Belmondo et Delon, des frères siamois "diamétralement opposés"

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Alain Delon (à gauche) et Jean-Paul Belmondo (à droite) se serrent la main, lors de la remise de la Légion d'honneur à ce dernier, le 23 septembre 1980 à Paris  - Gabriel DUVAL © 2019 AFP
Alain Delon (à gauche) et Jean-Paul Belmondo (à droite) se serrent la main, lors de la remise de la Légion d'honneur à ce dernier, le 23 septembre 1980 à Paris - Gabriel DUVAL © 2019 AFP

Les deux vieux lions du cinéma français Jean-Paul Belmondo et Alain Delon ont connu des carrières parallèles, le plus souvent au sommet du box-office, et leur amitié teintée d'une certaine rivalité a nourri la légende de ces deux caractères que tout opposait.

C'est à six jours d'écart en mars 1960 que les deux comédiens se révèlent au grand jour: Jean-Paul Belmondo, l'insolent au physique ordinaire, fait sensation dans l'ovni A bout de souffle, tandis que le public se pâme devant le regard aigue-marine d'Alain Delon dans Plein soleil.

Les jeunes hommes se connaissent déjà: ils s'étaient rencontrés sur le tournage de Sois belle et tais-toi. Débutants, ils campent alors des petits escrocs. A l'époque, c'est à Delon que revient le rôle du bagarreur hâbleur. Belmondo incarne une petite frappe, planquée et taciturne.

"Une amitié qui ne s'est jamais tarie"

Ils côtoient les mêmes bars à Saint-Germain-des-Prés: "Entre nous, commence une amitié qui ne s'est jamais tarie", écrit Bebel 60 ans plus tard dans son autobiographie Mille vies valent mieux qu'une.

Et pourtant, "on nous opposera tout au long de nos vies, cherchant à créer une adversité dont la légende pourrait se nourrir", poursuit-il. "En fait nous sommes proches, en dépit d'une divergence évidente d'origines sociales. Son enfance a été aussi triste, pauvre et solitaire que la mienne a été joyeuse, bourgeoise et pleine d'amour".

Belmondo est né en 1933 à Neuilly (ouest de Paris) dans une famille aimante d'artistes. Il fait le conservatoire avec la bénédiction de son père. Acteur inclassable, animal et énergique, il incarne la génération d'après-guerre qui veut croquer la vie. Avec son physique de quidam, il se glisse facilement dans la peau du "titi parisien", proche du public. C'est pour cette raison que Jean-Luc Godard l'embauche dans la rue pour "A bout de Souffle".

Né en 1935, Alain Delon est confié à 4 ans, au divorce de ses parents, à une famille d'accueil dont le père est gardien à la prison de Fresnes. Pensionnaire, il commet plusieurs fugues. Quand il s'engage en Indochine, personne ne le retient. Sombre, taciturne, écorché vif... Il ne partage pas la sérénité intérieure qui va profiter à Belmondo.

Eclatante jeunesse

Toutefois, les deux hommes poursuivent leur course en tête du box-office, cultivant chacun leur image, incarnant tour à tour, comme deux frères siamois, des flics, des truands et des tueurs.

Belmondo joue sur l'humour, la légèreté, la désinvolture quand Alain Delon fait figure de solitaire tendu et distant.

En 1970, Jacques Deray réunit les deux dans Borsalino, l'histoire de deux jeunes malfaiteurs qui se lient d'amitié et deviennent les rois de la pègre à Marseille.

Dans le film, les deux hommes cheminent côte à côte dans leur éclatante jeunesse, costumes trois pièces impeccables et pochettes assorties, le cigare au coin des lèvres, le fameux chapeau de gangster légèrement incliné sur la tête. Ils deviennent inséparables après une bagarre mémorable où ils se rendent coup pour coup.

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Pourtant, une brouille éclate entre les deux vedettes à propos d'une formulation contractuelle non respectée sur l'affiche. Belmondo, procédurier, traîne Delon devant les tribunaux et gagne. "C'était des querelles d'amoureux", balaiera-t-il des années plus tard. Il n'empêche, Bebel ne se rendra pas à l'avant-première du film qui fait près de 5 millions d'entrées.

"Il ne peut y avoir de rivalité entre nous"

Les deux hommes se sont toujours rendu hommage. "Jean-Paul a suivi son chemin. Moi un autre, c'est tout. C'est une grande vedette nationale. Il a beaucoup de talent et comme moi, il aime son métier et les risques", déclarait Alain Delon. "On parle toujours de cette soi-disant rivalité mais, pour moi, il ne peut y avoir de rivalité entre nous, on n'a absolument pas le même emploi. Delon ne me gêne pas et je ne pense pas que je le gêne", renchérissait Jean-Paul Belmondo.

Patrice Leconte les réunit en 1998 dans Une chance sur deux. "A aucun moment nous n'aurions pu, la veille du tournage, intervertir leurs rôles", racontait le réalisateur. "Ils sont diamétralement opposés, ce qui les rend complémentaires et, en même temps, extrêmement proches l'un de l'autre. C'est très curieux, deux acteurs, qui, comme eux, ont à la fois tout et rien à voir avec l'autre."

Une amitié indéfectible, mélange de tendresse et de virilité, que Paris Match mettra en scène jusqu'au bout, en juin 2019, dans un bras de fer en bras de chemise.

"Je l’aime et je l’admire, n’en déplaise à ceux qui nous ont opposés dans une rivalité ­absurde, livrait en 2006 Alain Delon à l'hebdomadaire. Justement parce que nous sommes uniques dans notre genre, et incomparables, nous n’avons jamais été en concurrence. Ni dans nos vies de cinéma, ni dans nos vies privées."

Alain Delon, la voix tremblant d'émotion, s'est dit ce lundi "complètement anéanti".

Article original publié sur BFMTV.com

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