«Bientôt les jours heureux», parties de légendes dans l’herbe

Libération.fr

Coupé en deux, le second film d’Alessandro Comodin est un superbe conte morcelé où traqueurs et traqués se mêlent dans une sensualité moite.

Deux jeunes hommes s’étreignent dans une lutte. L’un tient le cou de l’autre : «Je te tue de mes mains !» De cette déclaration pourtant, ni vérité, ni fureur, ni stigmate à la gorge ; au mieux un jeu électrique et affectueux entre les deux, un rappel à Tadzio qui se bisbille avec un ami sur le sable de Mort à Venise. Le lien peut s’arrêter là, car quand bien même Alessandro Comodin est originaire d’une petite ville du Frioul, son nouveau film, Bientôt les jours heureux,découvert à Cannes voilà un an, flirte étonnamment plus avec la féérie cinématographique d’un Apichatpong Weerasethakul ou d’un Miguel Gomes (entre autres…) - le film, dans un gimmick quelque peu usé et néanmoins toujours charmeur, se scinde d’ailleurs en deux temps distincts, façon Tropical Malady ou Ce Cher Mois d’août.

Affût

Arturo et Tommaso portent quasi seuls la première partie du récit : deux jeunes hommes traqués. Avant leurs chamailleries au cœur de la forêt, on les trouve dans une fuite effrénée, capturée par un travelling sophistiqué où les garçons coupent à l’horizontale une pente d’herbes hautes. Ils se délestent de leurs manteaux comme d’une peau à tissu lourd de potentiel gibier. L’instant coule gracieusement et porte la hardiesse d’une métamorphose sans effets spéciaux, déplacement magistral placé au seuil du film comme une lettrine. Des plans plus bruts vont lui succéder, majoritairement en caméra portée, en filature des personnages. Le court documentaire Jagdfieber («la fièvre de la chasse», 2008), que Comodin avait tourné en film de fin d’études, porte cet aplomb-là. Il suit un jeune chasseur serti d’un fusil, à l’affût et aux joues creusées de spasmes, gardant ses yeux écarquillés d’attention. On ne sait plus très bien s’il chasse ou se méfie d’être chassé. La traque façonne ce visage gelé par la peur mêlée de convoitise, l’allure d’une bête aux (...)

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