Bataille pour "l'avenir du Yémen": les rebelles en passe de ravir un bastion loyaliste

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Les rebelles Houthis semblent sur le point de changer le cours de la guerre au Yémen en se rapprochant de la ville clé de Marib, dernier bastion loyaliste dans le nord, assurent les analystes, y voyant une grave menace pour des millions de déplacés.

Ces dernières semaines, les rebelles proches de l'Iran et qui contrôlent déjà l'essentiel du nord du Yémen, ont intensifié leur offensive sur Marib, chef-lieu éponyme d'une région riche en pétrole. Des centaines de combattants sont morts lors de violents affrontements ces derniers jours.

Après sept ans d'une guerre dévastatrice au Yémen, la prise de Marib changerait la donne pour les rebelles: le contrôle du nord du pays et ses ressources pétrolières leur permettront d'avoir plus de poids si des négociations de paix se tiennent éventuellement un jour.

"La bataille de Marib déterminera l'avenir du Yémen", assure à l'AFP Abdulghani al-Iryani, chercheur au centre de réflexion Sana'a Center For Strategic Studies. Et les Houthis ont déjà pris "la majeure partie de la province et se rapprochent de la ville", souligne-t-il.

En 2014, les rebelles avaient réussi un coup de force en s'emparant de la capitale Sanaa, située à environ 120 kilomètres de Marib, déclenchant la guerre contre le gouvernement. En 2015, l'Arabie saoudite est intervenue au Yémen à la tête d'une coalition militaire pour appuyer les forces loyalistes, à la peine.

- "Accord avec les tribus" -

Face aux avancées des Houthis, la coalition dirigée par les Saoudiens a redoublé ses frappes aériennes. Perdre Marib "pourrait changer le cours de la guerre", confirme à son tour Elisabeth Kendall, chercheuse à l'Université d'Oxford.

"Ce serait un nouveau coup dur porté au gouvernement qui cherche à affirmer son autorité et cela renforcerait la position des Houthis dans tous les pourparlers de paix envisagés", observe-t-elle auprès de l'AFP.

Pour Abdulghani al-Iryani, les tribus de Marib, qui combattent aujourd'hui aux côtés du gouvernement, pourraient accepter un accord avec les Houthis, afin d'éviter la destruction de leur ville.

"Aucun des deux camps ne souhaite s'engager dans une bataille urbaine sanglante", estime-t-il. Pour le chercheur, un tel accord viserait à assurer la neutralité des tribus et un partage des ressources en échange de la reconnaissance par les Houthis du gouvernement local.

- "Enorme" désastre -

Depuis le début de la guerre, la région de Marib a vu sa population augmenter avec l'installation de 139 camps de déplacés. Elle accueille désormais 2,2 millions de personnes, selon les chiffres du gouvernement.

"Les réfugiés vont probablement payer le prix fort" de la bataille, prévient M. al-Iryani.

L'aide humanitaire sera plus difficile à distribuer si les déplacés doivent fuir les camps, s'inquiète M. al-Iryani. Or environ 80% des 30 millions d'habitants dépendent de l'aide internationale pour leur survie.

Le Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule arabique, connait la pire crise humanitaire au monde, selon l'ONU, avec une population au bord de la famine.

Pour Mme Kendall, "si les rebelles s'emparent de Marib, l'impact sur la situation humanitaire sera terrible". Ce sera un "énorme" désastre pour le Yémen, renchérit Ahmed Nagi, chercheur au Malcolm H. Kerr Carnegie Middle East Center.

Malgré les efforts de l'ONU et des Etats-Unis, la voie diplomatique reste dans l'impasse, les Houthis exigeant la réouverture de l'aéroport de Sanaa --sous blocus saoudien depuis 2016-- avant toute trêve ou négociations.

Et, s'ils prennent Marib, les rebelles risquent d'être encore moins enclins à négocier. "Les Houthis utiliseront Marib pour avancer vers les provinces du sud" voisines, qui sont toujours aux mains du gouvernement, estime M. Nagi.

Le but des Houthis sera alors "d'assurer leur contrôle total sur le Yémen."

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