Blanquer, le ministre qui a séduit la droite

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Le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer, à la sortie de l'Elysée, le 13 octobre 2021 - Ludovic MARIN © 2019 AFP
Le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer, à la sortie de l'Elysée, le 13 octobre 2021 - Ludovic MARIN © 2019 AFP

Le lancement de son "Laboratoire de la République" a annoncé la couleur. Manuel Valls, Jean-Pierre Raffarin, Mathieu Laine... Le ministre de l'Education nationale s'entoure de personnalités plutôt à droite pour phosphorer à six mois de la présidentielle. La suite logique d'un parcours politique commencé sous Jacques Chirac puis Nicolas Sarkozy.

Sans aucune expérience dans l'Education nationale, ce maître de conférence en droit public devient en 2004 le recteur de l'Académie de Guyane avant de devenir directeur adjoint du cabinet de Gilles de Robien, alors nommé rue de Grenelle en 2007. C'est le début de la carrière politique de ce proche de François Baroin, rencontré à l'adolescence.

Un an plus tard, ce fan de foot devient recteur de l'académie de Créteil, à la fois l'une des plus grandes de France et aussi les plus difficiles. Il y déploie plusieurs dispositifs expérimentaux et n'échappe pas à la polémique lorsqu'il lance une "cagnotte" pour encourager les élèves décrocheurs à rejoindre les bancs de l'école.

"Ministre bis" pour Nicolas Sarkozy

Le juriste revient rue de Grenelle en 2009 en devenant le directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco). Le poste semble technique mais il est en réalité éminemment politique. Nommé par Luc Chatel, alors peu au fait des politiques éducatives, il est rapidement considéré comme le numéro 2 du ministère de l'Education nationale.

"Il est le fil conducteur de la politique éducative du sarkozysme. D’ailleurs, on le surnomme à l’époque le "ministre bis", puisqu’il est en contact avec l’Elysée et s’autorise à prendre les devants sur de nombreux sujets sans passer par son ministre de tutelle. Il est l’homme fort de la droite à l’éducation", juge Saïd Benmouffok, professeur de philosophie puis conseiller de Vincent Peillon, alors ministre de l'Education nationale dans un livre intitulé Le fiasco de Blanquer.

Performance

Pendant le quinquennat Hollande, cet amoureux de l'Amérique latine devient le patron de l'ESSEC après avoir tenté, sans succès, de diriger Sciences-Po.

Il profite de cette pause politique pour écrire L'école de demain: propositions pour une éducation nationale renouvelée. Il y estime que "le but de toute sa démarche est la "recherche de la performance" en permettant notamment aux familles de '"comparer les établissements mis en concurrence et choisir les plus performants".

Un temps proche d'Alain Juppé, le patron de l'école de commerce multiplie alors les clins d'œil à une droite plus dure en répondant notamment aux questions de Sens commun et en publiant régulièrement des tribunes dans la revue Causeur.

Bon soldat du macronisme

Après s'être rapproché de la macronie en 2017, le tout nouveau ministre de la rue de Grenelle s'emploie à respecter les promesses présidentielles. Le politique s'attelle notamment au dédoublement des classes à l’école primaire dans l’éducation prioritaire, vue comme une réforme de gauche, et à la réforme du baccalauréat, "d’inspiration plutôt libérale", juge Le Figaro.

Le virage est fortement contesté par le Snes, premier syndicat de l’enseignement secondaire, qui a donné lieu, en juillet 2019, à une grève inédite de la correction des copies. Elle s'inscrit dans une grogne plus générale après la suppression de 1800 postes administratifs dans les collèges et les lycées.

Blanquer s'empare également de l'un des totems de la droite, celui du retour de l'uniforme sur les bancs de l'école. " Je n'ai jamais eu de problème avec le principe de l'uniforme (...). J'y vois le moyen de lutter contre la concurrence à l'achat de biens de consommation très chers entre les enfants", estime-t-il sur le plateau de C8.

Voile et "islamogauchisme"

Alors que certains lui prêtent des ambitions politiques plus importantes, Jean-Michel Blanquer multiplie en 2019 les sorties autour de la laïcité. Il s'oppose d'abord à la présence de mères voilées lors des sorties scolaires, avant de déclarer le port du voile "pas souhaitable" dans la société française.

En 2020, il dénonce "les courants islamo-gauchistes très puissants dans les secteurs de l’enseignement supérieur qui commettent des dégâts sur les esprits" à la tribune du Sénat - une sortie très contestée dans le monde universitaire.

Aller sur le régalien

Alors que le ministre bat des records de longévité à la tête de son ministère, il a lancé ce mercredi son "Laboratoire de la République" pour mettre fin au "wokisme", une notion contestée sur les bancs de la gauche.

Concrètement, 150 contributeur participeront à des écrits sur la défense de la République. Une fois par mois, une restitution sur un thème sera publiée sur Internet. Des colloques seront régulièrement organisés. Dans un second temps, des groupes de travail seront censés porter des idées pendant la campagne présidentielle.

Avec un objectif pour le politique: sortir des sujets éducation pour montrer qu'il sait parler des thématiques régaliennes. Et viser plus loin que la rue de Grenelle en 2022.

Article original publié sur BFMTV.com

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