Du Bataclan à une ferme en Italie: huit hommes jugés pour le vol d'une œuvre de Banksy

Un policier italien à côté de l'oeuvre de Banksy, volée au Bataclan en 2019, et retrouvée en Italie, lors d'une conférence de presse, le 11 juin 2020 à l'Aquila - Filippo MONTEFORTE © 2019 AFP
Un policier italien à côté de l'oeuvre de Banksy, volée au Bataclan en 2019, et retrouvée en Italie, lors d'une conférence de presse, le 11 juin 2020 à l'Aquila - Filippo MONTEFORTE © 2019 AFP

L'équipe de malfaiteurs avait-elle conscience de la portée symbolique de l'objet? Nombre d'entre eux assurent ne l'avoir compris qu'au cours de l'instruction. Huit hommes sont jugés à partir de ce mercredi, et jusqu'à vendredi, pour le vol en 2019 d'une porte du Bataclan sur laquelle l'artiste Banksy avait dessiné une œuvre en hommage aux victimes des attentats du 13-Novembre.

"Profonde indignation", "vol odieux", "incompréhensible"... Au lendemain du 26 janvier 2019, l'heure était à la stupeur. Dans la nuit, la porte de l'issue de secours de la salle de spectacle du Bataclan, située passage Amelot dans le 11e arrondissement de Paris, avait été dérobée. Plus que la porte, c'est le vol du dessin qui figurait sur ce support, celui d'une jeune fille, tête baissée, visiblement en deuil, qui a provoqué cette émotion.

Ce dessin a été attribué à l'artiste de rue Banksy, mondialement connu. Il avait été réalisé au pochoir quelques mois plus tôt pour rendre hommage aux 90 personnes tuées au Bataclan le soir du 13 novembre 2015.

Une œuvre retrouvée en Italie

Qui a pu commettre ce vol? Les images de vidéosurveillance livrent de précieux indices aux enquêteurs de la police judiciaire parisienne. On y voit trois hommes masqués sortant d'un fourgon blanc aux plaques dissimulées. Utilisant des disqueuses alimentées par un groupe électrogène, ils ouvrent la porte avec un pied-de-biche et découpent les gonds de la porte métallique avant de repartir avec l'œuvre protégée d'une vitre en plexiglas. En moins de 10 minutes, à 4 heures du matin ce 26 janvier 2019, elle disparaît.

L'enquête rebondit quelques mois plus tard grâce à un tuyau venu d'Isère. Les gendarmes d'Heyrieux, non loin de Lyon, font le lien avec un cambriolage survenu dans un magasin de bricolage douze jours avant le vol commis au Bataclan. Les malfaiteurs sont repartis avec... une disqueuse et un groupe électrogène.

Les enquêteurs remontent jusqu'à un trio: Kevin G., Franck G.A. et Danis G. Placés sur écoute, on les entend parler du vol. L'étude de leur téléphonie permet aussi de retracer le parcours de leur camionnette: d'abord l'Isère, puis le Var et enfin Tortero, dans les Abruzzes italiennes, où la porte sera retrouvée dans une ferme le 10 juin 2020. Les trois malfaiteurs reconnaissent le vol, mais les deux derniers revendiquent un rôle d'exécutant.

Déconstruire la symbolique de l'affaire

L'un des enjeux du procès sera de déterminer l'identité du commanditaire de ce vol. Est-ce Mehdi Meftah, un excentrique entrepreneur qui a lancé sa marque de t-shirt BL1.D et qui tient sa fortune d'un gain de 7,5 millions d'euros au loto? Installé à La Seyne-sur-Mer (Var), il dit lui avoir "été mis devant le fait accompli" par son ami lyonnais de longue date qui a débarqué chez lui avec l'œuvre de Banksy.

"T’es fou, qu’est-ce que tu veux que j’en foute, de ton truc?, lui a-t-il dit selon les propos qu'il a tenus face aux enquêteurs. "Qu’est-ce que tu veux que j’en fasse, c’est une pierre tombale."

Mehdi Meftah dit avoir fait transporter la porte vers l'Italie afin de se débarasser du problème. Kevin G. a confirmé cette version, évoquant les bénéfices d'une revente de l'œuvre, estimée entre 500.000 et un million d'euros. D'autres protagonistes du dossier évoquent toutefois une "commande".

Pour les autres prévenus, l'enjeu de ce procès est de rejeter la responsabilité morale du vol d'une telle oeuvre, dont nombreux disent ne pas avoir su la symbolique qu'elle représentait. "Mon client revendique son amateurisme", explique Me Serge Pasta, avocat de Jonathan B.

Ce carreleur de métier, "s'est retrouvé là un peu par hasard", a transporté la porte entre l'Isère et le Var. "Il a rendu un service à un ami, et il a appris pendant le voyage ce qu'était le colis qu'il transportait", poursuit le conseil. Lui n'a pas touché un centime, Kevin G. n'ayant même pas remboursé les frais engendrés par le transport de la porte.

"S'il y a bien une œuvre à ne pas voler, c'était bien celle-là", insiste encore l'avocat.

Une équipe de pieds-nickelés?

Hasard du calendrier du fait des nombreuses suspensions dans le procès des attentats du 13-Novembre mais le procès s'ouvre au tribunal judiciaire des Batignolles le même jours que le début du réquisitoire du parquet national antiterroriste devant la cour d'assises spécialement composée.

Sur les huit hommes, âgés entre 31 et 58 ans, un seul comparaît détenu. Il s'agit de Danis G., connu comme les autres prévenus pour des faits de petite délinquance. Lui a été interpellé un an après le vol et n'aurait compris la symbolique de la porte qu'au cours de l'instruction. "Il n'est que l'exécutant d'un simple vol aggravé", insiste Me Margaux Durand-Poincloux qui assure sa défense avec Me Jane Peissel.

"La symbolique a pris le pas dans ce dossier. Dans n'importe quel dossier équivalent, avec n'importe quel autre objet volé, mon client ne serait pas en détention provisoire."

Si le juge d'instruction en charge de l'affaire a estimé que le vol avait été "minutieusement préparé", il n'a pas retenu l'association de malfaiteurs. La preuve pour la défense que le dossier serait davantage l'œuvre d'une équipe d'amateurs que celle d'une bande organisée. Pour vol aggravé, les prévenus encourrent sept ans de prison.

Article original publié sur BFMTV.com

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles