Biélorussie : des pages Facebook kurdes ont incité des migrants à se regrouper pour passer en Pologne

·4 min de lecture

Plusieurs centaines de migrants, dont de nombreux Kurdes irakiens, se sont rassemblés pour traverser la frontière entre la Biélorussie et la Pologne le 8 novembre 2021. Des images largement relayées montrent le groupe s'approcher du poste-frontière. Si la Biélorussie favorise ouvertement le passage de migrants vers l’Union européenne depuis l’été, notre rédaction a identifié des appels à se rassembler, relayés quelques jours auparavant sur des pages Facebook qui encouragent les Kurdes à partir pour l'Europe via la Biélorussie, malgré la dangerosité de cette route migratoire.

Des vidéos montrant une colonne formée par plusieurs centaines de migrants le long de la route menant au poste-frontière de Kuznica-Bruzgi ont été largement partagées sur Facebook, Twitter et Telegram le 8 novembre 2021.

La vidéo a été publiée sur la page Facebook Halgord Omar Presse le 8 novembre 2021.

Depuis août 2021, des migrants traversent tous les jours par petits groupes les frontières de la Biélorussie en direction de la Pologne et de la Lituanie. C'est cependant la première fois qu'un si grand nombre de personnes tentent de traverser en une seule fois.

>> VOIR SUR LES OBSERVATEURS : Pologne-Biélorussie : piège en forêt pour les migrants

La Biélorussie est accusée par l'Union européenne d'instrumentaliser ce flux de migrants pour des raisons politiques. L'UE a notamment imposé des sanctions contre le régime du président Alexandre Loukachenko après l'élection présidentielle contestée d'août 2020 et la violente répression des manifestations qui ont suivi.

Cette vidéo filmée depuis un hélicoptère a été publiée par le compte Twitter du ministère polonais de la Défense.

Une traversée qui se préparait depuis plusieurs jours ?

Mais quelques jours avant la tentative de traversée, des appels à se rassembler avaient été partagés sur plusieurs pages Facebook kurdes. Ils s'adressent aux migrants présents en Biélorussie.

Le 6 novembre 2021, une page intitulée Ranj Pzhdary Journalist a partagé la vidéo d'un migrant appelant les jeunes réfugiés de Biélorussie à se réunir "demain entre midi et 15 h pour se diriger vers la frontière".

Dans la légende de la vidéo, il indique un lien vers une carte Google Maps, qui renvoie vers une station-service située à deux kilomètres du poste frontière de Kuznica-Bruzgi. C'est là qu'ont été filmées plusieurs vidéos du regroupement de réfugiés tentant la traversée.

La publication a été vue 195 000 fois, et a récolté plus de 1 500 commentaires. La vidéo a ensuite été relayée dans la chaîne Telegram d'opposition biélorusse Nexta TV.

La station-service se situe bien à quelques encablures de la frontière.

Le 7 novembre, une page intitulée Kurdisch News a publié un montage vidéo où l'on peut voir des familles arriver par la même station-service, puis une carte indiquant un endroit dans la forêt près de la route M6, qui mène au poste de frontière.

La traversée semblait donc se préparer depuis plusieurs jours : comme l'a indiqué le journaliste d'opposition biélorusse Tadeusz Giczan sur Twitter, Kurdisch News précise dans une publication du 5 novembre qu'une réunion des réfugiés aura lieu le lendemain devant le centre commercial Galeria à Minsk, pour décider d'une date pour aller à la frontière avec la Pologne.

Si l'on regarde de plus près ces deux pages Facebook, on peut voir que la plupart des publications ont trait à la migration vers l'Europe. Certaines publications minimisent la difficulté de la traversée : un post de Kurdish News du 14 octobre incite à ne pas écouter ceux qui disent qu'il n'y a pas de route, qu'il fait mauvais et froid et que les migrants risquent d'être battus. Les deux pages proposent de rejoindre des groupes Telegram pour obtenir des informations sur la traversée.

Selon l'onglet "Page transparency" de Facebook, ces deux pages ont été créées en 2019, bien avant même le début de la crise migratoire aux frontières de la Biélorussie. Elles sont animées par des personnes situées en Allemagne, en Irak et en Grèce.

Le 8 novembre, l'Union européenne et les États-Unis ont appelé la Biélorussie à mettre fin à ce qu'ils ont appelé un "flux orchestré" de migrants. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a appelé l'Union à imposer de nouvelles sanctions contre la Biélorussie. Le porte-parole du gouvernement polonais, Piotr Muller, a lui accusé les services secrets biélorusses d'être derrière la tentative de traversée. De son côté, le président biélorusse Alexandre Loukachenko a nié les accusations à l'encontre de son régime.

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles