La BCE devrait décider "en octobre" de sa future politique monétaire

Jean-Philippe LACOUR
Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, à Frankfort,le 7 septembre 2017

Francfort (AFP) - La Banque centrale européenne (BCE) devrait décider "en octobre" du maintien l'an prochain de son soutien appuyé à l'économie, en surveillant à la fois l'inflation et le niveau de l'euro, a annoncé jeudi son président Mario Draghi.

"L'échéance, c'est l'automne. A moins qu'un risque que nous ne percevons pas aujourd'hui ne se matérialise" dans l'intervalle, "nous devrions être prêts à prendre l'essentiel de ces décisions en octobre", a-t-il déclaré à Francfort à l'issue de la réunion de politique monétaire de l'institution.

Il est question d'un prochain "recalibrage" du programme lancé en 2015, l'assouplissement quantitatif ou "QE", via lequel plus de 2.000 milliards d'euros de monnaie ont été créés à ce jour pour financer des achats d'obligations et ainsi soutenir l'économie.

Le conseil des gouverneurs de la BCE a engagé jeudi "une discussion très préliminaire" sur le sujet, principalement consacrée à "peser les avantages et inconvénients des différents scénarios", a déclaré M. Draghi.

Les modalités de sortie progressive du QE au-delà de la fin de l'année n'ont pas encore été évoquées, a-t-il ajouté.

Ces déclarations ont suffi pour faire monter l'euro, qui a gagné plus d'un cent par rapport au billet vert, à 1,21 dollar.

Comme attendu, les taux d'intérêt, maintenus jeudi à leur plus bas depuis mars 2016 - zéro son principal taux directeur, à 0,25% son taux de prêt marginal et à -0,4% le taux de dépôt au jour le jour - vont le rester "bien après" la sortie du programme de rachat d'obligations, selon le communiqué déclaratif de la BCE.

- Euro et inflation -

A l'heure de réajuster sa politique monétaire, l'institution de Francfort "prendra en compte" les perspectives d'inflation, qui restent inférieures à son objectif, tout en "surveillant" l'évolution des taux de change, dont les variations actuelles sont "une source d'incertitude" grandissante au sein du conseil des gouverneurs, a précisé M. Draghi.

A moyen terme, l'inflation est censée converger vers le niveau "proche mais inférieur à 2%" en glissement annuel visé par la BCE, grâce à la politique monétaire, à la reprise économique et, ajoute la BCE dans son communiqué, aux "hausses de salaires."

Pour l'heure, l'institution a abaissé jeudi ses prévisions d'inflation en zone euro pour les deux années à venir en raison de l'euro fort, mais s'est montrée plus optimiste concernant la croissance du PIB en 2017, attendue à 2,2%, un niveau plus connu depuis la crise financière de 2007.

Bien que le niveau de l'euro face au dollar ne figure pas dans le mandat officiel de la BCE, "il est très important pour la croissance et l'inflation", a insisté M. Draghi.

Or, toute annonce d'un resserrement monétaire par la BCE devrait mécaniquement pousser l'euro à la hausse. Cela finirait par peser sur l'inflation, les importations devenant moins chères alors que la compétitivité des produits exportés serait atteinte, portant un coup à l'économie.

- Flexibilité du QE -

La BCE se garde toujours la porte ouverte pour accroître en cas de besoin le rythme mensuel du QE, aujourd'hui de 60 milliards d'euros par mois - ou la durée si nécessaire.

A ce jour ces tombereaux de liquidités déversés sur le marché ont bénéficié à la relance de l'économie, et "nous ne voyons pas d'effets négatifs de ce programme", notamment des bulles sur certains marchés, a estimé M.Draghi.

Autre élément pouvant jouer dans la prochaine discussion, le "QE" voit se profiler des difficultés techniques, les titres à racheter étant en quantité limitée.

Un phénomène qui n'inquiète pas outre mesure la BCE: "nous serons certainement capables d'exploiter toutes les flexibilités du programme", a assuré le banquier italien.

Quant à la manière d'annoncer le moment venu le recalibrage du QE, M. Draghi a dit "ne pas avoir de préférence."

Tout en soulignant l'importance du taux de change pour les perspectives à moyen terme de l'inflation, "la BCE a également tenté de calmer les marchés des changes", observe Holger Schmieding, économiste chez Berenger.

"Que cette stratégie soit ou non couronnée de succès dépendra dans une certaine mesure de facteurs bien au-delà de son contrôle, liés notamment à la Réserve fédérale américaine", qui se réunira le 20 septembre, ainsi qu'aux "aléas de la politique américaine", poursuit-il.

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