BCBG : le grand retour

Il y a trois mois, une nouvelle boutique Barbour a ouvert à Soho, dans le centre de Londres, à deux pas de Carnaby Street, cette rue emblématique de la mode et de la musique populaire des années 1960. En semaine, un flot régulier de clients s’y pressent. Certains correspondent parfaitement à l’image que l’on s’en fait : âge moyen, mise soignée, teint rose des amateurs de courses de chevaux et de lévriers. Mais d’autres clients sont beaucoup plus surprenants.

Un homme d’une trentaine d’années aux jeans retroussés sur les chevilles, une coupe de cheveux aux angles bien nets et un sac en bandoulière fait son entrée. Il s’attarde devant une collection de blousons matelassés que l’on verrait bien portés par la reine. L’homme hésite quelques minutes, mais ne semble pas trouver ce qu’il recherche. Tandis qu’il passe devant moi avant de sortir, je m’aperçois qu’il porte déjà un Barbour.

“Nous avons ouvert il y a trois mois et nous avons déjà dû fermer une semaine pour réapprovisionner le stock”, me confie la vendeuse. “Les jeunes recherchent les vestes de style traditionnel. Ils les portent très serrées, dans des toutes petites tailles.” Elle prend un air un peu incrédule avant d’ajouter : “C’est drôle de voir les Barbour devenir des vêtements à la mode. Pour ma part, je les ai toujours associés à la chasse et à la pêche.”

C’est de moins en moins le cas. Depuis quelques années, dans les quartiers chics de Londres, dans les festivals de musique et parmi les people en vue, les Barbour [des blousons huilés ou matelassés de la marque du même nom, dont le style est associé à celui des gentlemen-farmers] sont devenus tellement ­communs qu’on a même trouvé un sobriquet, un peu moqueur, pour définir l’allure qu’ils donnent : le look “fermier de Hackney”, par allusion au quartier du nord-est de Londres, où l’on en voit le plus fréquemment.

La folie Barbour n’est d’ailleurs qu’un aspect d’un appétit récent pour les produits de grandes marques. Derbys et richelieus sont devenus les chaussures préférées de nombreux jeunes hommes branchés, et plus leur aspect est traditionnel, plus il est apprécié. Au dernier festival de Glastonbury, Kate Moss était chaussée de bottes de chasse qu’on ne voyait autrefois que dans les prés boueux où se déroulent les courses de haies hippiques et qui sont aujourd’hui en vente dans des boutiques de mode. Le tweed est devenu très in, tout comme la moustache légèrement canaille, et même le monocle, d’après la chaîne d’opticiens Vision Express. “On a assisté dernièrement à une mode du gilet parmi les très jeunes gens”, observe le journaliste de mode Charlie Porter. “En ce moment, on se rue sur les nœuds papillons. Impossible de ne pas paraître chic avec un nœud pap.” The Official Sloane Ranger Handbook [Manuel officiel du BCBG], de Peter York – publié il y a plus d’un quart de siècle, dernière période où l’on avait constaté une vogue pour le style classieux – , dresse la liste des articles incontournables de la garde-robe masculine à la mode : “Le pull de laine épais à la Action Man, le blazer, le pantalon porté un poil trop court, le cardigan.” Ces dernières années, les magazines britanniques de mode masculine ont été remplis quasi exclusivement de ce genre d’articles. Mais l’allure chic a aussi le vent en poupe à la télévision. Les présentateurs Hugh Fearnley-Whittingstall, Kirstie Allsopp, Thomasina Miers, Valentine Warner – avec leur accent inimitable hérité des écoles privées, leur brusquerie ou leur charme patriciens et, pour certains, leur origine aristocratique – sont devenus des atouts dans ce qui est généralement considéré comme le plus populiste des médias, récemment encore dominé par les accents régionaux et des individus qui avaient acquis leur position à la seule force du poignet. “Kirstie et Hugh sont chics. Ils le savent. Nous le savons”, souligne Andrew Jackson, qui leur commande des émissions pour Channel 4. “Autrefois, ils l’auraient peut-être dissimulé. La télévision était considérée comme ne concernant que la classe ouvrière et la classe moyenne. Mais, depuis deux ou trois ans, les présentateurs BCBG se cachent de moins en moins.”

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