Birmanie: la junte célèbre la «journée de l'armée», les manifestations durement réprimées

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L'armée birmane s'est livrée ce samedi 27 mars à une démonstration de force à l'occasion de la « journée des forces armées », faisant défiler un impressionnant arsenal dans la capitale Naypyidaw. Dans le même temps, plusieurs villes du pays étaient le théâtre de nouvelles manifestations pro-démocratie durement réprimées. L'ONU déplore des dizaines de morts dans la répression des manifestations samedi, se disant choquée par cette violence.

Aux premières heures du jour, des milliers de soldats, des chars, des missiles et des hélicoptères. Sur une immense esplanade de la capitale birmane étaient réunis un parterre de généraux et leurs invités, parmi lesquels des délégations russe et chinoise.

Chaque année à cette date, la Tatmadaw, le nom de l'armée birmane, organise pour la « journée des forces armées » un gigantesque défilé militaire à Naypyidaw, devant son plus haut gradé, désormais chef de la junte au pouvoir : le général Min Aung Hlaing.

Mais cette fois, la Birmanie est traversée par une grave crise depuis le coup d'État militaire du 1er février. Ce samedi encore, plusieurs manifestations ont été sévèrement réprimées et des dizaines de personnes ont été tuées.

L'ONU déplore des dizaines de morts

L'ONU a déploré des dizaines de morts, dont des enfants, dans la répression des manifestants pro-démocratie samedi dans plusieurs villes du pays, se disant « choquée » par cette violence. « Nous recevons des rapports faisant état de dizaines de morts, dont des enfants, de centaines de blessés, dans 40 localités, et d'arrestations massives. Cette violence aggrave l'illégitimité du coup d'Etat et la culpabilité de ses dirigeants », a indiqué le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme dans un tweet.

Selon l'Association pour l'assistance aux prisonniers politiques, une ONG locale qui recense le nombre de décès depuis le coup d'Etat du 1er février, les forces de sécurité birmanes ont tué près de 90 personnes à travers le pays samedi.

Condamnations

L’ambassade de l'Union européenne à Rangoun a déclaré sur ses comptes Twitter et Facebook que « Cette 76e journée des forces armées restera gravée comme un jour de terreur et de déshonneur. Les meurtres de civils non armés, dont des enfants, sont des actes indéfendables ».

L'ambassadeur de Grande-Bretagne a pour sa part estimé que « les meurtres extrajudiciaires en disent long sur les priorités de la junte militaire ».

« Les forces armées tuent des civils non armés, y compris des enfants, les personnes qu'elle a justement juré de protéger », a quant à elle affirmé l'ambassade des Etats-Unis.

Avant l'aube, les forces de sécurité avaient déjà réprimé les manifestants à Rangoun. Jusqu’à minuit, des coups de feu ont retenti dans plusieurs quartiers de la ville, rapporte notre correspondante, Juliette Verlin.

Ce samedi matin, la situation étaient plus calme dans certains quartiers où des petits cortèges tournaient dans quelques rues en évitant les grands axes. Mais dans d’autres quartiers, c’était plus violent. À Insein, au nord de la ville, des manifestants sont sortis dès 2h30 du matin, et la police a commencé à tirer au lever du soleil. Plusieurs quartiers ont ainsi signalé des coups de feu et des arrestations, comme près de la pagode Sule dans le centre-ville historique, où un conducteur s’est fait arrêter après avoir fait le salut à trois doigts de la rébellion devant des militaires.

« Il n’y avait pas beaucoup de manifestants. Ils auraient dû être plus nombreux, mais ils n’étaient pas plus d’une cinquantaine maximum, je pense. Plusieurs dizaines de policiers se sont approchés et certains manifestants ont fait usage de cocktails Molotov. C’est une sorte d’arme artisanale. Ils ont commencé à en lancer quelques-uns… Après, les policiers leur ont couru après, une fois la fumée des bombes artisanales dissipée », raconte un étudiant de Rangoun.

« Les manifestants ont couru vers d’autres rues et il ne restait que la police dans la rue. Ils ont commencé à injurier les résidents autour d’eux. Donc les gens se sont réfugiés chez eux, moi y compris. Nous avons fermé les portes à clé et attendu. Ensuite, la police a continué à chasser les manifestants et à un moment nous avons entendu des tirs », ajoute-t-il.

Les Birmans redoutaient cette répression, mais ils ont quand même appelé à sortir dans les rues pour montrer que même deux mois après le coup d’État, l’armée est encore loin de contrôler le pays.

Le tweet d’un activiste résume bien la situation : « Pendant que l’armée parade et montre ses nouveaux jouets, écrit-il, rappelons-nous des milliers de membres des minorités ethniques qu’elle a tués ces dernières années, et des plus de 300 manifestants et simples passant assassinés depuis le coup d’État du 1er février. »

Selon un groupe de défense de prisonniers politiques, 320 personnes ont trouvé la mort dans les troubles depuis le putsch, et plus de 3 000 ont été arrêtées.

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