Les Beatles, remèdes à la phobie scolaire, dans la jolie BD "Nowhere Girl"

Jérôme Lachasse
·4 min de lecture
La BD
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Les Beatles peuvent sauver des vies. Ils ont sauvé celle de Magali Le Huche au début des années 1990. Celle qui n’était pas encore une autrice jeunesse à succès (Paco) entrait alors en sixième. Face à ce nouveau monde terrifiant, aux exigences démesurées des professeurs, et à l’arrivée de la puberté, les ballades du quatuor de Liverpool ont été salvatrices. C’est cette histoire qu’elle raconte dans Nowhere Girl (Dargaud), une BD qui montre que la musique adoucit réellement les mœurs.

Magali Le Huche voulait, au départ, parler uniquement des Beatles, et de sa fascination pour le groupe à l’adolescence. C’est lors d’une discussion avec son éditrice qu’elle a compris que son véritable sujet n’était pas les quatre garçons dans le vent, mais le contexte qui l’a fait se tourner de manière obsessionnelle vers leur musique: sa phobie scolaire et le douloureux passage de l’enfance (le CM2) à la préadolescence (la 6e). Un sujet rarement abordé, mais important, tant ce basculement peut être violent pour l’enfant.

"Ça peut être très violent, parce que, tout d’un coup, on change de place sociale", commente l’autrice. "À l’école primaire, on nous parle comme à des enfants, puis, en sixième, on se met à nous vouvoyer. L’adolescent n’a pas la même pression avec les résultats. Il n’y a plus un seul référent, mais plusieurs professeurs. Ce changement ne se fait pas petit à petit. C’est trop rapide. Je m’en souviens très clairement: avant l’été, j’étais encore une petite fille, et à la rentrée, je ne savais plus ce que j’étais. Je n’étais pas prête à ce basculement."

"C’est difficile d’admettre qu’un enfant soit un peu déprimé"

Magali Le Huche représente ce traumatisme avec un dessin d’elle enfant, le dos de plus en plus courbé sous un cartable qui devient de plus en plus imposant, tel un étui de contrebasse: "Je sentais ce poids en moi. Je voulais le symboliser par ce sac à dos qui m’empêche de me sentir libre et d’avancer. Ce poids était physique aussi: la phobie scolaire, c’est la manifestation physique d’un mal-être."

"C’est difficile d’admettre qu’un enfant soit un peu déprimé", ajoute-t-elle. "La souffrance n’est pas forcément écoutée. Elle est souvent prise pour de la comédie." Sans oublier la pression des autres élèves, dont certains grandissent plus vite que d’autres: "Il ne faut pas montrer trop de failles, de faiblesses. C’est mal vu, et la source de moqueries. C’est quelque chose que l’on ressent fortement à cet âge, et qui est difficile à gérer." Face à ces pressions et à cette boule au ventre quotidienne, les Beatles ont été "un refuge" pour la jeune Magali:

"Enfant, j’arrivais très facilement à m’inventer un monde parallèle pour jouer avec mes Barbie, puis soudain, ça n’a plus marché. Je ne croyais plus à cet univers magique propre à l’enfance. C’est en découvrant les Beatles et leur univers très imaginé, très onirique, que j’ai eu l’impression de retrouver ce monde magique propre à l’enfance que je sentais s’enfuir. C’est arrivé en sixième au moment où j’avais besoin de ce refuge."

"Je me sentais libre en écoutant les Beatles"

Les Beatles ont accompagné avec leurs chansons les changements de mœurs dans les années soixante. La dessinatrice y voit une métaphore du basculement de l'enfance à l’adolescence - qui a particulièrement résonné en elle.

"Il y a une espèce d’urgence dans les premiers albums qui colle bien avec le monde de l’adolescence. Je me sentais libre en écoutant les Beatles. Je ne comprenais pas vraiment les paroles. Il n’y avait plus de mot, d’orthographe, de grammaire: j’étais dans un monde où seule la sensation musicale existait."

Sa passion pour ce groupe du passé était aussi liée à une peur du temps qui passe: "Ce n’est pas anodin d’avoir choisi un groupe du passé. C’était une manière pour moi de contrôler le temps." Trente ans plus tard, sa passion pour les Beatles reste intacte, bien qu’elle soit moins envahissante pour ses proches.

"Je suis toujours très attachée à eux. Ils m’ont constituée et ils m’apportent encore aujourd’hui. Ils m’ont permis de découvrir plein d’autres genres de musique. J’aime d’autres groupes que les Beatles, mais je crois que je ne me lasserai jamais d’eux. Je découvre encore des choses sur leur vie."

Récemment, Magali Le Huche a ainsi découvert dans la biographie de Paul McCartney que lui et John Lennon avaient mangé des banana splits en 1961 dans une rue située… en bas de son immeuble.

Nowhere Girl, Magali Le Huche, Dargaud, 120 pages, 19,99 euros.

Article original publié sur BFMTV.com