Bassines d'eau à Sainte-Soline: doit-on s'attendre à l'implantation d'une ZAD autour du chantier?

Bassines d'eau à Sainte-Soline: doit-on s'attendre à l'implantation d'une ZAD autour du chantier?
Des manifestants construisent une tour de guet près du chantier d'une réserve d'eau destinée à l'irrigation agricole à Sainte-Soline (Deux-Sèvres), le 30 octobre 2022 - pascal lachenaud © 2019 AFP
Des manifestants construisent une tour de guet près du chantier d'une réserve d'eau destinée à l'irrigation agricole à Sainte-Soline (Deux-Sèvres), le 30 octobre 2022 - pascal lachenaud © 2019 AFP

Gérald Darmanin s'est montré extrêmement clair. Ce dimanche, au terme de deux jours de tensions autour du chantier d'une réserve d'eau à usage agricole de Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, le ministre de l'Intérieur, qui a dénoncé de "l'écoterrorisme", a annoncé le maintien de "plus de 1000 gendarmes" dans la zone pour empêcher "qu'aucune ZAD ne s'installe."

Les autorités maintiennent la pression

Une volonté claire et assumée du gouvernement d'éviter l'implantation d'une nouvelle "zone à défendre", comme cela fut par exemple le cas sur le chantier de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. A cet effet, la préfecture du département a ce lundi prolongé jusqu'à l'interdiction de manifester dans le secteur.

Dans un communiqué émis par les autorités, on apprend ainsi que la préfète interdit "toute manifestation et attroupement" ainsi que "la circulation d'engins agricoles isolés ou en cortège" à l'exception de ceux des riverains.

De plus ce même document indique que la vente, transport et utilisation d'artifices de divertissement, de vente et de transports de carburants au détail ainsi que le port et le transport d'armes sont également prohibés.

Cette prolongation est valable jusqu'au mercredi 2 novembre, jour de reprise du chantier.

Des militants sur place, mais pas de ZAD

De leur côté, les manifestants ne semblent pas vouloir créer une ZAD. "L'objectif n'est pas d'organiser une ZAD" mais "d'être sur ce terrain pour surveiller le chantier" à partir d'une tour de guet en bois, construite durant le week-end, expliqué à l'AFP Jean-Jacques Guillet, un des porte-parole du mouvement.

Ce lundi, BFMTV a appris que le camp construit ces dernières heures devrait en grande majorité être démonté ce jour mais que le champ sur lequel il se trouve, qui appartient à un agriculteur favorable au mouvement, devrait désormais servir de base arrière aux militants dans les jours, semaines et mois qui viennent.

A la mi-journée, il restait entre 100 et 200 personnes, dont une partie devrait quitter les lieux dans la journée. Seule une tour de guet donnant directement sur le chantier devrait ainsi subsister.

Pour les autres, toujours réunis sous la bannière du collectif "Bassines non merci", il est prévu en ce lundi d'Halloween de "distribuer des friandises" aux habitants des villages alentour. Une "opération-séduction" qui doit leur permettre d'expliquer leur opposition à ce projet qu'ils considèrent comme un "accaparement de l'eau" par "l'agro-industrie", ajoute le porte-parole.

Selon le collectif des Soulèvements de la Terre, qui soutient le mouvement anti-bassines, des opposants comptent se rendre à nouveau sur le chantier mercredi matin, où les travaux de construction de la retenue doivent reprendre.

Week-end sous tension

Samedi, plusieurs milliers de personnes (4000 selon les autorités, 7000 selon les organisateurs) s'étaient réunies à Sainte-Soline pour protester. Des heurts violents ont éclaté avec les 1500 gendarmes mobilisés quand des militants ont voulu pénétrer sur le chantier, interdit d'accès. Une partie d'entre eux y sont parvenus avant d'être repoussés.

Selon le parquet de Niort, quatre des six personnes interpellées samedi doivent être jugées lundi en comparution immédiate pour "participation à un groupement formé en vue de commettre des violences et des dégradations". Une garde à vue a été levée pour "incompatibilité médicale" et un homme interpellé pour refus d'obtempérer sera jugé par ordonnance pénale.

En parallèle, 61 gendarmes ont été blessés dont 22 sérieusement. Côté manifestants, une trentaine de personnes a été blessée. Des chiffres confirmés ce lundi par la gendarmerie nationale qui a publié, sur ses réseaux sociaux, de nouvelles images des violents affrontements.

Le chantier de Sainte-Soline fait partie d'un projet de 16 retenues d'eau de plusieurs centaines de milliers de mètres cube d'eau, surnommées "bassines" par les opposants, élaboré par un groupement de 400 agriculteurs dans le but de réduire leurs prélèvements pour l'irrigation durant l'été, grâce au pompage des nappes phréatiques superficielles en hiver.

Article original publié sur BFMTV.com