Birmanie : «Nous sommes déterminés à opposer une résistance pacifique»

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Le mouvement de désobéissance civile continue en Birmanie pour réclamer la démocratie, alors que des centaines de manifestants et manifestantes, d’activistes et de membres de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) ont été arrêtés. RFI a rencontré un membre du parti d’Aung San Suu Kyi qui a réussi à fuir la Birmanie pour trouver refuge en Europe. Préférant rester anonyme pour des raisons de sécurité, il revient sur la prise de pouvoir par les militaires.

RFI: Comment se sont passés les jours précédant le coup d’État du 1er février ?

Deux semaines avant, on savait, au sein de la Ligue nationale pour la démocratie, que c’était une vraie possibilité. Mais on s’est dit que ce n’était pas possible, qu’on avait déjà goûté à la démocratie, qu’on n’allait jamais accepter la dictature. On a réfléchi avec logique, mais on n’a pas réalisé que les militaires ne pensaient pas avec logique, mais que leur égo était blessé [la Ligue nationale pour la démocratie a largement remporté les élections de novembre 2020 et a été accusé de fraude électorale par l’armée birmane, ndlr]. C’est pour cela qu’ils ont commencé ce coup d’État.

Dans les jours qui ont précédé le coup d’État, est-ce qu’il y a eu des consignes qui ont circulé au sein de la Ligue nationale pour la démocratie sur ce qu’il fallait faire si cela arrivait ?

Oui, il y a eu beaucoup de discussions. Une des idées, c’était, tant que la Dame [Aung San Suu Kyi, ndlr] peut parler, qu’elle est toujours libre et non pas interpellée, et qu’elle contrôle son compte Facebook, de faire une vidéo pour expliquer la situation, parler aux Birmans pour les encourager à agir en cas de coup d’État. Et enfin, faire un message pour la communauté internationale. D’autres idées ont circulé. Malheureusement, je ne sais pas pour quelle raison, Aung San Suu Kyi n’a pas communiqué, elle est restée silencieuse.

Et l’éventualité d’une arrestation de la dirigeante faisait partie des scénarios évoqués dans les jours précédents le coup d’État ?

Oui, j’ai la confirmation qu’elle savait qu’être arrêtée était une possibilité, elle y était préparée. Mais je ne comprends pas pourquoi elle n’a rien fait. Ce point est difficile à comprendre pour nous les Birmans, et pour la communauté internationale bien sûr. Mais peut-être a-t-elle voulu que les militaires réalisent à nouveau vraiment que les gens ne les acceptent pas. Au cours des dix dernières années, les militaires ont donné cette impression qu’ils avaient changé, qu’ils étaient devenus modernes, mais la réalité est que ce n’est pas le cas. Et bien sûr, Aung San Suu Kyi le sait très bien parce qu’elle travaille avec eux.

Avez-vous été surpris par l’ampleur de la résistance en Birmanie après le coup d'État ?

Nous savons que nous ne pouvons compter sur personne, à part nous-mêmes, et c’est pour cela que la résistance continue assez fortement. On veut compter sur l’ONU, mais on sait que l’ONU ne viendra jamais. On ne peut pas compter sur nos voisins non plus, car ils n’ont pas d’intérêt à promouvoir la démocratie. Les Birmans sont déjà très courageux, car ils sont déterminés à opposer une résistance pacifique. On sait très bien qu’avec une résistance armée, nous allons perdre notre légitimité internationale et permettre aux militaires de légitimer leurs actes de violence. En revanche, si nous disons que nous ne voulons pas être une résistance armée, nous sommes tout à fait d’accord avec la venue d’une force internationale de maintien de la paix.

Selon vous, faut-il que le mouvement de désobéissance civile continue pendant plusieurs semaines, plusieurs mois ?

Et qu’il devienne beaucoup plus stratégique, beaucoup plus pratique pour que cela nuise aux ressources des militaires, et qu’ils n’arrivent pas à payer leurs soldats. Mais les gens ont besoin de survivre aussi. J’espère que cela va être possible. La désobéissance civile est une tactique complexe au niveau logistique pour une population qui a eu accès à internet il y a quelques années. Un des points non négociables pour nous aujourd’hui, c’est de changer la Constitution afin qu’un événement comme celui-ci ne se repasse jamais. Parce que, si c’est possible de faire un retour simple au 31 janvier, pourquoi ces gens sont tués ? Tout le pays est traumatisé, on ne veut pas et on ne peut pas revenir en arrière. On veut un futur bien établi. On a besoin d’un changement de Constitution, pour que les militaires soient sous le contrôle des civils.