La BCE n'est pas le "méchant" de l'Europe, dit Kazimir (BCE)

LA BCE N'EST PAS LE "MÉCHANT" DE L'EUROPE, DIT KAZIMIR (BCE)

FRANCFORT (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) est un défenseur et non le "méchant" du projet européen, a déclaré à Reuters Peter Kazimir, l'un des membres de son Conseil des gouverneurs, une semaine après un jugement de la Cour constitutionnelle allemande qui menace de compromettre l'efficacité de la BCE et la cohésion de l'Union monétaire.

La plus haute juridiction allemande a estimé que l'un des programmes de soutien à l'économie et au crédit de la BCE outrepassait son mandat et elle a donné trois mois à l'institution pour justifier cette situation, sous peine de voir la Bundesbank, la banque centrale nationale allemande, cesser d'y contribuer.

"La Cour de justice de l'Union européenne a seule l'autorité de prendre des décisions sur l'action de la BCE", a déclaré Peter Kazimir, le gouverneur de la banque centrale de Slovaquie, réfutant ainsi la compétence de la cour allemande de Karlsruhe en la matière. "C'est la règle pour nous, notre Bible."

"Il est important de souligner que la Banque centrale européenne n'est pas le méchant de l'Europe ou de l'européisme. Au contraire !", a-t-il ajouté lors de l'entretien.

Il a rejeté les arguments de la Cour constitutionnelle allemande selon lesquels la BCE n'a pas apporté la preuve que ses mesures étaient proportionnées et il a assuré que, loin d'envisager de réduire ses achats d'obligations sur les marchés, l'institution de Francfort était prête, si nécessaire, à faire encore plus pour contrer l'impact de la pandémie de coronavirus.

Mais il a aussi appelé les dirigeants politiques de l'Union à agir, estimant que les mesures prises à ce jour, qui incluent un plan d'aide de 540 milliards d'euros élaboré par les ministres des Finances de la zone euro, étaient insuffisantes.

"Le plan de 540 milliards d'euros est tout à fait bienvenu. Mais il me semble qu'il ne suffira pas", a-t-il dit.

"Nous avons besoin d'un engagement politique clair, sans réserves", a poursuivi Peter Kazimir. "Les dirigeants politiques doivent dire clairement que l'aide arrive, qu'ils sont prêts à prendre les mesures nécessaires, sans obstacles juridiques et sans délai."

La BCE, pour sa part, est toujours disposée à faire plus, a-t-il assuré, tout en jugeant qu'à ce stade, l'augmentation du Plan d'achats d'urgence pandémique (PEPP) de 750 milliards d'euros lancé en mars n'était pas nécessaire.

La plupart des observateurs s'attendent pourtant à ce que la BCE annonce une telle augmentation à l'issue de sa prochaine réunion de politique monétaire, le 4 juin.

Au rythme actuel des achats réalisés par la BCE, les 750 milliards d'euros du PEPP pourraient en effet être épuisés dès le mois de septembre. La levée partielle des mesures de confinement et la reprise progressive de l'activité économique dans plusieurs pays pourraient toutefois influencer le rythme de ces achats.

"Nous ne jugeons pas urgent d'augmenter la taille du PEPP", a dit Peter Kazimir, mais "nous ne sommes pas opposés à l'idée d'envisager une telle démarche si l'évolution de la situation le justifie".



(Balazs Koranyi, version française Marc Angrand, édité par Blandine Hénault)