Birmanie : la répression s'accentue, appels au calme des ambassades

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Déploiements militaires, coupure d'Internet… Les ambassades occidentales craignent une nuit de répression par l'armée du mouvement de contestation contre le coup d'État en Birmanie.

Les forces de l'ordre ont tiré sur des manifestants dimanche 14 février en Birmanie, tandis que des militaires se déployaient et qu'Internet était presque totalement coupé, faisant craindre une répression imminente du mouvement de protestation contre le coup d'État.

Les télécommunications étaient de nouveau très perturbées avec "une coupure Internet quasi-générale" dans l'ensemble du pays, selon l'ONG Netblocks.

Un peu plus tôt, des chars ont été brièvement aperçus dans les rues de la plus grande ville birmane, sous couvre-feu depuis 20 h.

Peur des représailles

Dans le nord de la Birmanie, les forces de l'ordre ont dispersé dimanche un rassemblement en tirant sur des manifestants, d'après une journaliste locale.

"Ils ont d'abord lancé du gaz lacrymogène, puis ont tiré", a-t-elle déclaré à l'AFP, sans pouvoir préciser si les tirs ont été effectués à balles réelles ou avec des munitions en caoutchouc.

Cinq journalistes ont été interpellés à cette occasion, d'après un média local.

La peur des représailles est dans tous les esprits dans ce pays où les derniers soulèvements populaires de 1988 et 2007 ont été réprimés dans le sang par les militaires. D'autant que la mobilisation contre le coup d'État, qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi le 1er février, ne faiblit pas.

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Plusieurs ambassades occidentales en Birmanie ont exhorté dimanche l'armée à "ne pas recourir à la violence" contre les manifestants.

"Nous demandons aux forces de sécurité de ne pas recourir à la violence contre les manifestants et les civils qui protestent contre le renversement de leur gouvernement légitime", ont écrit sur Twitter les représentations diplomatiques des États-Unis, du Canada et de plusieurs pays de l'Union européenne.

Les chefs de la junte seront "tenus pour responsables" des violences en Birmanie, a averti dimanche le rapporteur de l'ONU.

"C'est comme si les généraux avaient déclaré la guerre au peuple birman", a tweeté Tom Andrews, rapporteur spécial des Nations unies pour la Birmanie. "À l'attention des généraux : vous serez tenus pour responsables."

Dimanche, pour le neuvième jour consécutif, les Birmans sont descendus par dizaines de milliers dans les rues.

À Rangoun, ils se sont notamment réunis près de la célèbre pagode Shwedagon, pour réclamer la fin de la dictature et la libération de la lauréate du prix Nobel de la paix 1991, tenue au secret depuis son arrestation.

Près de la gare centrale, des habitants ont bloqué une rue à l'aide de troncs d'arbres pour empêcher la police de pénétrer dans le quartier. Ils ont ensuite reconduit des policiers, arrivés pour chercher des employés des chemins de fer grévistes et les forcer à reprendre le travail.

À Dawei (sud), sept policiers ont annoncé faire défection, tandis que des médias locaux ont fait état de cas similaires ces derniers jours.

L'armée a de son côté diffusé une liste de sept militants parmi les plus renommés de Birmanie, qu'elle recherche activement pour avoir encouragé les manifestations.

"Si vous trouvez les fugitifs mentionnés ci-dessus ou si vous avez des informations à leur sujet, signalez-vous au poste de police le plus proche", a-t-elle écrit dans un communiqué publié dans les médias d'État. "Ceux qui les hébergent seront [confrontés] à des actions conformément à la loi."

Comités de vigilance contre les arrestations

Depuis le putsch, environ 400 personnes ont été arrêtées, des responsables politiques, des militants et des membres de la société civile, y compris des journalistes, des médecins et des étudiants.

Parmi la liste des sept "fugitifs" figure Min Ko Naing, un leader du mouvement étudiant de 1988, qui a déjà passé plus de dix ans en prison.

"Ils arrêtent les gens la nuit et nous devons être prudents", a-t-il déclaré quelques heures avant l'émission de son mandat d'arrêt.

"Ils pourraient sévir avec force et nous devrons être préparés", a-t-il ajouté dans une vidéo publiée sur Facebook, malgré l'interdiction faite par la junte d'utiliser cette plateforme.

Le général Min Aung Hlaing a donné samedi des pouvoirs d'exception aux forces de l'ordre, qui peuvent procéder à des perquisitions sans mandat ou détenir des personnes pour une courte période sans l'autorisation d'un juge.

En réaction aux arrestations, des comités de vigilance citoyenne ont vu spontanément le jour à travers la Birmanie : des habitants sont chargés de surveiller leur voisinage en cas d'opérations menées par les autorités pour arrêter des opposants.

"Nous ne faisons confiance à personne pour le moment, en particulier pas à ceux qui portent des uniformes", a déclaré Myo Ko Ko, membre d'une patrouille de rue dans un quartier du centre de Rangoun.

Certains Birmans craignent aussi que la libération massive cette semaine de plus de 23 000 prisonniers par l'armée n'ait été orchestrée pour semer le trouble en relâchant des individus peu recommandables, tout en faisant de la place dans les prisons pour les détenus politiques.

Aung San Suu Kyi en bonne santé

La situation a fait l'objet de nombreuses condamnations internationales depuis deux semaines, Washington détaillant une série de sanctions à l'encontre de plusieurs généraux.

Ces derniers contestent la régularité des élections de novembre 2020, massivement remportées par la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), le parti d'Aung San Suu Kyi.

Ils affirment avoir pris le pouvoir en respectant la Constitution et ont ordonné aux journalistes d'arrêter de parler de "coup d'État".

Inculpée pour avoir importé illégalement des talkies-walkies, Aung San Suu Kyi est assignée à résidence à Naypyidaw, la capitale administrative. Elle est en bonne santé, d'après son parti.

La Birmanie a déjà vécu près de cinquante ans sous le joug des militaires depuis son indépendance en 1948.

Avec AFP