Birmanie : des armes imprimées en 3D dans les mains des rebelles

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Presqu’un an après l’arrivée au pouvoir de la junte militaire, les rebelles birmans diversifient leurs modes d’action. Des images apparues début décembre sur les réseaux sociaux les montrent armés de pistolets imprimés en 3D. Un moyen peu coûteux de renforcer leur arsenal, essentiellement utilisé pour de l'entraînement.

Dans la jungle birmane, la résistance s’active. Depuis que la junte a pris le pouvoir après le coup d’État du 1er février 2021, des groupes rebelles mènent une guérilla contre les militaires un peu partout dans le pays.

Les Forces de défense du peuple (FDP), le bras armé du Gouvernement d’unité nationale, nom du parti révolutionnaire, utilisent toutes les armes en leur possession pour combattre.

Sur Internet, certains membres de la rébellion s’affichent avec des armes conçues avec des imprimantes 3D. Un cliché partagé sur Twitter le 9 décembre 2021 par Jake Hanrahan, journaliste indépendant anglais et fondateur du média indépendant Popular Front, montre un rebelle birman apparaît armé d’un FGC-9, un pistolet en plastique de calibre 9mm, produit via une imprimante 3D.

Une capture d’écran de la publication est aussitôt publiée sur Reddit, un réseau social qui fonctionne par communautés et centres d’intérêts, dans une section du site qui parle d’armes imprimées en 3D. En déroulant les commentaires, un internaute sous le pseudonyme de DaddyUMCD explique avoir posté en premier le cliché, avec un compte depuis supprimé. Il se présente ouvertement comme rebelle.

Sur son nouveau profil Reddit sont publiées deux autres photos d’armes imprimées en 3D, toujours de type FCG-9, avec des modifications au niveau de la longueur du canon, comme ici.

Avec la photo postée le 13 décembre 2021, DaddyUMCD explique que le “FGC-9 est massivement produit pour combattre le dictateur”. Ces armes présentent l’avantage d’être peu coûteuses pour qui possède l’imprimante - qui s’achète autour de 220 euros - et les outils d’usinage - autour de 88 euros - nécessaires à leur production : selon Slate, un pistolet coûte autour de 88 euros.

Jake Hanrahan, le journaliste indépendant, a consacré un documentaire en 2020 au concepteur du FGC-9, un libertarien connu sous le pseudonyme de JStark, et qui y est interrogé. L’homme, qui ne dévoile jamais sa vraie identité, explique les motivations qui l’ont poussé à concevoir puis mettre en ligne les plans du FGC-9.

“Le gouvernement, ou l’entité qui vous domine, a un pouvoir exécutif. La police ou les militaires sont armés. Pour être capable d’échapper à cette injustice, les citoyens doivent avoir la même force, à un niveau individuel.”, affirme JStark dans le documentaire Plastic Defense.

Grâce à une communauté très active et unie, les plans de cette arme en 3D se trouvent très facilement sur Internet. Ainsi, en seulement trois clics depuis Google, le dossier de construction du FGC-9 (pour “Fuck Gun Control 9mm”) est gratuitement disponible.

Contacté par notre rédaction, Jake Hanrahan explique ce qu’il ressent lorsqu’il voit le FGC-9 dans les mains des rebelles birmans :

“Je trouve que c’est l’application la plus concrète du FGC-9. JStark l’a conçu pour que les personnes oppressées, par exemple, par la tyrannie de la junte birmane puissent se défendre, il voulaient que des gens dans ce type de situation puissent se défendre."

Pour le moment néanmoins, aucune vidéo ou photo du FGC-9 en action dans les mains de rebelles birmans n’a été publiée sur Internet.

Leone Hadavi, expert en armement pour le collectif indépendant Myanmar Witness qui documente la guerre civile, explique à la rédaction des Observateurs de France 24 : “Nous voyons beaucoup d’armes, mais nous avons vu peu de pistolets imprimés en 3D, et aucun associé à une opération de combat.”

C’est ce que dit aussi DaddyUMCD sur Reddit, en réponse à un commentaire : “Franchement, nous n’avons pas fait encore beaucoup de missions avec. Ces armes sont faites pour des actions éclairs, pour ensuite récupérer de meilleures armes auprès de l’ennemi. Pour de l'entraînement, l’arme est parfaite.”

“Les Forces de défense du peuple se sont progressivement formées pour répondre aux attaques du régime”

Effectivement, sur les vidéos des combats disponibles postées par les rebelles du PDF, les hommes armés tirent avec des fusils d'assaut militaires, avec un calibre supérieur (5,56 mm ou 7,62 mm) détaille Leone Hadavi de Myanmar Witness. Ces armes sont les mêmes qui sont exposées lors des différentes prises de guerre des rebelles.

Face à une junte militaire organisée, les rebelles des différents groupes ont développé et perfectionné des techniques de guérilla, en se déplaçant à couvert, en menant des actions éclairs et des petites escarmouches précise Leone Hadavi.

En dehors des villes, les Forces de Défense du Peuple se sont progressivement formées pour répondre aux attaques du régime. Elles se sont transformées petit à petit, et maintenant ces groupes s'appuient sur des organisations ethniques armées en fonction des zones dans lesquelles les rebelles opèrent. Ces groupes ethniques sont très bien implantés localement, ils ont des armes, connaissent le terrain et sont très impliqués dans la formation des nouvelles recrues.

Avec une meilleure organisation et un meilleur équipement, les Forces de Défense du Peuple peuvent aussi retourner dans les villes.

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : “Myanmar Witness” : le projet qui documente les violations des droits de l’homme en Birmanie

Pour diversifier leur équipement, les rebelles ne fabriquent pas que des pistolets de petit calibre. Certains internautes ont remarqué des engins explosifs construits localement, comme ces mines.

Autre exemple de diversification de leurs armes : cette vidéo publiée par un compte Twitter de veille sur les groupes rebelles birmans, où nous voyons des personnes en uniforme attacher une grenade modifiée localement à un drone civil DJI.

Le 25 décembre 2021, plus de 30 corps calcinés ont été découverts dans des carcasses de véhicules brûlés dans l'État de Kayah, dans l'est du pays. Les militaires de la junte sont accusés d'avoir attaqué ce convoi en représailles des attaques rebelles.

Depuis le coup d'État en février 2021, plus de 1 400 personnes sont mortes d'après des observateurs locaux.

[ACTUALISATION, 11/01/2022] : selon le site Myawady, une personne a été arrêtée en 2020 pour "actions terroristes." Suite à l'interpellation, des armes ont été saisies par les forces de l'ordre. Sur les photos diffusées, on aperçoit six pistolets FGC-9 imprimés en 3D avec leurs chargeurs.

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