BioNTech: la réussite éclatante d'un couple de chercheurs

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La récente annonce d’un vaccin – encore en phase de test – contre le Covid-19 consacre la réussite exceptionnelle d’un couple de médecins allemands d’origine turque. Uğur Şahin, 55 ans, et Özlem Türeci, 53 ans, sont à l’origine deux chercheurs spécialisés dans la recherche contre le cancer et les maladies héréditaires. Leur société, BioNTech, est la partenaire de recherche du groupe américain Pfizer dans l'élaboration d'un vaccin contre le Covid-19.

Décrits par leur entourage comme discrets sur leur vie privée et toujours « humbles et adorables » dans le travail, Uğur Şahin et Özlem Türeci font désormais partie des 100 plus grandes fortunes allemandes. Leur start-up, BioNTech, dont lui est PDG et elle médecin cheffe, est désormais à la tête de la course pour le vaccin contre le Covid-19.

Né en Turquie, Uğur Şahin arrive avec sa mère à l'âge de 4 ans en Allemagne, où ils rejoignent son père, ouvrier à l’usine Ford de Cologne. C'est dans cette ville qu'il fait ses études de médecine, spécialisées en médecine moléculaire et en immunologie. Özlem Türeci, fille d’un physicien turc ayant émigré en Allemagne, est quant à elle devenue la présidente de la Fédération européenne d'immunothérapie contre le cancer. Ils enseignent tous les deux à l'Université de Mayence.

Dream Team

Qualifié de « dream team » par leur collègue Matthias Kromayer, le couple se rencontre à l’hôpital universitaire de Homburg. Passionnés l’un et l’autre par la recherche médicale, ils rêvent de trouver un remède contre le cancer.

Unis dans la sphère publique comme dans la sphère privée, ils travaillent encore dans leur laboratoire le jour de leur mariage, en 2002. Ils fondent leur entreprise BioNTech en 2008 pour développer des thérapies contre le cancer. Au départ déficitaire, la start-up compte aujourd’hui 1 500 salariés, issus de 60 pays différents.

Elle attire maintenant toutes les convoitises. La Fondation Bill et Melinda Gates y a investi 47 millions d’euros, et l'État allemand 375 millions, afin de soutenir la recherche d'un vaccin contre le Covid-19.

3,5 milliards d'euros pour 2021

Si le vaccin passe les derniers tests, les revenus de leur société pour 2021 sont estimés à 3,5 milliards de dollars, à partager avec leur partenaire de recherche, le géant américain Pfizer. 500 millions de doses de vaccin ont d’ores et déjà été réservées, selon Helmut Jeggle, président du conseil de surveillance de BioNTech cité par les Echos.

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Derrière cette réussite, un travail acharné et une grande ambition. Sortant de son domaine de recherche, Uğur Şahin s’attache à la recherche d’un vaccin contre le nouveau coronavirus dès janvier 2020. Des heures supplémentaires bien rémunérées sont offertes aux équipes de BioNTech, et des prototypes sont rapidement développés. Parmi eux, c’est la formule BNT 132b2 qui est aujourd’hui en tête de liste mondiale.

Une technique novatrice mais pas encore approuvée

Développé à base d’une technique nouvelle, dite de l’ARN messager, ce vaccin n’utilise pas d’agent pathogène dans sa mise au point. La technique consiste en effet à injecter non pas une souche affaiblie du virus, comme c’est le cas pour la rougeole, mais des brins d’instructions génétiques commandant à nos cellules de fabriquer un antigène spécifique au coronavirus.

Le système immunitaire est alors capable d’identifier la pointe si reconnaissable du coronavirus, et de produire des anticorps pour l’empêcher de pénétrer les cellules humaines. La technique a l’avantage d’être plus rapide à développer, mais nécessite un stockage à très basse température. « Cela montre que ce virus peut être contrôlé. En fin de compte, c’est vraiment une victoire de la science », s’est enthousiasmé Uğur Şahin, ce lundi 9 novembre 2020.

Le vaccin doit maintenant être testé à grande échelle sur l’humain avant de pouvoir être homologué et commercialisé. Pour l’instant, aucun vaccin à ARN n’a été approuvé pour l’homme.

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