A Bastille, «Boris Godounov» sauvé par les siens

Libération.fr

Sous la direction de Jurowski, orchestre et chanteurs tirent vers le haut une mise en scène en demi-teinte d’Ivo Van Hove.

Parlez de Boris Godounov à un Russe et vous verrez les larmes monter à ses yeux et sa voix s’emplir d’émotion. Vous évoqueriez sa grand-mère morte à Stalingrad qu’il ne serait pas plus chamboulé. Cet opéra de Moussorgski concentre le suc artistique russe : un compositeur génial tourné vers les racines de son pays ; un auteur iconique, Pouchkine ; une partition qui a tant touché le milieu musical que nombre de compositeurs, la jugeant perfectible, s’en sont emparés et l’ont réorchestrée, de Rimsky à Chostakovitch. Le destin de Boris Godounov cache un nœud identitaire d’une sensibilité extrême où la famille, le pouvoir, le meurtre et le peuple s’unissent et se dissolvent dans la profondeur des tessitures basses.

C’est essentiellement de pouvoir que veut nous entretenir le metteur en scène Ivo Van Hove dans cette nouvelle production de l’Opéra de Paris. Avec, pour commencer, un geste fort de sa part et de celle du maestro Vladimir Jurowski, qui ont choisi la première version de l’œuvre (1869). D’ordinaire, c’est la seconde version (1872), qui est privilégiée, plus longue et avec un finale plus conventionnel. Cette première mouture montre l’ascension et la chute du tsar Boris Godounov, qui pour arriver au pouvoir a jadis assassiné le tsarévitch Dmitri, fils d’Ivan le Terrible. Godounov l’usurpateur, par ailleurs réformiste, meurt de remords entouré de fantômes tandis qu’un autre usurpateur se fait passer pour Dmitri. L’œuvre s’achève dans un désarroi entre deux eaux. Van Hove fait mouche dans les parties shakespeariennes - une spécialité : couronnement, foule errante, prodigieuse scène de doute du tsar. Dans ces instants, aidé par un arrière-plan vidéo tantôt réaliste (foule, paysages) tantôt intériorisant (couleurs, découpages), il parvient à attraper un peu de ce malheur fatal dont l’œuvre est constituée. Ces éclairs se font au détriment des scènes (...)

Lire la suite sur Liberation.fr

Danse
À Fourvière, des Nuits très étoilées
«Les Naufragés», galère à vif
ROMÉO ET JULIETTE de William Shakespeare, m.s. Eric Ruf avec la troupe de la Comédie-Française
Krystian Lupa, un «Procès» bien instruit