Birmanie: l'armée poursuit les arrestations, la contestation s'intensifie

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En Birmanie, la junte militaire poursuit les interpellations et la campagne de désobéissance s'organise suite au coup d'État militaire. Des centaines de professeurs et d'étudiants se sont notamment réunis devant l'Université Dagon à Rangoun.

Des centaines de manifestants se sont réunis, ce vendredi 5 février, à Rangoun pour protester contre le coup d'État qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi, alors que l'armée poursuit les arrestations. Ces professeurs et étudiants se sont rassemblés devant l'Université Dagon à Rangoun, première manifestation d'importance contre le putsch.

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Ils ont fait le salut à trois doigts, un geste de résistance emprunté aux films américains Hunger Games et scandé « longue vie à Mother Suu », Aung San Suu Kyi, « assignée à résidence » dans la capitale Naypyidaw et « en bonne santé », d'après un porte-parole de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND).

150 responsables politiques et activistes arrêtés

Les généraux, qui ont mis brutalement fin lundi à la fragile démocratie, poursuivaient les interpellations, malgré les condamnations internationales. Win Htein, 79 ans, très proche d'Aung San Suu Kyi, a été interpellé vendredi à l'aube, selon la LND. Ce vétéran du parti a passé plus de vingt ans en détention sous la junte de 1989 à 2010. Min Htin Ko Ko Gyi, un réalisateur qui a déjà fait de la prison pour avoir critiqué l'armée, a également été interpellé, d'après son neveu.

Près de 150 responsables politiques et activistes, ont été arrêtés, d'après l'Association d'assistance aux prisonniers politiques, une ONG basée à Rangoun. La résistance contre le coup d’État militaire prend de l’ampleur, mais il est encore trop tôt pour savoir si l’armée répondra de façon disproportionnée.

« Jusqu’à présent, nous avons vu de nombreuses arrestations parmi les militants des droits de l’Homme. Et ce vendredi, il y a eu apparemment des interpellations à Mandalay. Mais pour le moment, on n’observe pas de réponse répressive à grande échelle. Les Birmans sont d’ailleurs très conscients du risque qu’ils encourent. Car la Birmanie a une longue tradition de répressions sanglantes », estime le directeur Asie de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH), Andrea Giorgetta.

Plusieurs corps de métier impliqués

Les Birmans pourraient ne pas se laisser plus museler par l'armée. « Nous avons vu que de nombreux corps de métiers ont rejoint la campagne de désobéissance civile. Aujourd’hui, ce sont les enseignants qui sont descendus dans la rue. On a des rapports qui parlent d’environ 200 enseignants qui se seraient rassemblés dans différentes parties de Rangoun », dit-il.

Le contexte n’est pas le même qu’il y a deux ou trois décennies. « D’une part, assure Andrea Giorgetta, on observe une résistance accrue contre le pouvoir militaire, surtout parmi la jeunesse, et d’autre part, il y a une solidarité régionale qui se met en place, notamment en Thaïlande, il sera donc beaucoup plus difficile pour l’armée d’isoler voire de museler la société birmane à long terme ».