Birmanie: Sanctions américaines et britanniques contre des conglomérats contrôlés par la junte

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BIRMANIE: SANCTIONS AMÉRICAINES ET BRITANNIQUES CONTRE DES CONGLOMÉRATS CONTRÔLÉS PAR LA JUNTE

(Reuters) - Les États-Unis et la Grande-Bretagne ont imposé jeudi des sanctions contre des conglomérats contrôlés par les militaires en Birmanie où les forces de sécurité auraient tué cinq manifestants, protestant contre le putsch du mois dernier.

Au lendemain d'une grève générale qui a paralysé une partie de l'activité économique, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Rangoun, la capitale économique du pays, à Monywa dans le centre et dans plusieurs autres villes, selon des témoignages et des messages diffusés sur les réseaux sociaux.

L'ampleur des manifestations s'est réduite ces derniers jours mais les militants pour la démocratie avaient appelé à de grands rassemblements ce jeudi.

La police a dispersé une manifestation à Mawlamyine, une ville côtière à l'est de Rangoun, et arrêté 20 personnes, selon Hinthar Media Corp. Au moins deux personnes ont été blessées. Aucune autre victime n'a été signalée dans les autres rassemblements.

Au moins 286 personnes ont été tuées par les forces de sécurité dans la répression des manifestations organisées quasi quotidiennement en Birmanie depuis la prise du pouvoir par les militaires et l'arrestation de la dirigeante Aung San Suu Kyi, selon un bilan établi par l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

L'armée a avancé mardi un bilan de 164 manifestants tués.

"Les conditions se détériorent et elles vont probablement empirer sans une réponse internationale immédiate et forte pour soutenir les personnes assiégées", a annoncé dans un communiqué Thomas Andrews, l'émissaire des Nations unies chargé d'enquêter sur les droits de l'homme en Birmanie.

À Washington, le département du Trésor a annoncé de nouvelles sanctions contre Myanma Economic Holdings Public Company Limited et Myanmar Economic Corporation Limited.

Les deux groupes font partie d'un vaste réseau contrôlé par l'armée qui embrasse plusieurs secteurs économiques, de l'exploitation minière au tourisme.

Dans une démarche coordonnée, Londres a annoncé cibler Myanma Economic Holdings Ltd, en invoquant de graves violations des droits de l'homme à l'encontre de civils et son affiliation avec de hauts responsables militaires.

"Ces sanctions ciblent les intérêts financiers des militaires afin d'aider à assécher les sources de financement de leurs campagnes de répression contre les civils", a déclaré le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab.

L'Union européenne avait imposé lundi des sanctions contre 11 personnes impliquées dans le coup d'Etat du 1er février et devrait prochainement s'attaquer aux conglomérats.

LE BILAN HUMAIN S'ALOURDIT SELON LES MÉDIAS LOCAUX

Quatre personnes ont été tuées jeudi dans la ville de Taunggyi lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu sur une manifestation, selon le site d'informations Myanmar Now. Une personne a été tuée lors d'une manifestation dans la ville de Mohnyin, dans le nord du pays, a-t-il ajouté.

Cinq personnes ont été blessées dans la nuit de mercredi à jeudi à Mandalay, la deuxième ville du pays, a rapporté Myanmar Now. Un jeune homme de 16 ans a succombé à ses blessures après avoir été touché d'une balle dans le dos, a-t-il ajouté.

Les obsèques d'une fillette de 7 ans tuée mardi, la plus jeune victime de la répression connue à ce jour, ont eu lieu mercredi à Mandalay.

Les militaires ont libéré mercredi des centaines de personnes arrêtées lors des manifestations, 628 selon l'AAPP sur plus de 2.900 manifestants interpellés depuis le putsch. Un millier de personnes ont été libérées au total.

Le coup d'Etat a été condamné par de nombreux pays qui soutenaient la transition démocratique en cours en Birmanie depuis dix ans.

L'Union européenne et les Etats-Unis ont sanctionné lundi des responsables birmans impliqués dans la prise du pouvoir par les militaires et la répression de la contestation.

Le Trésor américain s'apprête également à placer sur liste noire deux conglomérats contrôlés par les militaires - Myanmar Economic Corporation (MEC) et Myanmar Economic Holdings Ltd (MEHL) - dont le gel des actifs détenus aux Etats-Unis pourrait être imposé dès ce jeudi.

En Asie, la Malaisie et l'Indonésie cherchent à organiser une réunion urgente de l'Association des nations du Sud-Est asiatique (Asean) pour discuter de la crise.

(Rédactions de Reuters, version française Jean-Stéphane Brosse, édité par Blandine Hénault)