Barrage dans l'Amazonie brésilienne: l'envers du décor d'un projet enfin achevé

Au Brésil, la dernière turbine du barrage de Belo Monte a été inaugurée en Amazonie. La centrale hydroélectrique tourne donc désormais à plein régime.

De notre correspondant au Brésil,

Il s’agit d’un des plus grands barrages au monde, un chantier énorme, et des travaux émaillés par des polémiques. On peut d'ailleurs dire que cette infrastructure gigantesque, l'un des grands travaux de la décennie, a été achevée en catimini, comme si on ne voulait pas échauffer les esprits. Le président Jair Bolsonaro est bien venu inaugurer la 18e turbine de cette usine hydroélectrique, la quatrième plus grande au monde, mais il ne s’est pas exprimé.

Au total, la capacité du barrage, construit sur le fleuve Xingu au cœur de la forêt tropicale, est de 11 000 mégawatt. L'usine produit en moyenne, avec ses 18 turbines, 4 500 MW. À elle seule, elle doit permettre de fournir de l’énergie à plus d’un quart de la population brésilienne. Voilà pour la version officielle, le côté grandiose, pharaonique, qui justifie les quelque 10 milliards d’euros qui ont été investis dans ce projet au long cours.

La problématique environnementale et humaine

Les travaux ont duré près de dix ans. C'est un vieux projet qui vient d’aboutir, il remonte aux années 1970, sous le régime militaire, qui voulait développer le potentiel de l’Amazonie, et notamment son potentiel hydraulique ; tous ces fleuves qui pourraient permettre de produire de l’électricité pour développer l’économie du pays. Rappelons que le Xingu est l’un des principaux affluents de l’Amazone.

Curieusement, ces arguments ont été repris bien plus tard par Lula, lorsqu’il était encore président. Alors que l’économie tournait à plein régime, c'est lui qui a décidé d'entamer une politique de grands travaux, y compris en Amazonie. Une politique par la suite poursuivie par Dilma Rousseff à partir de 2011. La première turbine sera inaugurée cinq ans plus tard.

En dehors des soupçons de corruption, pas encore éclaircis, c'est surtout l'impact sur l'environnement et sur la vie locale qui a été l’objet de très fortes critiques. Pour construire le barrage, il a en effet fallu inonder une surface de près de 500 km2. Des dizaines de milliers de personnes ont dû être déplacées. Le mode de vie des Indiens qui habitent la région a été perturbé, même si une partie de la communauté indigène a fini par accepter l’aide fournie par l’entreprise chargée des travaux.