"Biens mal acquis" gabonais : une enquête dans les méandres du patrimoine français de la famille Bongo

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Quinze ans après la première plainte, le volet gabonais du dossier des biens mal acquis en France a connu récemment une avancée décisive avec de premières mises en causes parmi les enfants du défunt président Omar Bongo Ondimba.

Qui est mis en cause dans la famille Bongo ?

La justice française soupçonne plusieurs membres de la famille d'avoir "sciemment" bénéficié d'un important patrimoine immobilier "frauduleusement" acquis en France par le patriarche, président du Gabon de 1967 jusqu'à sa mort en 2009.

Quatre des 54 enfants d'Omar Bongo, Grâce, Betty, Arthur et Hermine, ont été mis en examen entre le 25 mars et le 5 avril. Ils ont contesté avoir eu connaissance du caractère frauduleux de cette fortune.

Dans une ordonnance de février, le magistrat financier Dominique Blanc identifiait sept autres enfants ayant "bénéficié (de ces) importants financements".

Au premier rang, l'actuel président gabonais et fils d'Omar, Ali Bongo, pour lequel sont listés des "biens mobiliers de luxe et immobiliers", mais aussi des parts dans des immeubles acquis par son directeur de cabinet d'alors M. Maixent Accrombessi.

L'Etat gabonais a aussi acquis sous sa présidence et "à des fins privées", un immeuble d'une superficie de plus de 5.000m² dans le huppé VIIe arrondissement parisien, écrit le magistrat.

Chef de l'Etat en exercice, Ali Bongo bénéficie d'une immunité et ne risque donc pas de poursuites dans l'immédiat.

Dans le viseur également, la fille Pascaline Bongo, ex-ministre et directrice de cabinet de son père, qui s'occupe aussi selon le magistrat de "cogérer la holding" qui administre la fortune du défunt père.

Interrogé jeudi sur ces soupçons ainsi que sur ces mises en examen récentes, Jessye Ella Ekogha, porte-parole de la présidence gabonaise, n'a pas fait de commentaire.

Quel patrimoine en France ?

La valeur de l'ensemble du patrimoine "financéee par Omar Bongo (...) est estimée à au moins 85 millions d'euros", estime l'ordonnance de février: hôtel particulier à Paris, villa à Nice, immeubles ou appartements dans les beaux quartiers, véhicules de luxe, etc.

Nombre de ces biens ont été saisis par la justice, encore récemment: le 4 avril, une ordonnance a demandé la saisie d'un appartement dans le XVe arrondissement de Paris, estimé à environ 750.000 euros et appartenant à Betty Bongo.

En cas de procès puis de condamnation, ces biens pourraient être définitivement confisqués par la justice française, et entrer dans le mécanisme adopté en juillet de restitution "au plus près de la population de l'Etat étranger concernée" de ces avoirs saisis dans ces affaires de "biens mal acquis".

D'où vient l'argent qui a financé ce patrimoine ?

Dans son ordonnance de février, le juge Dominique Blanc est cinglant: la "fortune immense" de la famille Bongo est "sans rapport aucun avec les émoluments dont pouvait se prévaloir (le défunt président) au titre de ses fonctions de chef d'Etat", soit 15.000 euros mensuels.

La constitution gabonaise, remarque-t-il, rend incompatible cette fonction de président avec "l'exercice de toute autre fonction publique et activité privée à caractère lucratif".

Pour le magistrat, "il est établi" par le jugement de l'affaire Elf, dont les condamnations sont définitives depuis 2007, et "par les investigations" qu'il mène, que cette fortune alléguée "provenait en grande partie des commissions indues que lui versait la société" pétrolière absorbée par Total.

Le procès Elf avait pointé la chaîne de profiteurs qui s'étaient enrichis sur le dos du groupe pétrolier et mis à jour la rétribution directe de dirigeants africains, dont Omar Bongo, pour exploiter le pétrole de leurs pays.

"Plusieurs cadres dirigeant d'Elf" interrogés dans l'actuelle procédure ont réitéré leurs accusations, souligne Dominique Blanc.

La justice française retient en outre un rapport d'une sous-commission d'enquête sénatoriale américaine de novembre 1999 qui faisait état de comptes détenus par Omar Bongo à la Citibank.

L'un d'entre eux, établi au Bahamas dès 1985, aurait été garni de plus de 130 millions de dollars.

L'Etat gabonais, qui vient de faire appel du retrait de son statut de victime dans cette procédure, a indiqué par ses avocats qu'il "ne conteste pas (...) l'existence des délits objets de cette procédure".

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