Sur les barricades, un "pèp de Guadeloupe" s'exprime

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Ils revendiquent être le "pèp Gwadloup", le vrai "peuple de Guadeloupe". Depuis très tôt vendredi, en milieu de nuit pour certains, ils ont érigé des barricades un peu partout sur l'île, sur les grands axes comme dans des lotissements plus reculés, bloquant la circulation des automobilistes.

Sur la route nationale 1, à proximité d'un grand centre commercial de Petit-bourg, le feu est allumé depuis le début de la matinée, selon les dires d'un grand gaillard désigné par les autres comme "le chef de gang", et qui entend rester anonyme. "Si tu me filmes, je me cagoule", avance-t-il.

Palettes, ferrailles, détritus et débris en tous genres entravent la circulation dans les deux sens, pendant que la file de voitures s'allonge. "On laisse passer les ambulances, les infirmières et les gens qui s'occupent de personnes âgées", lance un individu, gobelet en plastique et bouteille de rhum en main. Et aussi ceux qui paient leur passage, moyennant parfois 10 euros, ou ceux, comme cet agriculteur qui échange 3 ananas contre la possibilité de franchir le barrage.

Parmi la petite cinquantaine de gens présents sur la barricade, des hommes, beaucoup, quelques femmes, quelques jeunes gens de moins de 15 ans et des glacières. Pas de musique, comme généralement dans les manifestations guadeloupéennes, mais une forte odeur de marijuana et de rhum, sous le soleil ardent de l'île.

Un automobiliste tente de négocier son passage, un manifestant ouvre sa portière et tente de le frapper, avant d'aller chercher de la ferraille incandescente dans le barrage et de la lancer sur la voiture. Le conducteur démarre en trombe et s'enfuit, poursuivi par une pluie de projectiles envoyés par certains, pendant que d'autres tentent de calmer le jeu. Sur la place, plusieurs personnes sont armées.

"Des faits que je condamne sans réserve", selon Alexandre Rochatte le préfet de Guadeloupe interrogé par l'AFP, et selon qui les auteurs de ces exactions sont "des jeunes de quartiers vraisemblablement téléguidés". Afin de résoudre la crise, il faudra d'abord "rétablir l'ordre", dit-il, pour permettre un retour à la normale et "l'accès des Guadeloupéens à leur lieux de travail, de consommation et de soin". En fin de journée, le préfet a annoncé l'instauration d'un couvre-feu immmédiat, applicable dès 18H00.

- "Le pèp de Guadeloupe n'est pas le peuple français" -

A Moudong, un quartier de la commune de Baie-Mahault qui jouxte la zone économique de Jarry, un tractopelle déblaie sous le contrôle de gendarmes une sortie du rond-point, entravé pour la 3e fois de la journée. "J'ai déjà déblayé 5 ou 6 barrages ce matin", sourit, un peu fatigué, un gendarme au visage couvert de suie.

Dans les ruelles, juste derrière, la rue est également entravée par une barricade fumante : des kilos d'herbes se consument autour de plaques de tôles et d'une voiture carbonisée. Ils sont six, assis à tenir le piquet. Un joueur de ka (tambour traditionnel Guadeloupéen) rythme les chants qui enflent par moment. "Il faut bien comprendre que le "pèp" (peuple) de Guadeloupe n'est pas le peuple français", souligne Marigwadloup, connue pour son engagement au Mouvement International des Réparations, installée sur le piquet. "Cela fait 4 mois que le peuple défile contre le pass sanitaire. C'est devenu une revendication syndicale lors de l'application de la loi sur les travailleurs soumis à obligation vaccinale."

"Quand on décide de soustraire son revenu à quelqu'un, c'est qu'on a pris la décision de plonger la population dans la misère, alors qu'ici le tissu social est très fragile", affirme-t-elle, expliquant son incompréhension face à l'application de la loi contre l'obligation vaccinale alors que "le gouvernement parle constamment de différenciation".

"Même nos élus n'ont pas le droit à la parole", fustige-t-elle, oubliant au passage les concertations systématiques des élus locaux dans le comité éponyme. Parmi ces élus, rares sont ceux qui se sont exprimés sur la crise qui secoue l'île depuis plusieurs jours.

asa/cs/dlm

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