Biden veut renouer avec ses priorités, éclipsées par le chaos Trump

Francesco FONTEMAGGI
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Le président élu des Etats-Unis Joe Biden tente jeudi, au lendemain de la mise en accusation de Donald Trump, de reprendre la main en détaillant les priorités des cent premiers jours de son mandat, qui risquent d'être éclipsées par le procès contre son prédécesseur.

J-6: le démocrate sera investi le 20 janvier, dans une ville de Washington transformée en camp retranché depuis l'assaut meurtrier contre le Capitole donné la semaine dernière par des partisans du président sortant républicain.

Il est désormais urgent pour Joe Biden de renouer avec son programme, après une semaine qui a ébranlé la première puissance mondiale.

Dans la soirée, il doit présenter, depuis son fief de Wilmington, dans le Delaware, une série de "projets législatifs pour financer les vaccinations et apporter une aide immédiate et directe aux familles", face à la pandémie et à la crise économique, selon son équipe de transition.

Il doit en profiter pour lancer "un appel" à son camp démocrate et à ses adversaires républicains afin "d'adopter ses propositions rapidement au Congrès".

- Promesse de "réconciliation" -

Dès mercredi soir, au terme du vote qui a valu à Donald Trump le titre peu glorieux de premier président américain visé par un deuxième "impeachment", Joe Biden avait demandé au Sénat de concilier "le procès en destitution" et l'avancement des "affaires urgentes de la nation".

"Cette nation reste sous la menace d'un virus mortel et d'une économie vacillante", a-t-il alerté, alors que le pays continue de battre des records de décès quotidiens du Covid-19 et pourrait franchir d'ici son entrée en fonctions la barre des 400.000 morts.

Le futur président a aussi laissé filtrer sa préoccupation de voir un Congrès accaparé par le procès de Donald Trump pour "incitation à l'insurrection" reléguer au second plan les auditions de confirmation des membres de son gouvernement, indispensables pour lui permettre de passer rapidement à l'action.

Et le climat d'affrontement partisan qui pourrait accompagner les débats menace aussi la promesse de "réconciliation" et "rassemblement" du candidat Biden.

Car maintenant que l'"impeachment" a été voté à la Chambre des représentants, par les démocrates mais aussi, fait notable, dix députés républicains, la suite de la procédure reste très incertaine.

La présidente de la chambre basse, Nancy Pelosi, n'a pas encore dit quand elle entend transmettre l'acte d'accusation à la chambre haute, chargée du procès par la Constitution.

Et le Sénat, qui passera le 20 janvier sous contrôle démocrate, ne va pas se réunir avant le jour précédent. La date du procès n'est pas fixée.

- Camp républicain fissuré -

Même si l'accusé sera désormais un ex-président, et que l'enjeu de le chasser du pouvoir aura donc disparu, un tel procès risque de capter toute la lumière médiatique.

D'une part, car "si le président est reconnu coupable, il y aura un autre vote pour lui interdire d'être à nouveau candidat", a prévenu mercredi Chuck Schumer, qui s'apprête à prendre les rênes de la majorité démocrate au Sénat.

D'autre part, car contrairement au procès en destitution d'il y a un an dans l'affaire ukrainienne, quand les républicains avaient fait bloc derrière leur président, cette fois l'unité de la droite est déjà fissurée -- nombre de ses représentants ayant tourné définitivement le dos à l'ex-homme d'affaires depuis les violences du Capitole, qui ont fait cinq morts.

A tel point qu'une condamnation de Donald Trump, bien que loin d'être assurée, n'apparaît plus impossible.

L'influent chef de file des sénateurs républicains Mitch McConnell a fait savoir publiquement qu'il n'excluait pas de voter la condamnation.

Cet habile stratège sait qu'un signal de sa part en ce sens pourrait aider le parti républicain à tourner définitivement la page Trump.

Le président sortant, qui a refusé obstinément jusqu'au chaos de la semaine dernière de reconnaître que Joe Biden entrerait à la Maison Blanche le 20 janvier, rêvait de continuer à peser sur Grand Old Party, voire de se représenter en 2024.

De plus en plus isolé alors qu'il s'apprête à se retirer dans sa propriété de Mar-a-Lago, en Floride, il tente ces derniers jours de rassurer en lançant des appels au calme et en se démarquant de ses partisans à l'origine des violences du 6 janvier.

D'autant que les services de sécurité sont sur les dents face à la menace de nouvelles manifestations à Washington et dans d'autres villes du pays, ce week-end et lors de la prestation de serment du démocrate, sur les marches d'un Capitole barricadé.

fff/la