"Un bicot ça ne nage pas": émoi après les trois jours d'exclusion demandés contre un policier

F.B.
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Police (illustration)  - AFP
Police (illustration) - AFP

Des avocats ont dénoncé ce mercredi la faiblesse de la sanction disciplinaire - trois jours d'exclusion - recommandée contre un policier des Hauts-de-Seine qui avait déclaré, lors d'une interpellation d'un Égyptien en avril, qu'"un bicot comme ça, ça ne nage pas".

Pour l'avocat de l'interpellé, Arié Alimi, "cette proposition, c'est une réelle impunité, un laxisme, qui confirme un racisme systémique (...) un racisme d'Etat dans la police". "Trois jours d'exclusion, c'est vraiment ridicule", a-t-il dénoncé auprès de l'Agence France-Presse (AFP).

"3 jours d'exclusion ? Ah oui ça rigole pas le conseil de discipline de la police", a ironisé sur Twitter Me Yassine Bouzrou, qui défend notamment la famille d'Adama Traoré.

La décision finale attendue

La recommandation émane du conseil de discipline de la préfecture de police de Paris, une instance paritaire qui réunit administration et syndicats. La décision finale doit être prise au niveau de la Direction générale de la police nationale.

Contacté par l'AFP, un syndicaliste policier des Hauts-de-Seine, qui a été plusieurs années élu au conseil de discipline, juge, lui, la "sanction proportionnée", estimant qu'elle "marque le coup" après des "propos condamnables".

"Un jeune collègue qui prend trois jours, ça va entraîner trois ans d'exclusion sur les tableaux d'avancement, ça paraît une sanction proportionnée", a-t-il déclaré sous couvert de l'anonymat.

Le 26 avril vers 1h30 du matin, des policiers avaient interpellé à l'Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) un homme soupçonné de vol de matériel sur un chantier et qui avait tenté, selon des sources policières, de prendre la fuite en se jetant dans la Seine.

Un procès à venir en mars

"Un bicot comme ça, ça nage pas", déclarait un des policiers selon une vidéo diffusée par le journaliste du média en ligne Là-bas si j'y suis, Taha Bouhafs, et visiblement filmée après que les fonctionnaires ont sorti l'homme du fleuve. "Ha! ha! ça coule, tu aurais dû lui accrocher un boulet au pied", pouvait-on également entendre.

Comme annoncé par le préfet de police de Paris Didier Lallement, les deux policiers avaient été suspendus huit mois --une mesure conservatoire qui ne correspond pas à une sanction--, puis réintégrés début décembre à leur commissariat.

Pour ces faits, l'un d'eux, qui fait partie des effectifs de nuit de la Direction territoriale de la sécurité publique des Hauts-de-Seine, devra répondre d'injures racistes devant le tribunal correctionnel de Bobigny en mars.

Pour l'avocat de l'interpellé, il y aurait dû avoir, sans attendre, une sanction disciplinaire lourde. "Lorsqu'il y a des propos racistes, s'il n'y a pas de révocation, (c'est que) l'Etat favorise le racisme dans la police", a ajouté Me Alimi, qui affirme par ailleurs que son client a subi des violences pendant son interpellation.

Article original publié sur BFMTV.com