Nominations 2013 : faut-il vraiment crier Victoires ?

comme leur nom l'indique...Qu'on ne se méprenne pas. Je n'ai rien contre les Victoires de la Musique, puisque c'est ainsi qu'elles se font curieusement appeler. Après tout, en ces temps de crise et de disette, il n'y a pas trop d'occasions pour le petit peuple de la dévastée planète showbiz de se réunir pour faire la fête. Déjà qu'on nous a sucré le prix Constantin qui, lui, en principe, s'intéressait d'avantage aux qualités musicales des candidats qu'à leur potentiel commercial.

A ce propos, un récent article de Libé vient de nous apprendre que le SNEP, syndicat des éditeurs phonographiques dont l'une des missions consiste à comptabiliser les ventes de disques, n'hésitait pas à s'arranger avec les chiffres. En gros, on ne compte plus les ventes réelles constatées, mais le nombre d'albums mis en place dans les bacs, ce qui, même un élève de CE2 le confirmera, n'est pas tout à fait la même chose. Sans parler de certaines pratiques des maisons de disques qui consistent à acheter en masse les œuvres de leurs propres poulains pour faire monter les enchères. Du coup, cqfd, la valeur des remises de disques d'or ou autre métal précieux est sacrément revue à la baisse. Et ce n'est pas la récente faillite des magasins Virgin qui risque d'améliorer la donne.

Mais revenons aux Victoires de la Musique, qui seront remises le 8 février au Zénith de Paris. Ou plutôt à la liste des "nominés", puisque le barbarisme semble désormais admis. Et là, on sursaute un tantinet.

Que dans le palmarès des "artistes masculins de l'année" on trouve Benjamin Biolay, Dominique A, Orelsan et M, rien que de très normal finalement et même exemplaire s'il fallait démontrer la grande diversité des nos artistes chéris.  On peut juste s'étonner de la présence de Mathieu Chédid, dont l'album "Îl" n'est sorti que le 12 novembre dernier, soit très peu de temps avant la proclamation des nominations finales. Rappelons que les votants, au nombre de 600 "représentatifs de la filière musicale", votent désormais en deux tours sur internet. Rapides, les mecs.

En revanche, les noms cités dans la catégorie "artiste féminine de l'année"  posent, sinon problème, du moins question : est-ce un prix destiné à récompenser les artistes confirmés qui sont toujours là ou les débutants qui ont fait le buzz ces derniers mois ? Les deux, sans doute, puisqu'on trouve côte à côte Françoise Hardy (qui  mériterait plutôt le titre d'artiste féminine du siècle), Céline Dion (oups), La Grande Sophie et Lou Doillon. Bref, sauf leur respect à chacune, torchons et serviettes.

Mais là où l'on s'épate encore davantage, c'est quand on retrouve la même Lou Doillon dans  la catégorie "album rock de l'année", avec BB Brunes et Skip The Use. Ah bon, Lou Doillon fait du rock ? J'ai sans doute écouté une démo alternative ou une maquette lounge de son –au demeurant excellent- disque "Places", on ne m'a pas prévenu que ça n'était pas la version définitive. Ou alors, je ne sais plus ce que "rock" veut dire, si je l'ai jamais su.

Dans le même genre, je ne voudrai pas dire du mal, mais découvrir Barbara Carlotti sous l'intitulé "artiste révélation scène", laisse pantois qui a déjà vu la belle, justement, sur scène. A noter qu'elle est aussi libellée "artiste révélation du public", ce qui tendrait à démontrer que seul le public est capable d'avoir une révélation, les pros, eux sont trop blasés.

Du reste du palmarès on ne dira rien, sinon qu'une fois de plus manque cruellement une catégorie pourtant essentielle à la musique de chez nous: celle des réalisateurs et arrangeurs, ceux qui, d'une petite chanson gratouillée sur une guitare, sont capables de faire une symphonie lyrique ou un tube incontournable. Le reste n'est que paillettes et littérature.