Birmanie: la junte «commet probablement des crimes contre l'humanité»

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La junte birmane « commet probablement des crimes contre l'humanité » depuis qu'elle a pris le pouvoir le 1er février, a accusé jeudi Thomas Andrews, le principal expert indépendant mandaté par l'ONU. Neuf manifestants ont été tués jeudi 11 mars dans le pays, où la junte poursuit sa répression, malgré la condamnation des violences par l'ONU.

« Il y a de plus en plus de preuves » que l'armée et ses plus hauts dirigeants « commettent probablement des crimes contre l'humanité, y compris des meurtres, des disparitions forcées, des persécutions, de la torture et des incarcérations en violation des règles fondamentales du droit international », a lancé le rapporteur spécial des Nations unies, qui estime que les forces de l'ordre ont tué à ce jour 70 personnes, dans la violente répression menée contre les manifestants réclamant le retour à la démocratie.

« Regardez les faits » a déclaré l'expert devant le Conseil des droits de l'homme. Pour qu'il y ait crime contre l'humanité il faut que les actes criminels « soient commis dans le cadre d'une attaque d'ampleur ou systématique contre une population civile quelle qu'elle soit et en connaissance de cause », a-t-il rappelé.

Selon lui les crimes commis contre la population en Birmanie font partie d'une campagne coordonnée, visent les populations civiles, sont d'ampleur avec quelque 2000 personnes arrêtées dans au moins 28 villes à travers le pays, sont bien organisés et sont ordonnées « en connaissance de cause » par les dirigeants, a-t-il énuméré comme autant de pièces à verser au dossier de l'accusation de crimes contre l'humanité.

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M. Andrews a reconnu qu'il appartiendrait toutefois à une cour de justice d'en décider, mais note que des preuves sont amassées actuellement par le mécanisme indépendant d'enquête sur la Birmanie mis en place en 2018 par le Conseil des droits de l'homme, la plus haute instance de l'ONU sur ces questions.

L'ONG Amnesty International a dénoncé ce jeudi l'utilisation par l'armée d'une « force létale planifiée, préméditée et coordonnée » contre les manifestants. L'ONG constate l'utilisation d'armes de guerre et dénonce des exécutions extrajudiciaires.

Dans la région de Myaing, dans le centre du pays, « six hommes ont été tués par balles et huit personnes ont été blessées, dont une se trouve dans un état critique », a rapporté un secouriste à l'AFP. Cinq d'entre eux ont reçu une balle dans la tête, selon un autre témoin.

Un septième mort a été recensé dans un quartier de l'est de Rangoun, la capitale économique du pays. À Bago, une ville au nord-est de Rangoun, Zaw Zaw Aung, sourd de 33 ans, est mort d'une balle dans la tête, a annoncé à l'AFP son père, Myint Lwin.

Un homme de 30 ans a aussi été tué à Mandalay, deuxième ville du pays, où deux autres personnes ont été blessées, selon un secouriste. «Nous n'avons pas pu récupérer son corps, car les équipes de secours sont, elles aussi, visées», a-t-il précisé.

60 civils tués et près de 2 000 personnes arrêtées

L'Association d'assistance aux prisonniers politiques avait dénombré mercredi au moins 60 civils tués et près de 2 000 personnes arrêtées depuis le coup d'État militaire du 1er février. La junte, sous pression depuis la condamnation mercredi des violences par le Conseil de sécurité de l'ONU, a lancé jeudi de nouvelles accusations de corruption contre l'ancienne cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi. Renversée par le coup d'État et mise au secret depuis, l'ancienne dirigeante est désormais soupçonnée d'avoir reçu pour 600 000 dollars de pots-de-vin et plus de 11 kilos d'or.

(Avec AFP)