Beauvais: la Grande mosquée visée par une fermeture de six mois pour "apologie du jihad"

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Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, le 13 décembre 2021 à Ouistreham, en Normandie (AFP/Sameer Al-DOUMY)

La préfecture de l'Oise a ordonné la fermeture pour six mois de la Grande mosquée de Beauvais pour des prêches d'un imam faisant notamment "l'apologie du jihad", une décision jugée "injuste et injustifiée" par ses responsables, qui la contestent en justice.

Cet arrêté, pris lundi à l'encontre d'un lieu de culte qui reçoit quelque 400 fidèles, "est exécutoire au bout de 48 heures", a précisé la préfecture.

L’association "Espoir et Fraternité" qui gère cette mosquée a déploré une "décision injuste et injustifiée car ceci démontre de toute évidence une volonté de nuire à la communauté musulmane en mettant en exergue quelques éléments sortis de leur contexte et priver ainsi des centaines de fidèles" d'un lieu de culte.

Son avocat, Me Samim Bolaky, a indiqué à l'AFP avoir saisi dans la journée le tribunal administratif d'Amiens d'un référé liberté contre cette décision, avec une audience prévue dans les 48H.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait annoncé le 14 décembre le lancement de la procédure de fermeture de cette mosquée, l'accusant, sur CNews, d'attaquer le "modèle républicain et la France" en raison de la radicalité des prêches d'un imam.

Les prêches de cet imam, "présenté comme intervenant occasionnel" mais "en réalité imam régulier" de la mosquée, peut-on lire dans l'arrêté dont l'AFP a obtenu copie, "valorisent le djihad en tant que +devoir+ en glorifiant les combattants qu'il qualifie de +héros+, au service de la protection de la religion musulmane qui serait selon lui menacée par les sociétés occidentales".

- "Echange et tolérance" -

Selon cet arrêté, les prêches de cet officiant "défendent une pratique rigoriste et radicale de l'Islam et la supériorité des règles religieuses sur celle du droit positif".

Ces propos encouragent les "fidèles au repli identitaire" et les "incitent à rompre avec la République", allant "jusqu'à ériger les non-musulmans en ennemis". L'imam appelle aussi "à la haine, à la discrimination de certaines catégories de personnes, tels que les juifs, les chrétiens, ou les homosexuels".

La préfecture reproche aux responsables de la mosquée de ne pas avoir condamné ces propos diffusés sur les réseaux sociaux, l'un d'eux les ayant même selon elle relayés sur Facebook.

"Compte tenu de la prégnance de la menace terroriste", il y a lieu de "prononcer la fermeture du lieu de culte (...) pour une durée de six mois, dans le but de prévenir la commission d'actes de terrorisme", conclut la préfecture.

L'association gestionnaire a affirmé dans son communiqué avoir "mis immédiatement terme à la convention la liant à l’Imam temporaire qui n’interviendra plus désormais" dans la mosquée.

La Grande mosquée "a toujours été rassembleuse et bienveillante dans l’échange et la tolérance de tous et avec tous avec le respect des lois de la république", ajoute "Espoir et Fraternité", qui assure s'être posée en "alternative (...) face à la montée du fondamentalisme religieux et communautaire".

- "Imam tout juste converti" -

Mardi à midi, de rares fidèles faisaient demi-tour devant les grilles cadenassées de la mosquée, installée dans d'anciens bureaux près du centre-ville à côté du chantier en cours de la nouvelle Grande mosquée.

Parmi eux, Lahcen, 36 ans, affirme avoir assisté à quelques prêches de l'imam mis en cause: "rien ne m'a choqué. Les prêches étaient normaux".

Un autre fidèle, âgé de 67 ans et qui a requis l'anonymat, dénonce lui le choix d'un "imam tout juste converti et sans expérience" par un bureau tenu par "des jeunes qui ne sont pas à la hauteur pour gérer les fidèles et la mosquée".

La Ville de Beauvais "fait confiance à l’Etat dans sa volonté de faire appliquer la loi de la République", mais "réaffirme que les paroles et actes de quelques-uns ne sauraient rejaillir sur l’ensemble des Français de confession musulmane qui vivent leur foi de manière sereine et dans le strict respect des valeurs républicaines", a pour sa part réagi pour l'AFP la maire DVD de Beauvais Caroline Cayeux.

Selon le ministère de l'Intérieur, la France compte 2.623 mosquées et salles de prières.

Sur ce total, "21 lieux de culte sont actuellement fermés, du fait de prescriptions administratives, d’une décision judiciaire, d'une reprise de bail, de travaux ou d'une fermeture administrative". Outre la mosquée de Beauvais, cinq "font l’objet d’une instruction" en vue d'une possible fermeture.

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