Birmanie: l'ONU condamne les violences contre les manifestants, des cheminots grévistes visés par un raid

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Plusieurs centaines de policiers et de soldats birmans ont lancé un raid mercredi 10 mars à Rangoun contre des cheminots grévistes opposés à la junte militaire. Le Conseil de sécurité dans une déclaration à l'unanimité « condamne fermement la violence » des militaires. La Chine appelle la Birmanie à « la désescalade », au « dialogue ».

Selon le journal Frontier Myanmar plus de 1 000 employés des chemins de fer logés par l’État birman ont été expulsés de leurs demeures pour avoir participé au mouvement de grève lancé il y un mois. Expulsion sous la menace d’être abattus eux et leurs familles s’ils ne partaient pas : de nombreux policiers et soldats avaient été déployés dès six heures du matin autour des bâtiments où résident les employés, dans l’est de Rangoun.

Dans le nord de la capitale économique, une centaine de personnes ont été arrêtés dans le quartier d’Okkalapa, selon un secouriste qui affirme que certains ont été battues et sont blessés.

« Les militaires ont pris pour cible ce quartier, car les cheminots ont été en première ligne pour soutenir le mouvement de désobéissance civile, dès le 8 février. Le 25 février ils ont annoncé à la population qu'ils ne recevraient pas de salaire pour le mois de février. La population leur est très reconnaissante pour cela et les soutient », explique le journaliste Naw Betty Han.

« La deuxième raison, c'est que les militaires ont annoncé dans les médias sous leur contrôle qu'ils remplaceraient les cheminots grévistes par des militaires. Mais c'est impossible, car tout le monde n'est pas capable de conduire un train, c'est donc très difficile de remplacer les conducteurs de train. Les cheminots sont essentiels pour les militaires et je pense qu'ils veulent faire pression sur eux. Je suis certaine que ce genre d'opération se reproduira et que les responsables du coup militaire prendront pour cible dans les prochains jours d'autres secteurs comme les médecins et le secteur médical », souligne Naw Betty Han.

Condamnation unanime à l'ONU

Le Conseil de sécurité de l'ONU « condamne fermement la violence contre des manifestants pacifiques, incluant des femmes, des jeunes et des enfants » en Birmanie, dans une déclaration acceptée mercredi 10 mars à l'unanimité de ses membres, dont la Chine, selon des diplomates.

Cette déclaration, deuxième manifestation en un peu plus d'un mois d'une rare unité du Conseil de sécurité sur la Birmanie. Sans reprendre ces termes de « coup d'État » et sans mentionner la possibilité de sanctions internationales si la répression se prolonge, comme prévu dans de premières versions de la déclaration négociée depuis vendredi, le texte est cependant très critique à l'égard des généraux qui ont renversé le pouvoir civil début février.

La Chine appelle la Birmanie à « la désescalade »

La Chine estime qu'« il est maintenant temps de procéder à la désescalade » en Birmanie et qu'« il est temps de dialoguer », a affirmé mercredi l'ambassadeur chinois à l'ONU, Zhang Jun. « L'heure est à la diplomatie », a-t-il aussi souligné dans un communiqué, en affirmant que « la Chine avait participé à la négociation » organisée pendant six jours par le Royaume-Uni au sein du Conseil de sécurité pour cette déclaration « d'une manière constructive ».

Selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques, près de 2 000 personnes ont été arrêtées depuis le début du coup d’État, et 60 civils tués. Ce mardi, a été annoncée la mort, peu après son arrestation, d’un second responsable de la LND, le parti d’Aung San Suu Kyi. Plusieurs députés déchus de la LND ont indiqué sur Facebook avoir nommé vice-président un de leurs responsables, Mahn Win Khaing Than, pour remplacer l’ancien président du pays et l’ancienne chef du gouvernement Aung San Suu Kyi, toujours tenus au secret par les militaires.