Birmanie: des factions rebelles «réexaminent» leur cessez-le-feu avec l'armée

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Ulcérées par la répression sanglante de la junte au pouvoir à l'égard des civils, dix des principales factions rebelles de Birmanie vont « réexaminer » l'accord de cessez-le-feu signé à partir de 2015 avec l'armée.

Dix factions rebelles ont entamé ce samedi une réunion de deux jours pour « réexaminer » leur position sur l'accord national de cessez-le-feu conclu en 2015 avec l'armée. Peu après le coup d'État du 1er février, elles avaient indiqué continuer à appliquer cet accord, malgré le passage en force des généraux. Mais la répression qui s'abat sur la population civile pourrait les conduire à revoir leur position.

L'un de ces groupes, l'Union nationale Karen (KNU) appelle ainsi la multitude de minorités ethniques du pays à s'unir contre la junte. Ripostant au bain de sang des forces de sécurité contre les opposants au coup d'État, elle s'était déjà emparée la semaine dernière d'une base militaire dans l'État Karen, dans le sud-est du pays, tuant dix soldats. L'armée avait alors répliqué en menant des raids aériens contre des places-fortes de la faction, une première depuis une vingtaine d'années dans cette région. Selon la KNU, ces frappes ont tué de nombreux civils, dont des mineurs et des étudiants, et conduit plus de 12 000 personnes à fuir leur village.

D'autres groupes armés ont déjà apporté leur soutien à la mobilisation démocratique et menacé de reprendre les armes contre l'armée, faisant craindre une guerre civile.

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Deux mois après le putsch, la situation sécuritaire et humanitaire ne cesse donc de se dégrader en Birmanie. Le bilan des victimes se porte à plus de 550 morts, dont 46 enfants. Au moins quatre personnes ont encore été tuées ce samedi à Monywa dans le centre du pays, un cinquième manifestant est décédé à Thaton, dans le sud.

Arrêtés pour avoir parlé à des journalistes

Alors que les frontières sont totalement fermées aux journalistes étrangers depuis le coup d'État, une équipe de la télévision américaine CNN a pu se rendre sur place. Vendredi juste après la visite sous escorte d'un marché de Rangoun, au moins neuf personnes ont été arrêtées après le départ des journalistes, selon le quotidien Irrawady News. Parmi les personnes qui ont approché les journalistes américains, une femme a réussi à échapper aux forces de l'ordre juste après avoir témoigné. RFI a réussi à joindre sa sœur.

« Lorsque ma sœur a appris qu'une équipe de CNN se trouvait au marché, elle s'y est précipité dans l'espoir de témoigner. Ils ont parlé de ce qui se passait vraiment en Birmanie. Ça n'a pas duré longtemps, moins d'une minute. La journaliste lui a demandé si elle avait perdu des membres de sa famille, ma sœur a répondu que non, mais qu'elle connaissait des gens qui avait perdu quelqu'un, y compris des enfants. Ensuite elle lui a demandé si elle avait peur de ce qui se passait en Birmanie. Derrière elle il y avait des militaires en civils, ma sœur a répondu que oui, elle avait peur.

Juste après cette conversation, une fois que les journalistes se sont éloignés, ma sœur et une autre femme ont vite pris la fuite pour se cacher. Elles ont réussi à s'échapper, mais sept personnes ont été interpellées et on n'a plus aucune nouvelle. J'ai entendu que mêmes leurs familles n'ont aucun contact avec elles et on ne sait pas ce qui va leur arriver après leur interrogatoire. Ma sœur doit rester éloignée de notre maison pour un certain temps, pour s'assurer qu'ils ne viendront pas la chercher. Elle est en sécurité pour le moment, mais dans son esprit elle est prête, si elle se fait arrêter ».

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La junte sévit aussi désormais sur la toile. Depuis vendredi, internet est presque totalement coupé, les autorités ayant ordonné aux fournisseurs d'interrompre le haut débit. Des messages continuent malgré tout d'être postés et partagés sur les réseaux sociaux.

Les putschistes ont également émis des mandats d'arrêt contre 18 célébrités au moins, parmi lesquelles des influenceurs, des acteurs et des journalistes. Une loi réprime tout contenu visant à inciter les membres des forces de sécurité à se mutiner ou à ne pas exercer leur devoir. L'infraction est passible d'une peine de trois ans de prison.