Berlin appelle au calme après les propos d'Erdogan sur l'ère nazie

par Andrea Shalal
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MERKEL: RIEN NE JUSTIFIE LA COMPARAISON D'ERDOGAN AVEC L'ÈRE NAZIE

"Absolument rien ne justifie" la comparaison établie par le président turc Recep Tayyip Erdogan entre les annulations de meetings que devaient tenir des responsables turcs en Allemagne et les pratiques de l'époque nazie, a déclaré lundi la chancelière Angela Merkel. /Photo prise le 6 mars 2017/REUTERS/Fabrizio Bensch

par Andrea Shalal

BERLIN (Reuters) - Berlin a qualifié lundi d'absurde la comparaison effectuée par le président turc Recep Tayyip Erdogan entre les annulations de meetings que devaient tenir des responsables turcs en Allemagne et les pratiques de l'époque nazie, tout en rappelant l'importance des relations entre les deux pays dans un souci d'apaisement.

Lors d'un rassemblement à Istanbul, Recep Tayyip Erdogan a jugé dimanche qu'en annulant des meetings prévus en Allemagne pour l'importante communauté turque dans la perspective du référendum constitutionnel du mois prochain, les autorités allemandes recouraient à des pratiques "qui ne diffèrent en rien de celles de la période nazie".

L'Allemagne a invoqué des raisons de sécurité pour expliquer les annulations de réunions électorales.

La chancelière Angela Merkel se veut prudente dans ce différend parce qu'elle a notamment besoin de l'aide de la Turquie pour retenir les migrants sur son sol mais les allusions du président Erdogan l'ont fait sortir de sa réserve.

"C'est particulièrement grave", a déclaré la chancelière dans un bref communiqué. "Et cela me rend triste parce que les comparaisons nazies ne font que banaliser les souffrances insondables des victimes des crimes nazis."

"Ces propos sont tout particulièrement regrettables au regard des liens nombreux qui unissent Berlin et Ankara", a ajouté la chef du gouvernement allemand.

Elle a reconnu l'existence de profondes divergences avec Ankara, sur des questions comme la liberté de la presse et l'arrestation voici une semaine du journaliste germano-turc Deniz Yürcel, qu'Erdogan a qualifié d'"agent allemand" et de membre d'un groupe armé kurde.

Elle a déclaré que son gouvernement était attaché aux libertés fondamentales et continuerait à autoriser les responsables politiques turcs à s'exprimer en Allemagne dans le cadre de la campagne pour le référendum constitutionnel du 16 avril pour peu que leurs visites soient annoncées de façon transparente et respectent la législation allemande.

"LA TÊTE SUR LES ÉPAULES"

Une porte-parole de la municipalité de Hambourg a déclaré que le centre où devait s'exprimer mardi le ministre turc des Affaires étrangères avait été fermé, mais de sources diplomatiques, ont indique qu'il n'y a pas eu d'annulation et que le ministre se rendra en Allemagne.

Le principal conseiller du Premier ministre turc Binali Yildirim, Taner Yildiz, a accusé les autorités de la municipalité de Kelsterbach, à l'ouest de Francfort, d'avoir annulé un rassemblement prévu lors duquel il devait prendre la parole. Il a précisé à Reuters qu'un autre lieu était à l'étude.

Les ministres européens des Affaires étrangères ont appelé à la retenue envers la Turquie, bien que l'Autriche et les Pays-Bas, qui accueillent aussi une importante communauté turque, ont dit être opposés à ce que des politiques étrangers fassent campagne sur leur sol.

Le porte-parole de la chancelière, Steffen Seibert, a qualifié la comparaison d'Erdogan avec l'époque nazie d'absurde et déclaré que l'Allemagne et la Turquie devaient rester "calmes, garder la tête sur les épaules", et ne pas perdre de vue les relations étroites qui lient les deux pays.

Pour Gokay Sofuoglu, président de la Communauté turque d'Allemagne, qui fédère 270 organisations, "Erdogan est allé trop loin".

Steffen Seibert a également souhaité que l'Union européenne enquête pour vérifier que l'argent versé à la Turquie dans le cadre du processus d'adhésion à l'UE atteint bien les objectifs prévus.

"Il faudra certainement continuer à se poser la question, comme l'UE le fait avec l'ensemble de ses dépenses, de savoir si les versements atteignent bien l'objectif initialement visé", a-t-il dit.

Dimanche, le chancelier autrichien Christian Kern a appelé l'UE à cesser les discussions avec la Turquie sur le processus d'adhésion et à supprimer ou à restreindre l'aide de pré-accession de 4,5 milliards d'euros promise à Ankara d'ici 2020.

Le chef de la diplomatie allemande Sigmar Gabriel, qui doit rencontrer son homologue turc Mevlut Cavusoglu mercredi à Berlin, a reconnu lundi que "les relations sont de toute évidence tendues et nous avons la responsabilité de les ramener à la normale".

"Nous n'avons rien contre le fait d'avoir parfois des divergences mais souhaitons en revenir à des rapports amicaux et respectueux entre le gouvernement turc et nous en Allemagne comme en Europe", a-t-il dit.

(Avec Joseph Nasr et Michael Nienaber à Berlin; Orhan Coskun, Tuvan Gumrukcu et Tulay Karadeniz à Ankara et Humeyra Pamuk à Istanbul; Henri-Pierre André, Jean-Stéphane Brosse, Eric Faye et Danielle Rouquié pour le service français)

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