Bertrand, Pécresse, Ciotti, Juvin... À droite, embouteillage de candidats à la présidentielle

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Les prétendants déclarés ou pressentis à droite avant la primaire.  - BFMTV
Les prétendants déclarés ou pressentis à droite avant la primaire. - BFMTV

"Je vous rassure: à titre personnel, je ne suis pas candidat. Un des rares." La boutade de Damien Abad - député élu dans l'Ain et président du groupe "Les Républicains" à l'Assemblée nationale - sur notre antenne ce jeudi matin, dissimule mal l'embarras de sa famille politique. À huit mois de la présidentielle, la droite ne sait toujours de quoi demain sera fait pour elle, mais sait déjà qu'à cette croisée des chemins, c'est un embouteillage d'ambitions qui l'attend. Un embouteillage dont elle peut autant craindre une collision que la voie de garage. Davantage qu'une autoroute vers la victoire en tout cas.

Ainsi, entre les candidatures LR et celles venues des marges du parti, il y a pléthore de prétendants - déclarés ou non - au scrutin suprême à droite. Ce jeudi matin, c'est le député élu dans les Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, qui a annoncé sa candidature à la primaire de la droite au micro de notre journaliste Jean-Jacques Bourdin.

"Oui, je l’ai décidé. Je serai candidat à la primaire de la droite pour désigner notre candidat commun, pour sortir notre pays de la pente du déclin, redonner un espoir à cette France qui décline", a-t-il lancé.

3 - bientôt 4 - déjà dans la danse et la piste est bondée

Il est le troisième aspirant officiel, après la présidente du Conseil régional d'Île-de-France, Valérie Pécresse, et le médecin urgentiste Philippe Juvin, maire de La garenne-Colombes. Xavier Bertrand? Lui aussi, oui, a déclaré ses intentions on ne peut plus clairement mais a d'ores et déjà décidé de passer outre la compétition interne pour "aller à la rencontre des Français", selon l'expression consacrée.

Suivra ce soir l'ex-négociateur européen pour le Brexit Michel Barnier, qui a promis fin mai sur BFMTV de "prendre (sa) part au débat présidentiel", et qui doit, selon nos informations, annoncer sa candidature sur TF1. Derrière lui, on distingue encore les ombres plus ou moins consistantes ou insistantes du président du Conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez, qui a confié cet été au Figaro Magazine "vouloir tenter jusqu’au bout cette chance de pouvoir rassembler", ou encore Bruno Retailleau, patron des sénateurs LR, qui n'a cessé de pousser à la tenue de la primaire.

On ajoutera à ce palmarès les noms du président du Sénat, Gérard Larcher, pressé à coups de tribunes, et de David Lisnard, le maire de Cannes, qui a glissé à L'Opinion le 15 août qu'il pourrait bien concourir "comme d'autres".

Des favoris en marge

Celui-ci est de plus emblématique d'un des vertiges qui saisit la droite au moment d'aborder cette dernière ligne droite avant la présidentielle. Elle ne paraît pas en mesure de puiser sa force et son élan dans l'ossature LR. David Lisnard a fondé son propre mouvement en juin dernier, "Nouvelle Energie", sans pour autant quitter le vaisseau-amiral. Valérie Pécresse, quant à elle, a mis les voiles au printemps 2019, voguant désormais sous son pavillon "Libres!". Et Xavier Bertrand est lui aussi indépendant de la maison-mère et ce, depuis décembre 2017.

Et ce sont ces deux derniers électrons libres qui font figure de favoris pour représenter leur camp à la présidentielle. Ce qui n'en dit pas si long, d'ailleurs, sur leurs chances de l'emporter à l'élection. Dans le sondage Harris Interactive paru mercredi dans Challenges, le Nordiste est crédité de 16% des intentions de vote, perdant un point par rapport à la mesure précédente réalisée en juillet, pourcentage récupéré par Valérie Pécresse qui plafonne pourtant à 13%.

De tous les côtés, la machine à perdre

Loin, bien loin, des 26% et 25% respectivement dévolus dans ce schéma à Marine Le Pen et Emmanuel Macron. S'ils se présentaient simultanément - hypothèse qui n'a rien d'aberrante vu que Xavier Bertrand devrait se refuser à la primaire -, l'homme des Hauts-de-France totaliserait 11% selon cet instantané, contre 8% pour sa rivale.

Une perspective dont Damien Abad a fait le repoussoir absolu ce jeudi sur notre chaîne.

"À la fin (du processus de désignation, NDLR), on sait qu’il faudra qu’il n’en reste qu’un. On aura certainement d’autres déclarations de candidature dans le week-end parce que c’est le moment où chacun doit s’exprimer. Peu importe qu’on ait quatre, cinq ou six candidatures, l’enjeu c’est qu’on en ait qu’une seule, pas trop tard, pour qu’on soit dans le match face au président de la République et face à madame Le Pen".

La primaire, alors, s'imposerait donc pour écarter la machine à perdre? Damien Abad lui-même ne doit pas en être tellement convaincu, lui qui roule pour Xavier Bertrand, tout en jugeant la candidature d'Eric Ciotti "sérieuse, crédible".

"Damien Abad a dit lui-même l’impasse dans laquelle LR est en train de se placer parce que d’un côté il dit : ‘Il faut absolument un candidat et un seul, que la clarté soit faite le plus rapidement possible’. Sur ce point, il a raison. Et de l’autre côté, il dit : ‘Mais il ne faut pas de primaire’. Et quand vous l’interrogez sur son candidat préféré, il dit : ‘Untel est très bon, untel est très bon, unetelle aussi’", a commenté sur notre plateau Guillaume Tabard, rédacteur en chef au Figaro.

Le sondage de toutes les attentes

Si d'autres doivent concrétiser leur désir de se présenter d'ici ce week-end, c'est parce qu'une première échéance se profile... et à grandes enjambées. Dès lundi, missionné par LR, l'Ifop lancera une grande consultation de 15.000 sympathisants de la droite et du centre, qui devra avoir trouvé sa conclusion au 25 septembre, pour le congrès du parti.

Cette étude vise à demander à ce panel roboratif de se prononcer sur l'opportunité ou non de cette primaire qui échoue à faire consensus et dont on n'aperçoit même pas les contours: quel agenda? En un tour? En deux tours? Mais, pour les dignitaires de la droite, l'enquête aura avant tout pour vertu de tester les postulants selon différents critères et le point de vue de la base: à qui l'aptitude à réformer? Qui de plus à même de sortir le pays de la crise sanitaire? Pour coiffer la concurrence en avril 2022?

Quelques semaines pour une boussole

Dominée et narguée par le sommet de l'Etat, largement débordée par le Rassemblement national de Marine Le Pen, talonnée par la fièvre Eric Zemmour qui menace de lui tailler des croupières, la droite intra-muros avance décidément sans boussole.

"À droite, on a la culture du chef… Et les grands chefs sont partis!" a remarqué notre éditorialiste politique Laurent Neumann après l'intervention d'Eric Ciotti.

"Quand les gens se présentent en se disant: ‘pourquoi pas moi?’ avant de penser: ‘pourquoi?’ tout court, c’est que manifestement, il n’y a ni patron, ni star, ni candidat naturel", a appuyé son homologue Matthieu Croissandeau.

Il reste quelques semaines à la droite, au mieux quelques mois, pour se poser les bonnes questions, dans le bon ordre, et se remettre à l'endroit. C'est peu pour une famille politique qui, quatre ans après, semble toujours aussi désorientée par l'élection d'Emmanuel Macron.

Article original publié sur BFMTV.com

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