Birmanie: un enfant survit miraculeusement à une frappe aérienne qui tue son père

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Un petit garçon birman a miraculeusement survécu à une frappe aérienne qui a tué son père en détruisant la hutte familiale en territoire Karen, près de la frontière thaïlandaise, a-t-on appris lundi de source humanitaire.

La Birmanie est en proie à des manifestations quotidiennes pour la démocratie, réprimées dans le sang, depuis le coup d'Etat militaire du 1er février. Au moins 459 personnes ont été tuées, selon une ONG locale, l'Association pour l'assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

Dans l'Etat Karen (sud-est), l'armée birmane a lancé depuis samedi soir des frappes aériennes --les premières depuis vingt ans-- visant des rebelles armés de la minorité Karen après que l'Union nationale karen (KNU) a affirmé s'être emparée d'une base militaire.

Quelque 3.000 membres de cette minorité ont fui dans la jungle pour gagner la Thaïlande, selon l'Organisation des femmes Karen. Les raids aériens se sont poursuivis dimanche et lundi.

Parmi les cibles des avions samedi soir figurait la hutte en bambou de Saw Ta Eh Ka Lu Moo Taw, qui va avoir trois ans, et sa famille d'agriculteurs installée dans une vallée du district de Papun.

"Il était assis sur les genoux de son papa à ce moment-là et un éclat de bombe a tué son père", raconte à l'AFP David Eubank, missionnaire évangélique et ex-officier des forces spéciales américaines qui a fondé et dirige l'ONG Free Burma Rangers. Le père, âgé de 27 ans, est mort sur le coup.

L'ONG gère une centre de soins dans la région et a pu prendre en charge le petit garçon. Selon M. Eubank, les médecins vont essayer de l'opérer pour retirer les petits fragments de métal qui l'ont atteint. Redoutant une infection, ils l'ont placé sous antibiotiques.

L'enfant et sa mère "sont en état de choc", explique-t-il, "le garçon sait que son père est mort".

- "Génération en péril" -

Le week-end a été meurtrier pour les enfants birmans, victimes comme les adultes de la sanglante répression menée par l'armée.

L'ONU a estimé à 107, dont sept enfants, le nombre de morts samedi lors des protestations massives organisées contre la junte qui paradait à la traditionnelle "Journée des forces armées", mais s'attend à ce que ce bilan augmente encore. Les médias locaux font état de 114 morts lors de cette journée de répression la plus sanglante depuis le putsch.

L'Unicef a mis en garde dimanche contre les retombées que pourrait avoir la répression sur la jeunesse birmane.

"Au-delà de l'impact immédiat de la violence, les conséquences à long terme de la crise pour les enfants du pays pourraient être catastrophiques", a prévenu la directrice de l'Unicef, Henrietta Fore, selon laquelle 35 enfants ont été tués depuis le coup d'Etat.

Des services de santé élémentaires font déjà défaut en Birmanie, où près d'un million d'enfants n'ont pas d'accès à des vaccins et cinq millions à de la vitamine A, a souligne Mme Fore. "Cette absence d'accès à des soins élémentaires, associée au ralentissement économique qui va pousser plus de gens dans la pauvreté, met en péril toute une génération".

A Rangoun, une fillette d'un an a été opérée après avoir reçu samedi une balle caoutchoutée dans l'oeil alors qu'elle jouait près de chez elle --c'était aussi le jour de son anniversaire. Un ami de la famille a expliqué à l'AFP que la petite fille resterait aveugle.

Dans la même ville, une autre fillette a dû être opérée lundi après avoir eu l'oreille arrachée par une balle. "Son oreille est complètement détruite et une partie de sa tête a été touchée", a dit son père à l'AFP, ajoutant que la famille ne savait pas comment financer les dépenses médicales.

Lundi, une soixantaine d'enfants accompagnés de leurs mères ont défilé en costume traditionnel karen, dans une ville de l'Etat Karen pour protester contre le nombre croissant d'enfants victimes des violences, avec des pancartes proclamant "à bas la dictature militaire".

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