Birmanie: Min Aung Hlaing, le général à la manœuvre d'un coup d’État annoncé

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Le chef de l'armée birmane Min Aung Hlaing était tenu de prendre sa retraite dans six mois. Comme pour préparer l'opinion à ce coup d’Etat, le troisième depuis l'indépendance en 1948, il avait dénoncé des irrégularités lors des législatives remportées en novembre par la Ligue nationale pour la démocratie d'Aung San Suu Kyi, et sous-entendu qu’un putsch était envisageable.

Min Aung Hlaing, le « senior general » (son titre officiel), est toujours resté loin des cercles liés à l’activisme politique. Considéré par ses collègues militaires comme un cadet moyen, il n’est parvenu à rentrer à la « Defense Services Academy » qu’à sa troisième tentative en 1974.

Mais en 2009, il devient « l'étoile montante de l'armée » après avoir réprimé une guérilla dans la région de Kokang, à la frontière est du pays, provoquant l'exode de 37 000 personnes. Discret mais ambitieux, c’est en 2011 qu’il arrive sur le devant de la scène, lorsque le généralissime Than Shwe le nomme à sa succession. Mais déjà, sa vision du processus de démocratisation est loin d’être claire.

L’armée au pouvoir

Depuis sa prise de contrôle de l’armée, le commandant en chef n’a jamais laissé entendre qu’il comptait changer le principe qui réserve à l’institution militaire 25% des sièges du Parlement, ou la clause de la Constitution qui empêche Aung San Suu Kyi d’être présidente.

Avant même le coup d'État de ce lundi, Min Aung Hlaing était déjà l'homme le plus puissant du pays, à la tête d'une armée échappant au contrôle du gouvernement civil. Il détient en outre les clés de trois ministères : la Défense, les Affaires frontalières et les Affaires internes.

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Crimes contre l’humanité

Peu populaire dans l'opinion birmane, l'armée redore son blason en s’en prenant à la minorité rohingya, que la majorité bamar rejette parce qu'elle la considère étrangère au pays. Ces opérations, très violentes, lui valent en revanche d'être accusée par la communauté internationale de « nettoyage ethnique». En août 2018, l’ONU publie ainsi un rapport dans lequel le commandant en chef est accusé degénocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

En 2019, alors que son pays est poursuivi pour « génocide » devant la Cour internationale de justice (CIJ), la plus haute juridiction de l'ONU, les États-Unis mettent en place des sanctions contre Min Aung Hlaing pour son rôle présumé, deux ans plus tôt, dans le « nettoyage ethnique » mené contre la minorité rohingya. Il est interdit d'entrée aux États-Unis, le Trésor américain gèle ses éventuels avoirs dans le pays et interdit aux ressortissants américains de conclure des transactions avec lui.

Min Aung Hlaing a toujours rejeté ces accusations de violations des droits de l'homme, affirmant que cette opération militaire, qui a poussé près de 750 000 Rohingyas à fuir au Bangladesh, ciblait uniquement la rébellion locale.