétition, et quelques amis qui ne sont pas toujours de bons conseils. Autre problème, Bridget a bien du mal à faire les bons choix, comme en témoigne sa valse des prétendants. Mais c'est aussi une des raisons de son succès : comme chacun d'entre nous, elle est faillible et se trompe une fois sur deux. La loseuse du XXIème siècle en somme.

Monica Cervera dans Le Crime Farpait

La vie est souvent cruelle quand on a hérité d'un physique difficile, que son travail est synonyme d'ennui ou de souffrance, que l'on est modérément intelligent, et modérément gentil. C'est tout le problème de Lourdes, qui n'en peut plus de voir l'amour de sa vie batifoler avec toutes les vendeuses du supermarché où elle officie, incapable de le séduire, elle mettra sur pied un plan diabolique pour le piéger dans ses bras. Difficile de trouver looseuse plus jubilatoire, Monica Cervera nous rappelle que nous aimons toujours ces personnages délirants, souvent bêtes et méchants.

Toni Colette dans Muriel

Avant d'être la mère des héros de Sixième sens et du récent Fright Night, Toni Colette a été révélée par ce rôle hors du commun, entre rire et larmes, entre plaisir et gêne. Pour la première fois un cinéaste nous faisait ressentir simultanément le potentiel comique d'un personnage et son profond malaise. La vie de Muriel est en effet un enfer, tant ses proches ne perdent jamais une occasion de lui rappeler la médiocrité de son existence. Alors que la jeune femme reprend le contrôle de sa vie, le spectateur est tour à tour ému, bouleversé, mais rit toujours devant ce festival de bons et mauvais sentiments.

Al Pacino dans L'Impasse

Le loser n'est pas toujours drôle, il est souvent triste, et parfois tragique. C'est ce que nous rappelle Brian de Palma avec cette suite non-officielle de son Scarface (et bien plus réussie). Le metteur en scène et son comédien se retrouvent ici pour une dernière valse impressionnante de maestria et d'émotion, où un petit truand décidé à échapper à son monde finit par y replonger contre sa volonté, détruisant les vestiges de son existence. Un film stupéfiant, rempli de séquences cultes, et à la conclusion d'une puissance inégalée.