Birmanie: la junte arrête plus de 100 personnes libérées durant l'amnistie

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La junte birmane a de nouveau arrêté plus de 100 opposants au coup d'État militaire de février, qui avaient été libérées récemment dans le cadre d'une amnistie, selon une ONG locale recensant les arrestations et les homicides.

Ce pays d'Asie du Sud-Est est en proie au chaos depuis le coup d'Etat militaire il y a neuf mois. Plus de 1 100 personnes ont été tuées durant la répression des dissidents et plus de 8 000 arrêtées, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

Lundi 18 octobre, l'armée, au pouvoir depuis le coup d'État du 1er février contre le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi, a annoncé la libération à l'occasion de la fête bouddhiste de Thadingyut de 5 636 personnes arrêtées lors des manifestations massives qui ont secoué le pays après le putsch, poussant des familles anxieuses de retrouver leurs proches à se rassembler devant les prisons.

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Le véritable nombre de personnes libérées dans le pays est difficile à vérifier, et beaucoup ont été libérées seulement après avoir signé des documents dans lesquels elles s'engagent à ne plus enfreindre la loi. Au moins 110 personnes libérées ont depuis été arrêtées à nouveau, selon l'AAPP. « Certains ont (...) été arrêtés à nouveau à peine étaient-ils arrivés chez eux », a déclaré l'association dans un communiqué jeudi. « D'autres ont été informés qu'ils étaient sur la liste des libérables, amenés à la porte de la prison, pour être ensuite ramenés à l'intérieur afin de se voir notifier de nouvelles poursuites. »

C’est le cas d’un quadragénaire, élu local de la LND à Meitkila, une ville au centre de la Birmanie. Arrêté le 21 mai et condamné à trois ans de prison, il faisait partie des prisonniers amnistiés, mais sa libération a tourné court. « Quand on a appris qu’il allait être libéré on s’est rendu en famille devant le centre de détention pour l’accueillir, raconte sa sœur à Jelena Tomic, du service international de RFI. Il y avait plusieurs prisonniers en train d’attendre dans une file. À un moment on a même réussi à l’apercevoir, puis il a disparu. Un peu plus tard on l’a vu se faire menotter et embarquer par trois policiers dans une voiture. On nous a dit de les suivre au commissariat. Là-bas les policiers nous ont expliqué que d’autres charges pesaient contre mon frère, au titre de la loi anti-terroriste. On sait que mon frère est fort mentalement mais on s’inquiète beaucoup pour sa santé. On est si triste pour lui et encore sous le choc après les événements de mercredi. On aimerait tant nous réunir tous ensemble, en famille. Nos parents sont âgés et malades, moi aussi je ne suis pas en très bonne santé. Mais nous allons continuer à demander sa libération. »

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La junte sous pression internationale

Les autorités birmanes avaient déjà libéré plus de 2 000 opposants au coup d'État de leurs geôles en juin, dont des journalistes qui avaient critiqué le régime militaire. Parmi les prisonniers figure le journaliste américain Danny Fenster, détenu depuis son arrestation le 24 mai.

La récente amnistie a été décidée alors que l'armée est soumise à de fortes pressions pour entamer le dialogue avec ses opposants pro-démocratie, presque neuf mois après son arrivée au pouvoir.

La semaine dernière, l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean) avait décidé d'exclure le chef de la junte birmane Min Aung Hlaing de son prochain sommet prévu dans quelques jours, mettant en doute sa volonté d'apaiser ces troubles sanglants. Les États-Unis ont salué jeudi l'initiative de l'Asean, longtemps jugée inefficace, par la voix de Derek Chollet, un conseiller du département d'Etat américain en tournée dans la région pour tenter de trouver de nouveaux moyens de faire pression sur la junte.

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Le coup d'État a réduit à néant la décennie de tentative démocratique en Birmanie. L'ex-dirigeante civile et prix Nobel de la paix San Suu Kyi est aujourd'hui poursuivie pour des motifs pouvant lui valoir des décennies de prison.

(et avec AFP)

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