Et si une coalition émergeait autour du "bloc central"? Les scénarios envisageables

Le "bloc central est bien vivant" commentait l'entourage d'Emmanuel Macron le soir des résultats du 7 juillet. Au second tour des élections législatives, la coalition présidentielle composée de Renaissance (99 sièges), du Modem (33 sièges), d'Horizons (26 sièges) et de cinq Divers centre ne dispose que de 163 membres. Le camp présidentiel doit désormais partir à la recherche d'alliés pour tenter de garder le pouvoir et gouverner avec une majorité absolue ou une nouvelle majorité relative.

Où trouver ces partenaires? À gauche? À droite? De part et d'autre? De François Bayrou à Édouard Philippe, la boussole des figures du "bloc central" semble chercher parfois le nord et le sud... Reste que dans une Assemblée nationale post-dissolution qui n'offre aucune coalition largement majoritaire, la nécessité de nouer des alliances pour faire adopter les textes s'impose.

• Plus de 340 députés avec une coalition de EELV aux LR

Dès le lendemain des résultats, François Bayrou a tendu la main en dehors de l'ex-majorité présidentielle. Le chef du Modem a appelé les membres "de la gauche hors LFI jusqu'à la droite hors Rassemblement national" à créer une "entente", fondée sur "des valeurs communes".

"Ce ne sont pas les partis qui feront la majorité, c'est le président de la République, dans ses fonctions, qui décide quelle est la personnalité qui peut rassembler le plus largement en tenant compte des nuances de l'Assemblée nationale", a-t-il expliqué sur le plateau de BFMTV ce mercredi 10 juillet, ajoutant ne pas fermer la porte à l'idée d'être membre du nouveau gouvernement.

L'ex-présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, abondait également en ce sens le mardi 8 juillet. La députée Renaissance, réélue député des Yvelines, plaidait pour "un grand bloc central, républicain, progressiste".

Un point rassemble en effet tous les volontaires de cette coalition: l'exclusion du Rassemblement national et celle de LFI, qui quitterait dans cette hypothèse son bloc constitué au sein du Nouveau front populaire pour la campagne des législatives. Ce large bloc arc-en-ciel pourrait rassembler plus de 340 députés et permettrait donc d'éviter la paralysie législative.

Problème de taille: la tête des socialistes Olivier Faure et le chef des sénateurs LR, Bruno Retailleau, ont déjà exprimé leurs oppositions ou du moins des réticences. Le patron du Parti socialiste Olivier Faure a assuré ne pas être "dans les combines" en réponse à François Bayrou. Une majorité relative existe déjà d'après lui: le NFP.

Mais, à propos de l'abrogation de la réforme des retraites par exemple "si François Bayrou est prêt à la voter, ce sera une façon de concevoir au fur et à mesure à qui peut s'élargir cette majorité", ouvre toutefois le Premier secrétaire du PS.

Pour Bruno Retailleau, cette coalition allant de la gauche (hors LFI) à la droite (hors RN) voulu par le patron des Modem est "un doux rêve":

"Est-ce que vous me voyez franchement gouverner avec François Hollande? On est d’accord sur rien!", a-t-il déclaré le 8 juillet sur TF1.

• Une coalition de EELV à Horizons proche de la majorité absolue

Dans sa quête de partenaires, la gauche unie pourrait-elle se tourner vers les macronistes et inversement? Avec 166 députés, le camp présidentiel s'impose en deuxième force politique dans l'hémicycle. Difficile de le contourner quand on cherche une majorité pour gouverner.

Cette coalition irait du PS à Horizons, sans les députés LFI donc. Nombre de députés dans cette majorité 281 sièges en tout. De quoi réussir faire passer des lois en frôlant la majorité absolue.

Ce scénario semble le moins probable: le NFP ne compte pas pour le moment exclure LFI. Et le camp présidentiel est formel sur le fait de traiter sans eux. Si le reste de la gauche lâchait le mouvement mélenchoniste, la coalition, certes solide en terme de nombre, serait fragile au niveau des idées.

En outre, l'alliance de gauche rejette pour l'instant l’idée d’un gouvernement élargi à Renaissance et ses alliés, comme l'a expliqué Olivier Faure sur TF1 le 8 juillet. Le Premier secrétaire du PS ne ferme toutefois pas tout à fait la porte à la main tendue du Modem François Bayrou.

Le lendemain, Boris Vallaud (PS) alimente cette possibilité de gouverner avec quelques centristes.

Sur France Inter, mardi 9 juillet, le député de la 3e circonscription des Landes veut croire à un scénario avec "un gouvernement de gauche", composé de membres du Nouveau Front populaire, et qui disposerait par ailleurs d’"une assise plus large que nous-mêmes" à l’Assemblée nationale.

• Seulement 230 députés pour un bloc de Renaissance aux LR

Enfin, un troisième scénario se profile. Celui-là rêvé par certains dans le camp présidentiel. Il incluerait ce dernier et tirerait jusqu'aux Républicains.De quoi former un bloc de centre-droit, qui sans atteindre la majorité absolue, fournirait un solide groupe de 231 députés.

Cette solution est soutenue par plusieurs ténors de la droite, à l'instar du patron des Horizons et ex-premier ministre, Édouard Philippe ou son prédecesseur Jean-Pierre Raffarin. Le maire du Havre a plaidé mardi 9 juillet sur TF1 pour un "accord technique" entre le camp présidentiel et Les Républicains, qui devront, en cas de refus, "expliquer à leurs électeurs qu'ils ont préféré un gouvernement du Nouveau Front populaire avec LFI".

Sur France 2 au même moment, pour sa première prise de parole depuis le second tour, Xavier Bertrand a clairement appelé à "marquer un coup d’arrêt à La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon" en plaidant pour une "cohabitation". Mercredi 10 juillet, Christophe Béchu, l'actuel ministre de la Transition écologique acquiesce: "le Premier ministre devra sans doute être issu des Républicains".

Article original publié sur BFMTV.com