Birmanie : importantes manifestations pour un "printemps révolutionnaire"

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Des milliers de personnes ont manifesté, dimanche 2 mai, dans plusieurs régions de Birmanie, certains espérant un "printemps révolutionnaire", trois mois après le coup d'État de la junte contre le gouvernement civil. Les forces de l'ordre ont tiré sur la foule. Un premier bilan fait état de cinq morts.

Les forces de sécurité de Birmanie ont ouvert le feu sur les participants à des manifestations parmi les plus importantes jamais observées depuis le coup d'État qui a plongé le pays dans la crise il y a trois mois, ont rapporté les médias, dimanche 2 mai, évoquant un premier bilan de cinq morts.

Ces rassemblements ont coïncidé avec d'autres manifestations organisées par les communautés birmanes du monde entier pour marquer ce que les organisateurs nomment "La révolution mondiale du printemps en Birmanie".

Des flots de manifestants, certains emmenés par des moines bouddhistes, ont envahi villes et villages, y compris dans le centre de la capitale économique Rangoon.

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Deux personnes ont été tuées par balle à Wetlet, dans le centre du pays, a rapporté Myanmar Now, et deux autres personnes ont été tuées dans l'État de Shan, dans le nord-est, selon deux médias. Un autre décès a été signalé près de la mine de jade de Hpakant par Kachin News Group.

Reuters n'a pas pu vérifier ces informations et un porte-parole de la junte au pouvoir n'a pas répondu aux demandes de commentaires.

Raids et coups de filets nocturnes

Depuis février, malgré une répression sanglante, des manifestations quasi quotidiennes ébranlent le pays, une vaste campagne de désobéissance civile – avec des milliers de travailleurs grévistes – paralyse des secteurs entiers de l'économie et des opposants, passés dans la clandestinité, ont formé un gouvernement de résistance.

Les villes comme Rangoun sont au cœur de la contestation. Des habitants ont fait circuler des vidéos montrant des civils se faisant battre dans les rues par les forces de sécurité.

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Raids et coups de filet nocturnes sont aussi récurrents. Les forces de sécurité s'appuient sur des informateurs leur donnant les noms de personnes accusées d'aider les manifestants.

Le journal officiel Mirror Daily a rapporté qu'une femme accusée de soutenir le gouvernement "fantôme" avait été condamnée par un tribunal militaire à sept ans de travaux forcés. Elle avait été arrêtée dans le quartier de Dagon Nord – une zone de Rangoun actuellement sous loi martiale – lors d'une descente à son domicile de la police qui avait fouillé ses comptes Facebook et Telegram.

Plus de 30 000 déplacés

Aung San Suu Kyi, 75 ans, n'a pas été vue en public depuis son arrestation lors du putsch qui l'a renversée le 1er février. Elle est depuis assignée à résidence.

Près de 760 civils sont tombés sous les balles des forces de sécurité ces trois derniers mois et quelque 3 500 sont en détention, d'après une ONG locale, l'Association pour l'aide aux prisonniers politiques (AAPP).

La junte, qui affirme que l'AAPP est une organisation illégale, affirme de son côté que 258 manifestants sont morts, de même que 17 policiers et sept militaires.

Dans plusieurs régions frontalières du Nord et de l'Est, la contestation a fait sortir de l'ombre plusieurs rébellions issues de minorités ethniques, en confrontation avec l'armée, dont certaines abritent dans les territoires qu'elles contrôlent des opposants ayant fui la répression de la junte.

Dans l'est du pays, où les affrontements entre l'armée et l'Union nationale karen (KNU), ont fait plus de 30 000 déplacés, selon l'ONU, des frappes aériennes de la junte ont visé dans la nuit de vendredi à samedi un secteur proche de la frontière thaïlandaise, provoquant une nouvelle vague de réfugiés.

"Combattez la dictature militaire birmane"

Dimanche, le KNU a par ailleurs appelé les autres factions insurgées à unifier leurs rangs face à la junte.

Cet appel de l'une des principales factions rebelles de Birmanie, intervient alors que ce groupe est engagé dans des combats avec les militaires.

Dans une lettre ouverte, le chef d'état-major adjoint de la branche armée de la KNU demande à tous les combattants de l'ethnie karen d'unifier leurs rangs, quelque soit leur affiliation politique. "Jamais il n'y a eu une telle opportunité au cours de plus 70 ans de révolution. Profitez-en et combattez la dictature militaire birmane", a déclaré le lieutenant-général Baw Kyaw Heh.

Son message est adressé aux autres groupes rebelles dans l'État karen, l'Armée bouddhiste démocratique Karen et le Conseil de la Paix KNU/KNLA, né d'un scission de la KNU. Les deux groupes sont restés silencieux depuis le coup d'État du 1er février, alors que la KNU est très virulente contre la junte.

La semaine dernière, les médias d'État ont affirmé que des représentants de ces deux groupes avaient rencontré séparément la junte, pour évoquer le "processus de paix".

La KNU, forte de plusieurs milliers d'hommes, s'est emparée la semaine dernière dans le sud-est du pays, près de la frontière avec la Thaïlande, d'une base de l'armée qui a riposté par des frappes aériennes. Elle assure abriter sur le territoire qu'elle contrôle au moins 2 000 opposants au coup d'État qui ont fui la répression.

Avec AFP et Reuters