Bassins de Lumières : quand l'ancienne base sous-marine de Bordeaux s'habille de l'or de Gustave Klimt

Comme un voile d’or et de lumière venu habiller les murs de béton. Les oeuvres de Gustav Klimt ont investi l'ancienne base sous-marine de Bordeaux. Projetées sur les façades, les sols, les plafonds et même sur la surface de l'eau des bassins, elles offrent au visiteur une expérience totale, une balade immersive où les tableaux numériques sonorisées glissent sur les murs et se reflètent sur l'eau. Mariage parfait avec un lieu qui rêvait de lumière. Laisser la base sous-marine dans son jus Mettre en lumière ce "monstre de béton" fut un véritable défi. "Quand on a vu le lieu pour la première fois, on a eu un flash. Le gigantisme ne nous a pas fait peur, la difficulté du projet nous a motivés : le béton, le gigantisme, l'eau, les reflets... C'est un lieu magique", raconte Augustin de Cointet, directeur général de Culturespaces et des Bassins de Lumières. Le visiteur dispose de 3 000 m2 de déambulation dans un lieu chargé d'histoire qui s'offre ainsi une nouvelle vie. "On a vraiment voulu laisser la base sous-marine dans son jus, l’idée est d’utiliser le lieu tel qu’il est, poursuit Augustin de Cointet. Klimt dans sa peinture apporte plusieurs ingrédients et plusieurs matières : des émaux, des feuilles d’or et plein d’autres choses. On retrouve ces matières dans la granulosité du béton, les anfractuosités ou le petit morceau de tige de fer qui dépasse." Aux côtés de Gustav Klimt, quelques oeuvres de l'Allemand Paul Klee sont elles aussi projetées, dans un format plus court et sur des airs de la Flûte enchantée. Un lieu longtemps boudé par les Bordelais Pour l'historien de l'art et de l'architecture Mathieu Marsan, Bordeaux a "longtemps tourné le dos" à la base sous-marine et ses 600 000 m2 de béton armé, achevée en 1943 par l'occupant nazi. Après la Seconde Guerre mondiale, elle était "économiquement impossible et techniquement très dangereuse" à détruire. "La base sous-marine fait désormais partie du patrimoine," estime-t-il. Grâce notamment "à la programmation artistique qui se densifie depuis quelques années." Les concepteurs des Bassins de Lumières n'en sont pas à leur coup d'essai en matière d'exposition immersive. Le procédé a déjà été éprouvé à plusieurs reprises en France. D'abord aux Baux-de Provence dans les Bouches-du-Rhône avec les Carrières de lumières puis à l'Atelier des Lumières à Paris XIe. Plus récemment, l'exposition Imagine Picasso s'est installée dans les murs de la Sucrière de Lyon. Culturespaces qui pilote l'exposition bordelaise a investi 14 millions d'euros dans le projet. Avec quelques semaines de retard en raison du confinement, les Bassins de Lumières ouvrent au public le 10 juin.