Birmanie : les jupes traditionnelles des femmes, nouvel étendard du mouvement antijunte

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Depuis la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, des manifestants birmans ont commencé à brandir et accrocher des sarongs féminins, ces tissus noués à la taille et utilisés comme jupes, dans leur contestation du coup d’État du 1er février. L’idée ? Jouer avec les superstitions des soldats, qui croient que passer près de ces vêtements jugés impurs leur portera malchance au combat.

Les sarongs féminins birmans, aussi appelés htameins, sont ces dernières semaines régulièrement accrochés sur des cordes à linge ou brandis comme drapeaux dans les manifestations qui secouent la Birmanie. Ces vêtements traditionnels sont associés à une superstition : les militaires ont généralement peur du sang menstruel et pensent que passer sous des vêtements ayant été en contact avec les parties intimes de femmes viendra siphonner leur énergie spirituelle et leur portera malheur, particulièrement au combat.

Selon les propos rapportés par plusieurs médias, cette campagne a permis à certains endroits de freiner l’avancée des policiers et militaires, certains membres des forces de l’ordre insistant pour que ces vêtements soient retirés avant d’avancer.

La chaîne de télévision pilotée par la junte, MRTV, a avancé début mars que la campagne des sarongs féminins faisait du tort au bouddhisme, la religion majoritaire, rapporte le Los Angeles Times.

Si l’objectif principal était de repousser les forces de l’ordre, le mouvement de désobéissance civile a ajouté à cette campagne une touche féministe, dénonçant par la même occasion une superstition misogyne, associant le corps des femmes au malheur et à la malédiction.

Certains sont allés plus loin et ont ainsi collé le visage du chef de la junte à des serviettes hygiéniques.

Interrogée par le site d’information Vice, la secrétaire générale de l’Organisation des femmes de Kayan, dans l'État de Kayah (est), Coretti, a regretté que "certaines personnes considèrent les serviettes hygiéniques et les sous-vêtements [féminins] comme des objets sales". "Pour nous, ces objets ne sont pas sales, ils nous protègent, contrairement à la dictature militaire nocive. […] Certains pensent que le htamein d’une femme n’est pas glorieux, mais nous avons transformé des htamein en drapeaux… Cela incite les gens à reconsidérer leurs croyances en ce qui concerne les objets féminins, et aussi à utiliser [les htameins] comme outil de révolte contre le pouvoir militaire."

Ce symbole est aussi révélateur de la place occupée par les femmes dans ce mouvement de protestation : "Cette révolution va profondément changer les préjugés envers les femmes. […] Désormais, les hommes acceptent volontiers la présence et le leadership des femmes, et chantent avec elles pour leurs revendications. Les hommes encouragent les femmes", poursuit Coretti.

Certains hommes ont rejoint le mouvement en publiant des photos d’eux portant des htameins, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes.

Depuis le début du mois de mars, environ 250 manifestants birmans ont été tués dans le cadre du mouvement de protestation contre le coup d'État survenu le 1er février dernier.