Bayrou, réveillé par la réforme des retraites, peut-il gêner Macron ?

Réveillé par la réforme des retraites, le poil à gratter Bayrou peut-il géner Macron ?
LUDOVIC MARIN / AFP Réveillé par la réforme des retraites, le poil à gratter Bayrou peut-il géner Macron ?

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Réveillé par la réforme des retraites, le poil à gratter Bayrou peut-il géner Macron ?

POLITIQUE - Quand le soliste vient gâcher la fête. François Bayrou a joué sa petite musique, samedi 17 septembre, dans une interview au Parisien en s’opposant à l’hypothèse avancée par l’exécutif de faire passer la réforme des retraites via un amendement au Projet de loi sur le budget de la Sécu, le PLFSS. « Un coup de force », selon le patron du MoDem qui n’a pas hésité à reprendre les mots de l’opposition et des syndicats, très hostiles à cette accélération, susceptible selon lui, de faire monter la colère sociale dans le pays.

Au même moment, la chaise qui lui était allouée au premier rang de la soirée de lancement de Renaissance, le nouveau nom du parti présidentiel, est restée vide : Le centriste n’a pas fait le déplacement, son étiquette a fini par disparaître. Une sorte d’avertissement, en deux temps, envoyé par le principal allié du chef de l’État, favorable à une réforme des retraites, mais sans précipitation.

Message reçu ? Le patron des députés MoDem Jean-Paul Mattei en a rajouté une couche, au cas où, mardi, en annonçant que ses troupes voteraient « certainement contre » un tel amendement. De quoi pimenter les débats à Guidel, dans le Morbihan, pour les journées parlementaires et l’Université du parti centriste où Élisabeth Borne doit s’exprimer ce jeudi 22 septembre et où sont également annoncés Édouard Philippe et Stéphane Séjourné.

« C’est le spécialiste mondial de ce genre de choses »
Un conseiller de l’exécutif

La sortie de François Bayrou, un habitué du genre, ressemble à un coup d’éclat annuel. Ou mensuel. Avant de se faire entendre sur la promesse phare d’Emmanuel Macron, le Haut-commissaire au Plan s’était déjà attaché à remettre en doute, publiquement, le profil « techno » de la Première ministre fraîchement nommée, ou émis des réserves sur la volonté des députés LREM d’inscrire l’IVG dans la Constitution. Trois sujets de dissension en cinq mois.

Un bilan qui s’inscrit dans la suite logique du premier quinquennat. François Bayrou, allié fidèle du chef de l’État, s’est régulièrement mué en poil à gratter de la majorité. Il a, parmi plusieurs exemples, réclamé l’avènement de la proportionnelle, ferraillé pour le vote électronique, sans manquer d’alerter, en 2018, sur la colère que provoquerait la taxe carbone chez ceux qui allaient devenir les gilets jaunes. Sans rarement l’emporter.

Trois sujets de dissensions en cinq mois

Trois ans plus tard, la rodomontade du centriste sur les retraites provoque les mêmes réactions crispées, en public, parmi les troupes du chef de l’État. « Il se trouve que c’est moi qui porte cette réforme », lui a répondu Olivier Dussopt, le ministre du Travail, dimanche soir sur France 3, tout en expliquant, bien sûr, que son avis « compte. » En privé, les langues sont nettement plus critiques. « C’est le spécialiste mondial de ce genre de choses », grince un conseiller de l’exécutif qui le connaît bien, « il bougonne pour se faire entendre, comme il a dû geindre pour avoir le CNR. »

Rien de tout cela, jure-t-on au MoDem. « Je n’y ai pas vu un signe de mauvaise humeur », assure Jean-Paul Mattéi au HuffPost, à propos de la déclaration de son chef dans les colonnes du Parisien. « François Bayrou est un homme politique qui compte dans notre pays. Il ne parle pas à tort et à travers. Quand il prend une position. Elle est forte et écoutée », estime le président des députés MoDem.

Pour lui, il s’agit, ici d’un « problème de fond qui est un problème de méthode » : « La réforme des retraites mérite un vrai débat, il faut que le Parlement s’exprime. » « On ne veut pas exister pour exister, c’est juste qu’on joue à fond notre rôle de parlementaire », insiste-t-il, pour couper court aux critiques de ceux qui accusent François Bayrou de jouer sa partition soliste.

Il n’empêche, cette première fausse note sérieuse dans l’harmonie précaire de la majorité relative pourrait entraîner quelques conséquences. La désaffection des députés MoDem, en cas d’« amendement retraite », donne encore plus de poids à l’éventualité d’un recours au fameux article 49.3, puisque l’exécutif pourrait ne pas trouver de majorité pour voter son PLFSS. Avec le risque d’alimenter le procès en brutalité, qui ne manquera pas d’être fait au président de la République et à sa Première ministre.

Difficile, ensuite, de convaincre les différentes forces vives du pays de s’asseoir autour de la table du Conseil national de la Refondation pour disserter sur l’avenir. La CFDT - l’un des rares syndicats à participer - a déjà annoncé qu’elle quitterait les discussions du CNR en cas de coup de force sur les retraites. De quoi mettre à mal la logique de « concertation » affichée par Emmanuel Macron, et finir de décrédibiliser l’instance chaperonnée par… François Bayrou.

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