Birmanie: tournée attendue de l'émissaire de l'ONU, le cap des 600 morts franchi

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La répression de la junte militaire en Birmanie a fait de nouvelles victimes ce vendredi 9 avril : au moins 4 morts et des dizaines de blessés à Bago, une ville au nord-est de Rangoun. Le cap des 600 morts a été franchi depuis le coup d'État du 1er février : au moins 614 personnes tuées, selon l’AAPP, l’Association d’assistance aux prisonniers politiques qui craint un bilan plus lourd. Sur le front diplomatique, dans le cadre d’une tournée asiatique, l’émissaire de l’ONU pour la Birmanie est attendue dans les prochains jours en Thaïlande pour tenter de trouver une issue à la crise.

Cela fait plus de deux mois que Christine Schraner Burgener réclame une rencontre avec les généraux, sans succès. Avec le soutien du Conseil de sécurité des Nations unies, elle souhaite aussi rencontrer des dirigeants civils détenus, incluant le président Win Myint et Aung San Suu Kyi. « Elle est évidemment prête à reprendre le dialogue avec les militaires pour contribuer à un retour de la Birmanie sur le chemin démocratique, de la paix et de la stabilité », a déclaré jeudi le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric.

En attendant le feu vert de la junte, l’émissaire onusienne va entamer prochainement une tournée asiatique avec une première étape à Bangkok. Elle doit y rencontrer les autorités thaïlandaises, des responsables onusiens de la région et enfin des ambassadeurs accrédités en Birmanie. Sa tournée devrait ensuite l’emmener en Chine et dans des pays membres de l’ASEAN.

Une réunion informelle du Conseil de sécurité est également prévue ce vendredi à l’initiative du Royaume-Uni pour entendre notamment Zin Mar Aung, une élue du Parlement birman qui s’exprimera au nom du groupe de résistance baptisé CRPH. Ce groupe composé de parlementaires déchus de la LND, la Ligue nationale pour la démocratie d'Aung San Suu Kyi, assure avoir rassemblé quelque 270 000 éléments de preuves de violations des droits humains par la junte.

Morts sur les barricades

Pendant ce temps, les militaires resserrent un peu plus leur étau autour des moyens de communication et d’information. Après les coupures du réseau internet, la junte a commencé à confisquer des antennes satellites notamment dans le delta de l’Irrawady, au sud-ouest de Rangoun.

Surtout, le sang a de nouveau coulé vendredi matin. Selon les secours, au moins quatre personnes ont été tuées lorsque les forces de sécurité ont détruit des barricades de contestataires dans la ville de Bago, à environ 65 km au nord-est de Rangoun.

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Sanctions américaines sur les pierres précieuses

Cette féroce répression continue de faire des remous au sein de la communauté internationale. Dernier incident en date : l'ambassadeur birman à Londres, favorable à Aung San Suu Kyi, a été évincé de son poste, suscitant jeudi la condamnation de Londres qui n'a cependant eu d'autre choix que d'accepter la décision de la junte. Le Royaume-Uni a indiqué ce vendredi qu'il offrirait sa protection à l'ambassadeur évincé. « Je salue son courage et son patriotisme. Nous le soutiendrons pour assurer sa sécurité au Royaume-Uni », a tweeté le secrétaire d'État aux Affaires étrangères, Nigel Adams, à l'issue d'une rencontre jeudi avec l'ambassadeur Kyaw Zwar Minn.

De leur côté, les États-Unis ont annoncé jeudi des sanctions contre une entreprise d'État birmane de production de pierres précieuses, disant vouloir priver la junte de cette manne.

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