Les blockbusters prévus en 2022 vont-ils aider les cinémas à repartir?

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CINÉMA - C’est un fait, l’apparition du Covid-19 il y a deux ans a fait très mal aux institutions culturelles. Les cinémas n’ont pas fait exception. L’année 2020 fut cauchemardesque, avec une fermeture forcée par un contexte sanitaire très délicat. Et s’ils ont pu rouvrir - en compagnie des théâtres, salles de concert et musées - au public en mai 2021, l’impact de la pandémie s’est fait ressentir.

D’après les chiffres publiés par le CNC, leur fréquentation a ainsi baissé de 23% par rapport aux années précédent l’arrivée du Covid. “Il y a deux façons de voir les choses”, nuance Marc-Olivier Sebbag, délégué général adjoint de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF), joint par Le HuffPost. “D’une part on peut considérer qu’après un an de fermeture et de restrictions, on est quand même parvenu à remobiliser près de 80% des spectateurs”. Il poursuit: “Mais 80% ce n’est pas 100% et cela peut s’expliquer de différentes manières”.

La première, c’est l’instauration du pass sanitaire le 21 juillet. Selon Richard Patry, président de la FNCF, les cinémas ont perdu près de 7 millions d’entrées entre juillet et septembre, soit environ 50 millions d’euros de chiffres d’affaires. La fréquentation a baissé de 30% par rapport à 2019. De plus, d’après la CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée), 46,65 millions d’entrées ont été vendues entre la réouverture des salles en mai et la fin du mois de septembre, soit 37% de moins qu’en 2019.

Les blockbusters, succès (presque) garanti

La population est donc plus réticente à se rendre en salle. La société Vertigo a de son côté mené plusieurs sondages en octobre (relayés par le site Le Film Français) auprès de spectateurs étant allés au cinéma au cours des sept derniers jours, via un échantillon de 1500 personnes, ainsi que des spectateurs déclarant aller au cinéma au moins une fois par an, via un échantillon de 1000 personnes.

Même si le pass sanitaire n’est pas mentionné, le port du masque obligatoire a découragé certains d’entre eux. 33,1% des premiers et 41,2% des seconds l’ont pointé du doigt. Mais ce n’est pas tout puisque la programmation a également eu son rôle à jouer. 26,5% des premiers et 27,8% des seconds ont jugé les films à l’affiche trop peu attractifs. Ces deux causes, avec le prix des billets jugé excessif (26,9% des premiers et 27% des seconds), sont les plus mentionnées par les personnes interrogées.

Pourtant, certains longs-métrages sont parvenus à tirer leur épingle du jeu, et comme souvent, ce sont les blockbusters. Kaamelott (2,7 millions d’entrées), Dune (3,2 millions), Mourir peut attendre (4 millions entrées) ou encore Bac Nord (2,2 millions) ont surnagé lors de leur sortie en salles.

Plus récemment, c’est Spider-Man: No Way Home qui a battu tous les records, que ce soit en France, mais aussi à l’international. C’est simple, le 27e projet de l’univers cinématographique Marvel est le meilleur lancement de l’année 2021et a rapidement atteint la barre des 5 millions de spectateurs. À l’échelle mondiale, seul Avengers: Endgame a fait mieux pour ses débuts, et ce dans toute l’histoire du cinéma.

Une année 2022 très chargée

Crise sanitaire ou pas, le constat est net: les longs-métrages très médiatisés rassemblent toujours. “C’est l’attrait des films qui permettra un retour à la normale en termes de fréquentation”, souffle Marc-Olivier Sebbag. L’espoir est donc plus que permis, puisque l’année 2022 va regorger de blockbusters, et pas n’importe lesquels.

En voici une (longue) liste: Les Animaux Fantastiques: Les Secrets de Dumbledore (13 juillet), Jurassic World: Le Monde d’après (10 juin), Doctor Strange in the Multiverse of Madness (4 mai), Thor: Love and Thunder (6 juillet), Black Panther: Wakanda Forever (9 novembre), Avatar 2 (16 décembre), The Batman (4 mars), The Flash (4 novembre), Black Adam (29 juillet), Aquaman and the Lost Kingdom (16 décembre), Mission Impossible 7 (30 septembre), Top Gun: Maverick (25 mai), Uncharted (16 février) ou encore Creed III (fin novembre).

“C’est une très bonne nouvelle, ça va permettre de rassembler dans les salles un public beaucoup plus large et plus nombreux”, se réjouit Marc-Olivier Sebbag. Et d’ajouter: “Si on prend l’exemple d’Avatar, le précédent opus date de 2009, ça fera 13 ans. Il y a forcément une grosse attente”.

Le délégué général adjoint de la FNCF est donc confiant, l’énorme quantité de blockbusters devrait bien aider le secteur. Quant au contexte sanitaire, si l’incertitude règne, Marc-Olivier Sebbag voit là aussi le verre à moitié plein: “Les cinémas sont des lieux extrêmement bien contrôlés. Ce sont des lieux sûrs pour les spectateurs”, explique-t-il.

À raison, puisque l’institut Pasteur a récemment mené une étude concernant la dispersion du variant Delta en France. Les salles obscures, mais aussi l’ensemble des lieux culturels font partie des bons élèves, et présentent peu de risque en termes de contamination.

Un point positif en vue des échéances à venir. Seulement, une question se pose néanmoins. Quid des cinémas d’art et d’essai, qui ne diffusent pas ou très peu de films grand public? “Quand vous avez moins de notoriété, surtout durant cette période délicate, les choses peuvent être plus difficiles”, admet Marc-Olivier Sebbag. Il poursuit: “Il faut qu’ils retrouvent leur public eux aussi, c’est l’un des enjeux”.

“Le public va vers des évidences”

Contacté par Le HuffPost, Samuel Merle, programmateur des cinémas indépendants parisiens les 7 Parnassiens, les 5 Caumartin et Le Lincoln (réseau Multicinés), confirme: “L’année a été dure en termes d’affluence. Les films restent de moins en moins longtemps à l’affiche”. Mais l’exploitant reste serein: “On a aussi nos gros projets qui ont très bien fonctionné comme Compartiment n°6 (Grand prix du Festival de Cannes en 2021) par exemple. Le public va vers des évidences, vers les films qui ont le plus de presse”, confie-t-il.

“En temps normal, on a du mal à avoir accès à ces longs-métrages porteurs puisque nos concurrents (les grandes chaînes) n’ont pas assez de blockbusters. À ce moment-là, ils se tournent vers le cinéma d’art et d’essai et ça nous fait du tort”. Les blockbusters étant légion en 2022, les salles indépendantes peuvent donc avoir l’esprit plus tranquille.

Cependant, le succès de ces grosses productions peut-il pousser ces dernières à leur faire une place dans leur programmation à l’avenir? “Absolument pas”, répond Samuel Merle. “On l’a fait avec James Bond (Mourir peut attendre), mais on ne réitèrera pas l’expérience”, confie-t-il. “On était beaucoup moins fort que la concurrence même si ça a amené un nouveau public”.

Il conclut: “Mais quand je vois le succès de Spider-Man: No Way Home, même si je ne le sors pas, je suis très heureux pour les autres salles parce que ça montre que les gens reviennent”. L’exploitant en est certain, les choses vont finir par revenir à la normale. “Cela prendra plusieurs années, il faut faire le dos rond en attendant, on n’a pas le choix”.

À voir également sur Le HuffPost: Salles ou streaming, le cinéma du “monde d’après” sera-t-il vraiment différent?

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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