Birmanie: rare attaque contre la capitale de la junte, 13 drones abattus

La Pagode Uppatasanti de Naypyidaw en Birmanie, le 26 mars 2024 (STR)
La Pagode Uppatasanti de Naypyidaw en Birmanie, le 26 mars 2024 (STR)

Les forces de sécurité birmanes ont abattu jeudi treize drones lancés par les forces rebelles contre la capitale Naypyidaw, a indiqué la junte, dans ce qui constitue l'une des rares attaques contre le cœur du pouvoir militaire.

La junte a précisé que treize drones à voilure fixe avaient pris pour cible "des bâtiments importants", mais que l'attaque avait échoué, ne faisant ni victimes, ni dégâts.

Deux engins ont été détruits en vol et les autres abattus, a précisé le département d'information de la junte dans un communiqué, ajoutant que quatre de ces engins  transportaient des explosifs.

Quatre drones visant l'aéroport de Naypyidaw et trois autres s'approchant du canton de Zayarthiri ont été "abattus et détruits avec succès", a précisé la même source.

L'incident a provoqué la fermeture temporaire de l'aéroport vers 10h00 heure locale (03h30 GMT), selon une source aéroportuaire qui a requis l'anonymat, n'étant pas autorisée à parler à la presse.

Un des drones qui a été abattu transportait une bombe, qui a été désamorcée, d'après cette source.

Des images diffusées par la junte montrent des drones abattus, l'un gisant sur le tarmac, et un autre entre des arbres.

Un groupe des Forces de défense du peuple (PDF), qui a pris les armes à la suite du coup d'Etat de 2021, aurait annoncé avoir lancé des drones contre des cibles militaires à Naypyidaw, ont rapporté des médias locaux.

L'AFP n'a pas été en mesure de contacter ce groupe.

Le conflit civil, qui couvait en Birmanie depuis des décennies entre l'armée et des groupes ethniques minoritaires, s'est étendu à de nouvelles régions à la suite du putsch contre la dirigeante civile Aung San Suu Kyi.

Moins nombreux et moins armés que la junte, les opposants politiques ont appris à utiliser des drones pour lancer des bombes sur des cibles militaires, avec des effets parfois dévastateurs.

Ces derniers mois, ces attaques ont conduit au retrait des forces régulières de certaines de leurs positions, et à la mort d'un haut-gradé près de la frontière chinoise.

Les médias contrôlés par la junte ont fait état à plusieurs reprises de ce mode opératoire, qu'ils attribuent aux PDF considérés comme des "terroristes".

- Parade réduite -

Naypyidaw a été bâti ex-nihilo par l'armée dans les années 2000, pour contrebalancer l'influence de Rangoun, centre culturel, commercial et politique considéré comme un foyer de contestation à la junte.

Située dans une zone aride du centre du pays, la ville abrite les principaux chefs de l'armée et de l'Etat.

La forte présente de forces de sécurité a longtemps protégé Naypyidaw du chaos qui a saisi le reste de la Birmanie.

La semaine dernière, le chef de la junte Min Aung Hlaing a dirigé une importante parade militaire à l'occasion du jour national des forces armées.

Les observateurs ont remarqué que les effectifs mobilisés avaient été moins importants que les années précédentes, avec aucun tank ni lance-missile exhibé aux caméras.

L'armée a perdu des pans du territoire depuis l'offensive coordonnée de trois groupes ethniques minoritaires, fin octobre, près de la frontière chinoise, qui a gonflé le moral des opposants aux généraux.

Les militaires ont adopté leur stratégie en recourant de manière plus récurrente aux frappes aériennes et d'artillerie pour soutenir leurs troupes au sol en difficulté, selon des analystes.

Min Aung Hlaing a admis la semaine dernière que les élections promises depuis le coup d'Etat, et sans cesse repoussées, pourraient ne pas couvrir tout le territoire, en raison de l'instabilité.

lmg-rma-ah/cr/mm/ybl