Biélorussie: «Aidez-nous pour que Loukachenko ne transforme pas notre pays en camp de concentration»

·4 min de lecture

Veronika Tsepkalo est l'une des lauréates du prix Sakharov, pour la liberté de l'esprit, décerné cette année à l'opposition biélorusse par le Parlement européen. Militante politique, elle a décidé de représenter son mari, Valery, lors des rassemblements de campagne de Svetlana Tikhanovskaïa. Valery Tespkalo s'était vu refuser l'autorisation de participer à l'élection présidentielle et avait dû quitter le pays avec leurs enfants, craignant pour leur sécurité. Entretien.

RFI : Dans quelles conditions vivent les prisonniers politiques en Biélorussie ?

Veronika Tsepkalo : Les personnes sont détenues dans des conditions horribles, beaucoup de gens sont placés dans une même cellule, au lieu de 5-6 personnes, il y a 10-15 personnes (par cellule)...et même si une personne a le Covid-19, ils s'en fichent, ils mettent des personnes en bonne santé avec cette personne contaminée. Nous sommes aussi informés de cas de torture, de faits de viols sur des femmes et des hommes. Certaines femmes ont été placées dans des cellules spécifiques où il n'est pas possible de s’asseoir ou de s'allonger, il n'est que possible d'être debout. Les détenus sont battus violemment et il n'y a pas d'assistance médicale qui est fournie dans les prisons. Ceci est inacceptable et nous souhaitons que la communauté internationale soit au courant de ce qui se passe en Biélorussie en matière de violations de droits de l'homme. S'il vous plaît, aidez-vous. Nous devons nous débarrasser du régime d'Alexandre Loukachenko au plus vite parce que sinon il transformera notre pays en camps de concentration.

►À lire aussi :Présidentielle en Biélorussie: l'indétrônable Loukachenko défié par trois femmes

Comment voyez-vous le mouvement de contestation évoluer ? Loukachenko ne montre pas de signe de vouloir quitter le pouvoir après plus de 4 mois de mobilisation. Voyez-vous une lumière au bout du tunnel ?

Définitivement, je vois une lumière au bout du tunnel. Parce que ce n'est pas possible de diriger un pays, d'être le président d'un pays avec 3 % de sympathisants. Lors de l'élection présidentielle, nous pensons que Loukachenko a reçu 10 à 15 % de voix en sa faveur. Mais avec ce qui s'est passé après le jour de l'élection, nous pensons que son taux de popularité a beaucoup baissé, et que ce taux avoisine aujourd'hui les 3 %.

Je ne pense pas que les manifestations vont diminuer ou disparaître parce qu'il y a eu une révolution dans l'esprit des gens. Il n'y a pas de retour en arrière. Nous savons que les manifestants ne vont pas abandonner notre rêve de nous libérer d'une dictature, parce que nous voulons que nos enfants grandissent dans un autre pays, un pays libre, un pays démocratique, où vous n'avez pas peur de vous lever le matin.

Les sanctions imposées par les Européens à Alexandre Loukachenko et à ses alliés ne semblent pas porter leurs fruits. Qu'est-ce que l'Europe peut faire de plus ?

Nous apprécions déjà tout ce que fait l'Europe pour la Biélorussie. En effet, la Biélorussie n'étant pas membre de l'Union européenne nous avons besoin d'obtenir un visa européen. Certains pays ont ouvert des corridors humanitaires pour les citoyens biélorusses, pour leur permettre d'échapper au régime, spécifiquement pour ceux qui pensent qu'ils risquent d'être arrêtés. Ensuite, oui vous avez établi une liste de personnes sanctionnées, mais nous souhaiterions que vous allongiez cette liste de sanctions, parce que 46 personnes sur cette liste, ce n'est pas assez. Il devrait y avoir sur cette liste toutes les personnes qui sont responsables de la falsification de l'élection ou qui sont responsables des violations des droits de l'homme. Et aussi peut-être imposer des sanctions à l'encontre d'entreprises qui par exemple licencient leurs employés (parce qu'ils participent aux manifestations). Et aussi, nous vous demandons de nous aider financièrement parce que vous savez, avec ce qui se passe avec l'économie de la Biélorussie, notre PIB chute à cause de la situation liée au Covid-19, à cause de la situation liée à la révolution, notre économie ne va pas bien et la situation va encore empirer, donc une aide financière serait vraiment très appréciée aussi.

Que représente le prix Sakharov pour vous ?

Le prix Sakharov c'est une reconnaissance de notre combat, une reconnaissance de la volonté du peuple biélorusse. Pour nous, cela veut dire que vous comprenez nos souffrances, vous nous soutenez et merci beaucoup pour cette récompense. C'est un grand honneur pour nous. Et j'aimerais dédier ce prix à tous les citoyens biélorusses, à toutes nos femmes et nos hommes courageux qui manifestent dans les rues et se battent pour notre démocratie, pour notre futur.