Birmanie: trois manifestants tués, des veillées malgré le couvre-feu

·5 min de lecture

Trois manifestants opposés au coup d'État en Birmanie ont été tués vendredi 12 mars, dans la soirée à Rangoun pendant que, dans tout le pays, des centaines de personnes bravaient le couvre-feu lors de veillées à la mémoire des dizaines de morts tombés depuis que l'armée a pris le pouvoir.

L'armée réprime de plus en plus durement les protestations quotidiennes contre la prise du pouvoir par une junte militaire qui a renversé le 1er février le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi. La répression a fait au moins 70 morts, selon des experts de l'ONU.

Des centaines de milliers de personnes continuent néanmoins de se rassembler dans tout le pays pour réclamer le retour de la démocratie et la libération de la prix Nobel de la paix. Elle n'a plus été vue en public depuis son arrestation lors du putsch et doit être présentée à un tribunal lundi.

À lire aussi : Birmanie: la junte «commet probablement des crimes contre l'humanité»

La répression se voit en plein jour contre les manifestations, mais la nuit les forces de sécurité patrouillent les rues et procèdent à des arrestations, selon des témoins. Des images vidéo partagées vendredi soir sur les réseaux sociaux montrent des policiers attrapant en pleine rue trois habitants du quartier de Thaketa à Rangoun, capitale économique du pays. Ils les frappent à la tête puis les emmènent.

Deux tués par balle

« Les forces de sécurité ont arrêté trois jeunes hommes et, alors que nous les suivions pour les récupérer, ils nous ont fondu dessus », raconte samedi un habitant sous couvert de l'anonymat. Selon lui, « deux ont été tués, l'un d'une balle dans la tête et l'autre d'un tir entré dans la joue vers le cou » et les habitants ont dû attendre que la police cesse de tirer pour aller chercher les corps.

Des images authentifiées par l'Agence France Presse montrent les cadavres des deux hommes, tous deux partisans de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi, reposant à leur domicile, parsemés des pétales de fleurs déposés par leurs proches endeuillés. Les médias birmans indépendants Democratic Voice of Burma et Khit Thit Media ont confirmé ces décès.

« Honorer les héros »

En soirée, des centaines de personnes se sont rassemblées dans tout le pays pour des veillées, ignorant le couvre-feu commençant à 20 heures. Rangoun, près du carrefour de Hledan devenu depuis des semaines un lieu de rendez-vous des manifestants, des protestataires se sont assis pour prier à la mémoire de ceux tués depuis le 1er février, avec des portraits de Suu Kyi et des bougies

Samedi matin à Rangoun, une foule de gens avec trois doigts levés en signe de résistance a accompagné jusqu'au crematorium le corps de Chit Min Thu, tué jeudi. « La révolution doit gagner », a lancé son épouse en larmes devant la foule scandant « que ton âme repose en paix ».

Mardi, un membre de la LND, Zaw Myat Linn, est mort au cours d'un interrogatoire après son interpellation, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP). Samedi, les médias étatiques ont assuré qu'il était décédé après avoir « sauté » depuis une maison, mettant sévèrement en garde ceux qui donneraient une autre version. La junte nie toute implication dans la mort de civils.

(Avec AFP)

Témoignage d’un moine de Mandalay joint par RFI

« Les moines et le reste de la population, nous n'avons pas d'armes. Nous ne faisons que protester pour obtenir ce que nous voulons. Tout ce que nous avons, c'est notre vie et nous sommes prêts à la donner pour la démocratie et les droits humains. Bien sûr, il y a parmi les moines, des extrémistes qui sont très proches de la dictature militaire, je veux parler des moines nationalistes. En ce moment ils sont silencieux, ils ne communiquent pas. Je pense qu'ils soutiennent en silence la Chine. Pour eux c’est une victoire. Et je dirai que la Chine, elle s'en fiche, ce qui l'intéresse ce sont les affaires. En Birmanie, il y a un énorme gazoduc qui relie le centre du pays à la province chinoise du Yunnan. Les jeunes birmans aimeraient s'attaquer à ce gazoduc qui traverse la Birmanie, ils pourraient peut-être y arriver, je n'en sais rien, mais le gouvernement chinois a demandé aux militaires birmans d'ajouter des forces de sécurité le long du gazoduc pour le protéger d'éventuelles attaques. »

« Ensemble, nous pouvons vaincre »

« Je pense que la population en Birmanie veut vraiment en finir avec la dictature militaire. Ils veulent un système fédéral démocratique et ils savent bien sûr que c'est impossible avec la junte actuellement au pouvoir. Mais cette fois-ci toutes les ethnies sont ensemble pour lutter contre les dictateurs. Et je pense que c'est très encourageant. Ça n'était jamais arrivé avant, ni en 1988, ni en 1996, ni en 2007 que toutes les ethnies fassent, comme ça, un front uni. Cette fois ci, les Karens, les Kachins, les Shans, l'armée de libération Kachin sont ensemble et c'est très positif. Ensemble, nous pouvons vaincre. Je pense que les groupes ethniques ne sont pas silencieux. Ils négocient et ils sont en train de combattre. Dans l'État Kachin il y a des combats, de même que dans l'État Karen, les populations locales et les groupes rebelles armés sont unis. Ils arment les groupes rebelles et protègent la population Karen et leur État. »