Birmanie: les jeunes très visibles au 5e jour de manifestations contre le coup d'État

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Ce mercredi 10 février pour le cinquième jour d'affilée, des dizaines de milliers de Birmans sont descendus dans les rues pour dire non au coup d’État militaire, lancé la semaine dernière par le commandant en chef de l’armée Min Aung Hlaing, qui a maintenant tous les pouvoirs. Mais en dix ans de gouvernement civil, le pays a considérablement changé. La jeunesse birmane s’empare aujourd’hui de ces nouveaux moyens de communication pour faire retentir son message dans le monde entier : les militaires doivent partir.

Avec notre correspondante à Rangoun, Juliette Verlin et Christophe Paget, du service International de RFI

La journée de manifestations s'est ouverte à Rangoun avec un attroupement un peu étrange, autour de la pagode Sule. Des jeunes Birmans, tous habillés de noir, portent sur leurs épaules ce qui ressemble à un cercueil recouvert d'un drap blanc. leur cortège se déplace lentement, presque avec révérence. L'un des marcheurs porte une photo du commandant en chef Min Aung Hlaing devant lui. Une fois arrivés à la pagode, ils déposent le faux cercueil à terre et le piétinent devant les caméras. Ils viennent de mimer une cérémonie funéraire assez violente, du commandant en chef de la Tatmadaw, le nom de l'armée birmane, au pouvoir depuis le putsch du 1er février.

Dans d'autres rues de la capitale économique du pays, de jeunes Birmanes manifestent en robes de princesses Disney. Plus loin, ce sont des culturistes qui demandent le départ des militaires - et ils le font torses nus -, pendant que d’autres, déguisées en Spiderman, interpellent le studio américain Marvel : a-t-il besoin d’un nouveau « super-vilain ?

« Min Aung Hlaing, je te déteste plus que mes règles ! »

La jeunesse birmane est dans la rue et sur les réseaux sociaux, car elle sait faire ces images qui sont reprises par les utilisateurs de Facebook, TikTok ou Instagram. Des images qui parlent aux jeunes, en Birmanie mais aussi dans le reste du monde. Leurs pancartes sont ainsi en anglais, très moqueuses et directes : « Mon ex est vraiment terrible, mais l'armée birmane est pire ! » ou encore « Min Aung Hlaing [le chef de la junte], je te déteste plus que mes règles ! »

Contrairement à leurs parents et grands-parents, coupées du monde pendant des décennies de régime militaire, ces jeunes Birmans ont grandi dans les années 2010, au moment où le gouvernement civil rendait internet et téléphones portables disponibles pour tous. Tout cela fait maintenant parti de leur ADN. D’ailleurs, la semaine dernière, quand les militaires ont voulu bloquer internet, les jeunes ont tout de suite su contourner le problème avec des VPN et des cartes sim étrangères.

Cette nouvelle visibilité empêchera-t-elle l’armée de violemment réprimer le mouvement, comme elle l’avait fait en 2007 ? Rien n'est moins sûr.

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La bière des militaires absente de certains supermarchés

De nombreux actes de désobéissance civile, moins « instagrammables », ont aussi rythmé la journée. Dans certaines enseignes de supermarché Market Place, l'une des plus grandes chaînes de distribution, les employés ont refusé de mettre en rayon des bières de la marque Myanmar Beer, dont l'entreprise appartient à l'armée.

La journée s'est aussi terminée plus tôt que la veille, car l'armée avait déclaré qu'elle allait tirer sur les manifestants après 16h30. Le nom de la jeune manifestante grièvement blessée ce mardi à Naypyidaw était sur toutes les lèvres.

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