Dans les bidonvilles de Nouméa, le confinement aggrave la pauvreté

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Les habitants des "squats", sortes de bidonvilles de Nouméa et sa périphérie, subissent de plein fouet les conséquences sociales et économiques du confinement strict mis en place depuis un mois en Nouvelle-Calédonie pour affronter la flambée brutale du Covid-19.

Muni d'un mégaphone, Marcel Toyon et une dizaine de bénévoles de l'association Action solidaire arpentent le squat de Fort Tereka tout au bout de la presqu'île de Nouville, à Nouméa.

Dans ce quartier isolé vivent habituellement 83 familles océaniennes dans des cabanes construites avec des tôles et des matériaux hétéroclites. Aujourd'hui, l'association, née en 2020 au tout début de la pandémie, distribue des masques et des attestations de déplacement.

"On a aussi beaucoup de demandes de nourriture, c'est le deuxième confinement cette année, il y a des familles qui commençaient à peine à se remettre, et patatras", confie le bénévole, en allusion au confinement de mars dernier, qui avait empêché la propagation du virus.

Cette fois, le très contagieux variant Delta s'est depuis le 6 septembre répandu comme une trainée de poudre sur le Caillou, qui traverse une crise sanitaire sans précédent. Plus de 8.500 cas recensés et 165 morts en un mois. Le confinement de la population a été prolongé vendredi jusqu'au 17 octobre.

- Pour manger, on "se débrouille"-

Selon le dernier recensement de 2019, 3.850 personnes résident dans la cinquantaine de squats de la capitale et de sa banlieue. Mais en cette période d'épidémie, ils sont nombreux à y avoir trouvé refuge. Des familles qui n'ont pu rejoindre leur domicile en Brousse ou dans les îles, faute de transport, et aussi des enfants, dont les parents occupent des appartements exigus et qui ont des proches en squat.

"Ici, on a plus d'espace, j'emmène les petits faire le champ, ils sont mieux que chez eux ", témoigne Norbert, un grand-père originaire d'Ouvéa, qui veille sur 5 de ses petits-enfants.

Environ 42% des occupants de ces cabanes déclarent une activité, mais il s'agit la plupart du temps d'emplois précaires, premiers à être supprimés en cette période de ralentissement de l'activité. Juliette travaille dans les espaces verts et n'a plus aucun contrat depuis le début du confinement. Elle "se débrouille avec le champ" qu'elle entretient derrière sa cabane et des colis alimentaires distribués par des associations.

Les problèmes récurrents d'électricité - la grande majorité des foyers étant alimentés par des générateurs - et d'eau, rarement disponible au robinet, ressortent. Le gouvernement a fait livrer en urgence cette semaine des cuves de 3.000 litres dans deux squats qui ne sont pas approvisionnés.

- 20% sous le seuil de pauvreté -

"On est en 2021, de l'autre côté de la route il y a un magasin, mais ici il n'y a pas d'eau, se désole Vaimua Muliava, membre du gouvernement chargé de la solidarité. On doit s'interroger sur la précarité et l'équité. Toutes ces questions ressurgissent et deviennent exponentielles pendant le confinement", reconnaît-il.

Alors que les écoles sont fermées, les enseignants ont imprimé la continuité pédagogique sur papier pour les familles qui ont difficilement accès au numérique. Mais toutes ne sont pas venues chercher les devoirs, notamment faute de transports.

"Beaucoup de gens ici n'ont pas de véhicule. Or, il n'y a quasiment plus de bus qui circulent. On a recensé tous les enfants pour transmettre les besoins au vice-rectorat, mais c'est sûr que certains passeront entre les mailles du filet", s'inquiète Marcel Troyon. Selon une récente étude de l'ISEE, l'institut local de la statistique, un Calédonien sur 5, soit près de 50.000 personnes, vit sous le seuil de pauvreté.

cm/cs/pb

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