La biodiversité est-elle nécessaire ?

Depuis des années, scientifiques et écologistes rivalisent de formules imagées pour nous faire prendre conscience des ravages perpétrés par les humains sur l’environnement. La métaphore la plus courante est celle des rivets qui compare l’écosystème à un avion : tout acte de dégradation de l’environnement - la disparition d’une espèce végétale ou animale, par exemple - équivaut à ôter un rivet de l’appareil. Etant donné le nombre important des espèces, cette perte ne produit d’abord aucun effet sensible. Néanmoins, si trop de rivets viennent à manquer, ou en petit nombre seulement mais à des endroits cruciaux, l’avion s’écrase. Ce qu’il faut retenir de cela, c’est qu’il existe des limites au-delà desquelles on court le risque d’un effondrement catastrophique de l’écosystème. D’un point de vue écologique, l’imminence de la catastrophe doit encourager la mise en oeuvre urgente de mesures. Si, pour de nombreux experts, il est devenu évident que la stabilité des écosystèmes dépend, au moins en partie, de la variété des espèces qu’ils contiennent, il reste difficile de prédire à quel moment du processus de disparition des espèces cet effondrement peut survenir. Nous ignorons aussi quels seraient ses critères de définition : faut-il, par exemple, qu’une seule espèce végétale supplante toutes les autres ? ou encore que toute forme de vie disparaisse ?
Face à ces questions une autre métaphore s’impose, celle qui assimile le monde biologique à une tapisserie, chaque acte de déprédation écologique revenant alors à en tirer un fil. Si l’on envisage la situation sous cet angle, il n’existe pas de seuil catastrophique, mais plutôt une “continuité dans la détérioration”, écrivait récemment dans Bioscience Carlos Davidson, biologiste spécialiste de l’environnement de l’Université de Californie à Davis. La riche tapisserie se transformera en “canevas usé jusqu’à la corde, contenant moins d’espèces, moins d’espaces naturels, révélant moins de beauté et des écosystèmes moins productifs”.
Cette métaphore ne reflète pourtant pas tout à fait la situation. Si la détérioration de la nature par l’homme est aussi importante que l’affirment nombre de scientifiques, alors la tapisserie n’est pas seulement abîmée. Elle a été en réalité retissée, ses motifs ont été radicalement modifiés, ses couleurs redistribuées et sa texture remaniée. Si l’on peut superficiellement se satisfaire de cette nouvelle configuration, fondamentalement elle apparaît plus simple, plus terne et moins parfaite que l’originale.
Selon les estimations, les espèces sauvages disparaissent à un rythme 100 à 1 000 fois supérieur à la normale. Partout dans le monde, on substitue un nombre considérable d’espèces végétales et animales plus résistantes à des variétés locales plus fragiles. L’utilisation excessive d’engrais et la combustion des énergies fossiles ont plus que doublé la quantité d’azote dans l’environnement. L’injection puissante de cet engrais naturel accélère le développement des algues et des plantes aquatiques, et il permet également à certains végétaux de prospérer en éliminant d’autres espèces.

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