Biennale de Venise: la part belle aux artistes femmes, aux collectifs et aux minorités

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Cette année, 80 pavillons nationaux pavoisent au centre de la plus grande manifestation d'art au monde, la Biennale d’art contemporain de Venise. Plus de 200 créateurs, originaires 58 pays, 80 % de femmes, ont été conviés par la commissaire Cecilia Alemani. Une vitrine artistique monstre et unique en son genre à voir cette année exceptionnellement jusqu'au mois de novembre 2022.

De notre envoyée spéciale à Venise,

Parmi les biennales qui rythment le monde de l’art, celle de Venise est à part. C'est l'équivalent sportif des Jeux olympiques. Une compétition de haut niveau de talents venus du monde entier. Une vitrine pour les plus confirmés, un tremplin pour les plus jeunes. La commissaire Cecilia Alemani a décidé de faire bouger les lignes de la grande histoire de l'Art, en donnant une place inédite aux femmes dans l’exposition colossale qui s’articule dans l’Arsenal et dans les célèbres Giardini, les jardins.

Les collectifs, les minorités, les moins bien dotés sont à l'honneur. Cette année, de nouveaux pays font leur entrée dans cette cour des grands comme le Cameroun, la Namibie, le Népal, l'Ouganda, Oman, le Kazakhstan ou l'Ouzbékistan ; car la Biennale de Venise, c'est aussi pour les États l'occasion de mettre en avant une scène artistique dans des pavillons confiés à des artistes nationaux. Les pays les plus riches ou les plus anciens (la Biennale date de 1895) ont pignon sur rue dans les Giardini. Les autres trouvent des lieux d'accueil dans toute la ville.

Cette année, les Pays-Bas ont quitté les jardins pour offrir leur espace à l'Estonie, les pays nordiques se sont effacés pour laisser leur place aux Samis, peuple autochtone de l'Arctique. Le pavillon polonais est entièrement occupé par les grandes tapisseries de l’artiste rom Malgorzata Mirga-Tas. Le pavillon russe est resté fermé, les artistes ayant démissionné lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. La guerre en Ukraine, aux portes de l'Europe, est symbolisée au sein des Giardini par un grand espace central vide fait de bois brûlé et d’un monticule de sacs de sable.

Que voir dans les Giardini ?

Le pavillon américain fait dans l’impressionnant. Une gigantesque sculpture noire en forme de totem ou de fétiche relie les deux ailes du bâtiment aux allures de case. L’exposition « Sovereignty » de Simone Leigh, donne à voir des représentations sculpturales et monumentales de femmes noires héritées de la tradition africaine.

Représentant la Grande-Bretagne, Sonia Boyce, figure « du mouvement de l’art britannique noir », met en musique un parcours rythmé par des chanteuses sur grands écrans.

Dans le pavillon français, l’ambiance est aussi musicale, on y danse aussi. Zineb Sedira a conçu une scénographie originale, un décor de cinéma inspiré des films des années 1970/80, pour parler des liens cinématographiques entre la France, l’Algérie et l’Italie dans la période post décolonisation. Le film -qu’elle a réalisé à partir d’archives et de souvenirs personnels et dans laquelle elle joue- raconte son identité, née en France de parents algériens, vivant en Angleterre depuis 25 ans, mais aussi ses liens artistiques ou amicaux. De l’intime au sein de la grande histoire.

A écoute aussi Exposition: l'artiste Zineb Sedira représente la France à la Biennale de Venise

La question politique est encore présente dans le pavillon canadien. Stan Douglas expose à travers quatre grands tirages photographiques en couleurs les soubresauts du monde. Son projet 2011#1848 se veut le reflet de deux années de révoltes en Europe et ailleurs, des Printemps arabes au mouvement Occupy né à New York.

Au chapitre des installations choc, le pavillon danois propose des sculptures hyperréalistes de centaures morts signées Uffe Isolotto, entre registre mythologique et gore. Aussi glaçant que bluffant.

La mythologie est tout autant en vedette au pavillon grec où le projet de Loukia Alavanou, revisite en images immersives l’histoire d’Œdipe, à travers des personnages joués par des Roms.

Un monde en train de disparaitre

Dans le pavillon brésilien, on joue avec les mots et les images. La porte d’entrée est un pavillon d’oreille géant ! Le pop art côtoie le surréalisme de Jonathas de Andrade

La palme de la fantaisie loufoque revient au duo d’artistes du pavillon autrichien Jakob Lena Knebl et Ashley Hans Scheirl pour leur univers kitsch et coloré. Mais le travail qui interpelle est sans doute celui de Francis Alÿs, artiste invité du pavillon belge. Une douzaine de grands panneaux vidéos sonorisées répertorie, collecte, des jeux d’enfants en plein air sur tous les continents, un monde en train de disparaître. Car les petits d’hommes n’occupent presque plus les espaces publics, la faute aux espaces de vie rétrécis des villes, aux voitures, aux craintes des parents et au numérique qui crée des modes virtuels de communication et modifie de façon presque anthropologique les nouvelles générations.

« The milk of dreams », c’est le titre de cette édition choisie par Cécilia Alemani, une référence au livre homonyme de Leonora Carrington artiste surréaliste, peintre et romancière britannique qui avait fui l’Europe pour le Mexique en 1942. Un livre de contes pour enfants qu’elle dessina sur les murs de sa maison mexicaine pour ses deux fils Pablo et Gabriel. Chimères, métamorphoses, fusion homme et animal, danger. Un point de départ à une réflexion artistique sur l’identité, la fragilité du monde et de l’homme face à la technologie autant que sur le pouvoir du merveilleux.

La Biennale de l’art de Venise irrigue toute la ville, dans de nombreux lieux et galeries, tandis que plusieurs grands musées présentent des expositions consacrées à des artistes de renommées mondiales.

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